Petition updatePréservons le site grec antique du boulevard de la Corderie à Marseille (France)Vers la reconquête du patrimoine de marseille

Jean-Noël BEVERINIFrance
Sep 18, 2017
« L’Europe et la culture occidentale sont nées, il y a un peu plus de deux mille quatre cents ans, au moment où un petit pays a inventé, presque d’un seul coup, la littérature, l’art, la philosophie et la politique : c’est le miracle grec. »
« Une certaine idée de la Grèce »
Jacqueline de Romilly
de l’Académie française
Alexandre Grandazzi
« Entretiens » (Ed. de Fallois – 2003)
Chères et chers amis,
Ce miracle grec a abordé notre rivage marseillais en 600 avant J.C. Nous sommes les héritiers de ce « petit pays » à l’influence incroyable et immense dont la pensée a conquis le monde. Allons-nous définitivement être des héritiers … ingrats ? Allons-nous être les destructeurs, comme précédemment, du dernier site grec antique que nous venons de mettre au jour ?
LES JOURNÉES DU PATRIMOINE DES 16 ET 17 SEPTEMBRE 2017 À MARSEILLE.
Les Journées nationales du patrimoine 2017 ont été placées sous le signe de la Jeunesse. S’il était, à Marseille, un site digne d’être ouvert au public pour ces deux journées du patrimoine, c’était bien celui du site de la carrière grecque antique du boulevard de la Corderie. Et quel signe de jeunesse ! Toute la « jeunesse » de la ville de Marseille, la jeunesse de la cité de Massalia qui se construit au VI° siècle avant notre ère est là, est inscrite, gravée dans la pierre de cette carrière. Quel unique symbole ! Ma lettre du 6 septembre demandant au maire de Marseille l’ouverture du site au public, en se rapprochant des instances concernées, est restée sans réponse.
AVANT ET JUSQU’À AUJOURD’HUI : « LA DESTRUCTION QUASI GÉNÉRALE DE NOS MONUMENTS ANTIQUES À MARSEILLE. »
Après avoir été une « ville antique sans antiquités » (Louis Méry- 1846) puis « une ville antique sans mémoire ? »(Xavier Lafon-2000), Marseille sera t-elle dans quelques jours, peut-être demain matin, « une ville sans honneur » ? Les archéologues les plus renommés par leurs travaux et leur haute compétence, tels messieurs Michel Bats, directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien directeur du Centre archéologique français de Naples, responsable des fouilles de la colonie massaliète d’Olbia de Provence, Jean-Claude Bessac, ingénieur de recherche honoraire au CNRS, plus grand spécialiste des carrières antiques de Méditerranée, et tant d’autres, tous sont unanimes dans un double constat :
- le premier : « La politique de la ville est claire : place nette pour l’actualité économique, les vestiges antiques au musée ». Et de citer les maisons du tout début du VI° siècle av. J.C. sur le parvis de l’église Saint-Laurent, le théâtre d’époque augustéenne dans l’enceinte du collège Vieux-Port, les vestiges de la Butte des Carmes, le balnéaire de la rue Leca, les thermes romains sous la place Villeneuve-Bargemon, ou l’église de l’hôpital du Saint-Esprit, le bassin monumental, en grand appareil hellénistique, en calcaire de Saint-Victor, la basilique et la nécropole paléo-chrétiennes de la rue Malaval … « Ces vestiges ont été réenfouis ou détruits après la fouille dans un bel accord ville de Marseille-État sous l’égide de la DRAC-PACA ». Je pense également à l’enclos funéraire grec antique du VI° s. av. notre ère découvert à Arenc. Qu’ajouter de plus à ce constat ?
- Le second : « on glorifie l’ancienneté de la ville et sa légende de fondation comme souvenir d’un événement monté en épingle (X. Lafon) » mais la ville préfère le neuf à l’ancien, objet d’un profond et permanent désintérêt.
Après le constat, la conclusion est tout aussi claire :
« La conservation de cette carrière unique est une nécessité » (Jean-Claude Bessac) ; « la carrière de la Corderie a une unité, on ne peut pas la découper en morceaux » (Michel Bats). Notre grand architecte du Mucem, Rudy Ricciotti, d’ajouter : « Ce site archéologique majeur, oui, il faut le conserver ! ». Mais il semble qu’il ne soit plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Comment les décideurs en la matière ne se posent-ils pas la question de l’image qu’ils vont laisser dans l’histoire après leur mort en sachant qu’ils ont détruit l’Histoire, ignorant l’appel de sommités scientifiques et rayant d’un trait de plume les 15 000 soutiens de conservation et valorisation du site de la Corderie ?
MARSEILLE VA T-ELLE ÉTOUFFER SON HÉRITAGE GREC ?
Tous les pays d’Occident (États-Unis compris) respirent l’air de la Grèce. Dans leur fonctionnement politique, leur art, leur théâtre, leur architecture, les termes qu’ils donnent à leurs inventions les plus modernes en sciences, en médecine, en conquête de l’espace, notre fusée Ariane n’en est qu’un exemple … « Nous respirons l’air de la Grèce, sans le savoir, à chaque instant » écrivait madame Jacqueline de Romilly. (Pourquoi la Grèce ?)
Nous sommes aujourd’hui à Marseille « la » ville « rare » à posséder et à pouvoir présenter demain la seule carrière grecque d’où surgit la fondation d’une ville, la nôtre.
« Une carrière unique dans le monde méditerranéen archaïque » selon l’expression de messieurs Michel Bats et Jean-Claude Bessac. Après Périclès, Isocrate déclarait :
« Nous nous sommes débarrassés de la vie sauvage, nous nous sommes réunis pour construire des villes ; nous avons fixé des lois… ». Ainsi Marseille fut-elle construite… par cette carrière. Cet après midi, Journée du patrimoine, un artiste d’un talent remarquable, présent au pied du site de la Corderie et en commentaire à son dessin demandait : « Qui sont les sauvages ? ». Isocrate avait répondu à son interrogation.
MENSONGES ? CONTRE VÉRITÉS ? COLLUSION ENTRE AMÉNAGEUR, VILLE ET ÉTAT ?
Qui, honnêtement et scientifiquement peut croire que la parcelle des vestiges préservés (630 m2) est la seule digne de préservation sur un espace dix fois supérieur en superficie ? Qui, honnêtement et scientifiquement peut croire que ces 630 m2 se trouvent miraculeusement et précisément hors de l’emprise de l’immeuble bénéficiaire du permis de construire accordé par la ville de Marseille ? Si ce n’était pas dramatique, cela prêterait à rire. Ces déclarations officielles sont à ce point irréalistes et si intellectuellement grossières que le citoyen est fondé à se poser la question de savoir comment les décideurs en place le considèrent, l’estiment et le respectent.
L’ABSENCE DE DÉBAT
La Grèce a fait naitre le règne sublime de la Parole. Celle du citoyen. La Démocratie est avant tout le débat et le débat est l’idéal grec par excellence. Avons-nous un débat sur le devenir du site grec antique de la Corderie ? Une réunion annoncée en Préfecture fin août l’était comme simple « information » mais non comme discussion. Au niveau local, un silence digne des plus respectueux adeptes des moines trappistes s’est fait entendre. En face des différentes manifestations, rassemblements, articles de presse régionaux, nationaux, internationaux, et expressions de vos 15 000 soutiens, le monde du silence.
À la suite de madame Jacqueline de Romilly, je pose la question de savoir quel est aujourd’hui l’héritage grec de la Démocratie dans nos Institutions et dans leur pratique concrète ?
NOUS SOMMES LA FORTERESSE DU PATRIMOINE
Par notre action et notre détermination nous sommes la forteresse du patrimoine et, ici, du patrimoine marseillais. Notre action respire l’air de la Grèce, l’air de la Démocratie et de la fierté d’une lutte contre un matérialisme aveugle. Une lutte contre « la course généralisée au profit, qui caractérise notre temps » (Jacqueline de Romilly).
N’assiste t-on pas à la marginalisation, peut-être même à l’élimination par le Marché de la Culture comme peu utile et non rentable ?
Chères et chers amis, sauvons Marseille pour qu’elle ne perde pas son âme. Merci de poursuivre et conforter votre soutien toujours et jusqu’au bout.
Jean Noël Beverini
René Pierini
Copy link
WhatsApp
Facebook
Nextdoor
Email
X