
Levée de l’interdiction stricte pour les propriétaires de visiter leurs chevaux
Demande de révision de l’attestation de déplacement dérogatoire
Monsieur Le Ministre,
Par la présente j’ai l’honneur d’attirer votre attention sur la question des conséquences du confinement qui pourraient être dramatiques dans la filière équine. En effet, vous n’êtes pas sans ignorer la situation difficile dans laquelle se trouvent les propriétaires équins depuis l’annonce du confinement lié au COVID-19 dès le 17 Mars :
· À la suite de la fermeture des ERP, certains ne peuvent plus accéder aux écuries (centre-équestres, écuries de propriétaires) où sont logés leurs chevaux.
· Quant à ceux qui ont des chevaux dans des près de particuliers, l’attestation de déplacement dérogatoire fait controverse auprès des forces de l’ordre qui peuvent rappeler que le cheval n’est pas un animal de compagnie.
Vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur Le Ministre, que toutes les structures équestres n’ont ni les mêmes tailles, ni les mêmes moyens, ni les mêmes publics. Sans compter les gérants et personnels qui n’ont pas tous les mêmes compétences : à l’heure actuelle, aucune formation spécifique n’est requise pour être gérant de structure équestre. Aussi, certains chevaux de propriétaires sont-ils pris en charge dans des structures disposant, certes, de tout le nécessaire pour leur permettre de répondre aux besoins physiologiques primaires de l’animal. Cependant l’ensemble de ces chevaux ne bénéficie plus des soins essentiels à leur bien-être, habituellement prodigués par leur propriétaire lors de leur visite.
- Certains sont hébergés dans des écuries gérées par des propriétaires terriens qui mettent à disposition leurs installations, s’engagent à répondre aux besoins primaires de l’animal (nourriture, sortie etc…) mais se déchargent contractuellement de tout soin et entretien spécifique aux équidés hébergés.
- D’autres sont sur des terrains de particuliers à plus d’1Km du domicile de leur propriétaire qui quotidiennement vont administrer les soins vitaux et essentiels à leurs animaux domestiques.
- Nombreux sont hébergés dans des centres équestres ou structures relevant de la FFE et du ministère des sports.
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Tous les chevaux n’ont pas les mêmes besoins (cheval de sport, cheval à la retraite, cheval en convalescence, cheval handicapé…) et tous les propriétaires ne bénéficient pas des mêmes services pour leurs chevaux.
Couramment, les chevaux à la santé fragile, à la retraite, au repos par exemple sont hébergés dans des structures pour lesquelles le propriétaire a moins d’exigences quant aux compétences du gérant à repérer les signes de problème, effectuer les soins,… puisque le propriétaire préfère exécuter lui-même les soins à son cheval et choisit de se charger personnellement de son bien-être. Le gérant ne se doit que de nourrir, abreuver, sortir les chevaux.
Quant aux chevaux de loisirs logés dans ces hébergements, ils se retrouvent au repos du jour au lendemain, avec une modification de leur routine qui peut avoir une incidence non négligeable sur leur santé.
L’inquiétude est donc grande pour de nombreux propriétaires :
· Pour les chevaux nécessitant déjà des soins, il est impossible aux détenteurs d’équidés de s’assurer que ces derniers soient bien effectués.
· Pour ceux ayant connaissance d’une pathologie récidivante, comment s’assurer que le gérant la détectera ?
· Pour ceux destinant leurs chevaux au sport loisir, la mise à l’arrêt prolongée de l’entraînement, et donc du maintien physique de leur cheval, rendra impossible, au moment où les activités seront à nouveau autorisées, une reprise rapide de leur loisir, ce qui engendrera donc un manque à gagner conséquent aux organisateurs des manifestations hippiques, le nombre d’engagés diminuant.
· L’aspect psychologique de la relation « homme-cheval » est aussi à prendre en compte : doué de sensibilité, des relations fortes se sont souvent créées entre le cheval et son propriétaire. Cette rupture de lien dans la durée peut générer chez l’équidé du stress ou de l’anxiété qui sont des facteurs aggravants dans le déclenchement de problèmes de santé.
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Voici une liste exhaustive des problèmes de santé auxquels pourraient être confrontés les propriétaires :
- Risques de coliques (première cause de mortalité équine), liés ou au manque d’activité ou au changement d’alimentation, stress,…. ;
- Risques de fourbures pour les chevaux sujets au surpoids qui seront mis à l’herbe en pleine période de repousse ;
- La fonte musculaire (rapide chez le cheval), qui peut réveiller chez certains des pathologies (arthrose, douleurs dorsales…) normalement compensées par le maintien de la bonne forme physique grâce à un exercice régulier qui améliorera la circulation sanguine des muscles ;
- Des problèmes de comportement liés à une rupture longue de la relation homme-cheval qui augmenteront le risque pour les cavaliers lors de la remise au travail ;
- Pour les chevaux plus âgés, le métabolisme altéré et le manque d’exercice augmentent les risques de colique ;
- Dermites
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Les soins souvent onéreux liés à ces conditions de « non activité » restent bien entendu à la charge des propriétaires, interdits par décret de visite !
La surcharge de travail à laquelle doivent faire face les structures implique de fait une surveillance des chevaux moins assidue de la part des gérants, un risque plus élevé de signes de mal-être non détectés ou détectés trop tard qui peuvent amener à des issues irréversibles, un manque total de soins pour ceux ayant des pathologies (tendinites, traitements lourds, dermites etc…).
De nombreux propriétaires ont investi sur un cheval dans la durée : les conséquences de ce confinement, de cette interdiction stricte, engendreront indéniablement de lourdes pertes financières aux propriétaires « amateurs » : valeur du cheval diminuée, frais de soins décuplés, temps de remise en forme long, etc…
Monsieur Le Ministre, nous savons tous que le confinement va durer encore plusieurs semaines, que les ERP, comme les écoles, ne seront pas les premiers à profiter du déconfinement.
Nous sommes tous conscients que la maladie sera toujours présente lorsque vous donnerez à nouveau l’autorisation d’accéder aux écuries : dans tous les cas des mesures devront toujours être prises pour continuer à se protéger et à protéger autrui.
Le ministère du travail a mis en place un kit de lutte contre le COVID-19 pour la filière cheval, qui peut très simplement être remanié et appliqué aux cavaliers propriétaires (ou en demi-pension sur un cheval de propriétaire), ce qui soulève le fait que, même fermées, les structures reçoivent toujours des personnes qui viennent de l’extérieur et sont susceptibles de les contaminer…
Monsieur le Ministre, nous vous demandons d’agir maintenant afin que les propriétaires équins puissent à nouveau rendre visite et prendre soin de leurs chevaux en :
- Donnant autorisation aux structures qui le souhaitent de laisser l’accès aux propriétaires et demi-pensionnaires de chevaux de propriétaires à leurs installations sans menace de sanction ;
- Mettant en place un protocole strict d'hygiène et de mesures barrières qui permettra aux propriétaires ou demi-pensionnaires de venir visiter leurs chevaux :
o Suivant un planning de visite raisonné ;
o En rappelant les consignes obligatoires pour maintenir les gestes barrières ;
o Obligeant les structures de mettre à disposition un ou plusieurs points avec du gel hydroalcoolique, imposant le port de gants, imposant l’utilisation de son propre matériel par exemple….
o Qui précisera le nombre de personnes « extérieures » autorisées à être présentes sur la structure selon sa taille, avec, pourquoi pas, un nombre maximum de personnes admises sur site (salariés et extérieurs confondus) prenant en compte le nombre de chevaux, les espaces de travail …
o Interdisant l’accès aux espaces de détente communs (club-house etc) ;
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- Faisant en sorte que l’attestation de déplacement dérogatoire permette aux propriétaires de se rendre sur les structures (publiques ou non) accueillant leurs chevaux (en tenant compte de la distance et de la durée) sans risque de verbalisation.
Certains pays voisins ont trouvé des solutions afin de permettre l’accès aux propriétaires. Les dirigeants de structure en semblent heureux puisque cela les décharge d’un peu de travail.
Pourquoi ne pas s’en inspirer ?
Je me fais ce jour porte-parole de nombreux propriétaires d’équidés.
Nous sommes dans l’inquiétude du devenir de la filière équine. Il s’agit d’une crise sanitaire majeure pour tous. Notre passion implique des êtres vivants qui eux aussi ont des besoins auxquels il faut répondre. Ils ont besoin de nous. C’est vital pour eux. Nous sommes responsables d’eux.
Le but de notre démarche auprès de vous, Monsieur Le Ministre, n’est pas d’occuper les écuries de manière inconsciente et irraisonnée au risque de contaminer les soignants de nos chevaux, mais, à l’inverse, de soutenir les structures qui en auraient besoin, retrouver le droit de prendre soin de nos animaux et de veiller à leur bien-être, par notre présence raisonnée sur les sites où ils se trouvent. Il est essentiel aujourd’hui que les propriétaires puissent à nouveau accéder aux hébergements de leurs chevaux afin de s’assurer de leur bonne santé.
Le 19 mars 2020, j’ai lancé une pétition « Contre l’interdiction d’accès aux clubs pour les propriétaires ». Rédigé sous le coup de l’incompréhension et de l’émotion, le texte peut sembler un peu « guerrier » et était initialement destiné à la FFE. Mais elle a permis de rentrer en contact avec des propriétaires très inquiets ne dépendant pas uniquement d’écuries agréées. Cette pétition compte aujourd’hui 13 775 soutiens pour environ 9500 structures équestres à ce jour en France.
Je garde à votre disposition, si cela vous intéresse, de nombreux témoignages de propriétaires de toute la France qui pourront illustrer mon propos.
Je me permets de vous joindre la pétition actuellement en cours.
Dans l’espoir d’un retour rapide de votre part, je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur Le Ministre, l’expression de mes salutations les plus respectueuses.