Actualización de la peticiónContre l'interdiction d'accès aux clubs des propriétaires équinsCourrier envoyé à Madame la Ministre des Sports ce 10/04/2020
MARJORIE LECOURTOISLE HAVRE, Francia
11 abr 2020

Levée de l’interdiction stricte pour les propriétaires de visiter leurs chevaux

 

 Madame La Ministre des Sports,

Par la présente j’ai l’honneur d’attirer votre attention sur la question des conséquences du confinement dans la filière équine. En effet, vous n’êtes pas sans ignorer la situation difficile dans laquelle se trouvent les structures équestres, fermées depuis l’annonce du confinement lié au COVID-19 dès le 17 Mars.

Du fait de sa diversité, la filière équine a une organisation assez complexe. Aujourd’hui, je m’adresse à vous principalement pour la filière sport-loisir, qui vous concerne.

La fermeture des ERP au public le 17 mars 2020, puis l’arrêté du 19 mars 2020 de la FFE, interdisant l’accès pour les propriétaires à ces structures posent de nombreux problèmes.

En effet, toutes les structures équestres n’ont ni les mêmes tailles, ni les mêmes moyens, ni les mêmes publics. Sans compter les gérants et personnels qui n’ont pas tous les mêmes compétences. A l’heure actuelle, aucune formation spécifique n’est requise pour être gérant de structure équestre : aussi certains chevaux de propriétaires sont-ils pris en charge dans des structures disposant, certes, de tout le nécessaire pour leur permettre de répondre à leurs besoins physiologiques primaires, mais ces chevaux de sport ne bénéficient plus de l’entretien physique essentiel à leur bonne santé, habituellement procuré par leur cavalier (propriétaire ou demi-pension).

La FFE demande aux propriétaires de « faire confiance aux dirigeants d'établissements équestres pour gérer les équidés en bon père de famille et de la manière la plus adaptée », afin de répondre aux besoins physiologiques des chevaux. Fournir nourriture et eau, et octroyer au minimum 1H de mouvements aux chevaux est normalement à la portée de tous ces gardiens :

-          Certains ont pu mettre les chevaux au prè, de façon permanente, en journée, ou demi-journée ;

-          D’autres, faute d’herbage, les sortent en manège ou paddock 1H à 2H par jour ;

-          Certains alterneront « travail », paddock…

> Chacun trouve des solutions pour satisfaire au mieux les besoins de ces équidés qui ne dépendent plus que d’eux, en fonction de la taille du cheptel dont ils ont la garde et des installations dont ils disposent. 

Dans ce contexte, les propriétaires n’ont d’autre choix que de « faire confiance » aux gardiens comme le stipule la FFE. Pourtant l’inquiétude est grande :

Comme tout sportif de haut niveau, cet arrêt soudain et prolongé de l’entraînement des chevaux de compétition aura des conséquences non négligeables sur notre sport.
Le cheval est un animal fragile, sensible aux changements d’alimentation et de mode de vie. Cet arrêt soudain d’entrainement peut avoir pour certains des conséquences graves, comme par exemple :

·         Risques de coliques (première cause de mortalité équine), liés ou au manque d’activité ou au changement d’alimentation, stress, …. ;

·         Risques de fourbures pour les chevaux sujets au surpoids qui seront mis à l’herbe en pleine période de repousse ;

·         La fonte musculaire (rapide chez le cheval), qui peut réveiller chez certains des pathologies (arthrose, douleurs dorsales…) normalement compensées par le maintien de la bonne forme physique grâce à un exercice régulier qui améliorera la circulation sanguine des muscles ;

·         Des problèmes de comportement liés à une rupture longue de la relation homme-cheval qui augmenteront le risque pour les cavaliers lors de la remise au travail ;

·         Pour les chevaux plus âgés, le métabolisme altéré et le manque d’exercice augmentent les risques de colique ;

·         …….

De plus, la surcharge de travail à laquelle doivent faire face les structures implique de fait une surveillance des chevaux moins assidue de la part des gérants, un risque plus élevé de signes de mal-être non détectés ou détectés trop tard qui peuvent amener à des issues irréversibles, un manque de soins pour ceux ayant déjà des pathologies (tendinites, traitements lourds, dermites etc…).

Pour les structures disposant du personnel compétent (et suffisant) pour l’entretien de ces chevaux, certaines, malgré le contexte, facturent en sus les prestations habituellement honorées par le propriétaire : pansage, travail du cheval, soins etc ...ce qui signifie que seuls les propriétaires aux revenus suffisants peuvent espérer maintenir l’état physique de leur cheval, tant est que ces prestations soient bien entendu réalisées…

Pourtant, lorsqu’il s’agit de chevaux de sport, l’entretien physique de ces derniers est essentiel, et vu le contexte actuel et l’interdiction aux propriétaires d’accéder aux structures, ce travail devrait faire partie intégrante du travail du « bon père de famille », sans facturation supplémentaire.

Non Madame La Ministre, n’ayant plus aucun droit de regard sur la bonne santé de nos chevaux, étant donné la disparité des services, des compétences, sans compter l’intérêt pécuniaire que trouvent certains dans cette situation, la confiance envers les « gardiens » ne peut pas être entière.

De nombreux propriétaires ont investi sur un cheval dans la durée : les conséquences de ce confinement, de cette interdiction, engendreront indéniablement de lourdes pertes financières aux propriétaires « amateurs » : valeur du cheval diminuée, frais de soins décuplés, temps de remise en forme long, etc…

Le monde de l’équitation, quatrième sport national, souffre profondément des mesures qui ont été prises pour protéger la santé, mais aussi les intérêts des dirigeants des structures.

Faute de moyens, faute d’employés (droit de retrait ou garde d’enfants par exemple), dans l’incapacité d’embaucher puisqu’ils doivent continuer à nourrir et à entretenir leur cavalerie sans autre revenu que les quelques pensions de propriétaires, nombre de centres équestres fonctionnent aujourd’hui avec 1 ou 2 personnes pour 30, 40 chevaux ou plus. Elles n’ont ni le temps ni les moyens de travailler leurs propres chevaux, et encore moins ceux des propriétaires.

Comment envisagez-vous la reprise de l’activité pour ces ERP ? Une partie de leur cavalerie sera inexploitable au moment du déconfinement (jeunes chevaux à remettre au travail, poneys dont le caractère était contrôlé par le travail régulier etc…).

Au moment où l’organisation de manifestations permettant de refaire un peu de trésorerie sera envisageable (concours, fêtes de club), les structures manqueront de participants, de nombreux chevaux n’étant plus aptes à être engagés. Il sera donc très difficile, voire impossible pour de petites structures, pour certaines déjà au bord de l’asphyxie, de dégager quelques bénéfices via ces événements.

Nous savons que la décision d’interdire l’accès des propriétaires aux ERP a été prise sur les conseils de la FFE qui a dû faire face, dans l’urgence, à des problèmes d’ordre principalement commerciaux et financiers (concurrence déloyale, déplacement de chevaux en période de confinement…), plus qu’à un problème de sécurité sanitaire envers les dirigeants. Dans la filière équine, le statut de cavalier propriétaire (acteur économique à part entière de cette filière) n’est pas distinct du statut du cavalier « usagé », utilisateur des équipements et des chevaux d’un centre.  A ce jour, aucune enquête effectuée pour évaluer le manque à gagner des différents acteurs de la filière ne prend en compte les pertes financières des propriétaires. Qu’en sera-t-il si l’interdiction de continuer raisonnablement les activités avec ces chevaux perdure ? Depuis le passage en « stade 3 » de lutte contre le coronavirus, nous ne sommes pas sans savoir que des procédures ont été mises en place dans les commerces de première nécessité, par exemple, afin de permettre aux citoyens de continuer à subvenir à leurs besoins. Des dizaines de personnes se retrouvent donc quotidiennement en contact, dans des espaces fermés, à manipuler et toucher des produits potentiellement contaminés. Pourtant, au bout de 3 semaines, et malgré cette concentration de risques pour les salariés, les commerces semblent encore disposer de nombreux travailleurs non contaminés. Les gestes barrières semblent donc prouver leur efficacité.

 

Madame La Ministre, nous savons tous que le confinement va durer encore plusieurs semaines, que les ERP, comme les écoles, ne seront pas les premiers à profiter du déconfinement.

Nous sommes tous conscients que la maladie sera toujours présente lorsque vous donnerez à nouveau l’autorisation d’accéder aux écuries : dans tous les cas des mesures devront toujours être prises pour continuer à se protéger et à protéger son prochain.

Le ministère du travail a mis en place un kit de lutte contre le COVID-19 pour la filière cheval, qui peut très simplement être remanié et appliqué aux cavaliers propriétaires (ou en demi-pension sur un cheval de propriétaire), ce qui soulève le fait que, même fermées, les structures reçoivent toujours des personnes qui viennent de l’extérieur et sont susceptibles de les contaminer…

Nous, propriétaires d’équidés, vous demandons donc de revoir votre position et d’évaluer la possibilité de reprendre l’organisation de visite qui avait été mise en place au tout début du confinement.

C’est-à-dire :

-          Donner autorisation aux structures qui le souhaitent de laisser l’accès aux propriétaires et demi-pensionnaires de chevaux de propriétaires à leurs installations sans menace de sanction ;

-          Mettre en place un protocole strict d'hygiène et de mesures barrières qui permettra aux propriétaires ou demi-pensionnaires de venir visiter leurs chevaux :

o   Suivant un planning de visite raisonné ;

o   En rappelant les consignes obligatoires pour maintenir les gestes barrières ;

o   Obligeant les structures de mettre à disposition un ou plusieurs points avec du gel hydroalcoolique, imposant le port de gants, imposant l’utilisation de son propre matériel par exemple….

o   Qui précisera le nombre de personnes « extérieures » autorisées à être présentes sur la structure selon sa taille, avec, pourquoi pas, un nombre maximum de personnes autorisées sur site (salariés et extérieurs confondus) prenant en compte le nombre de chevaux, les espaces de travail …

o   Interdisant l’accès aux espaces de détente communs (club-house etc) ;

o   ….

-          Faire en sorte que l’attestation de déplacement dérogatoire permette aux propriétaires (et demi-pensionnaires) de se rendre sur les structures accueillant leurs chevaux (en tenant compte de la distance et de la durée) ;

Certains pays voisins ont trouvé des solutions afin de permettre l’accès aux propriétaires. Les dirigeants de structure en semblent heureux puisque cela les décharge d’un peu de travail.
Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

Je me fais ce jour porte-parole de nombreux propriétaires d’équidés.

Nous sommes, comme la FFE, dans l’inquiétude du devenir de la filière équine. Il s’agit d’une crise sanitaire majeure pour tous. Notre sport implique des êtres vivants qui eux aussi ont des besoins auxquels il faut répondre.
Le but de notre démarche auprès de vous, Madame La Ministre, n’est pas d’occuper les écuries de manière inconsciente et irraisonnée au risque de contaminer les soignants de nos chevaux, mais, à l’inverse, de soutenir les centres équestres par notre présence raisonnée pour continuer une activité vitale pour nos chevaux. Il est essentiel qu’ils soient aptes physiquement à la reprise des activités, et ce, dès le début du déconfinement.

Le 19 mars 2020, j’ai lancé une pétition « Contre l’interdiction d’accès aux clubs pour les propriétaires ». Rédigé sous le coup de l’incompréhension et de l’émotion, le texte peut sembler un peu « guerrier ». Cependant il reste soutenu par 13 775 signataires à ce jour. La France compte 9500 structures équestres dont environ 6000 centres équestres aujourd’hui…

Je garde à votre disposition, si cela vous intéresse, de nombreux témoignages de propriétaires de toute la France qui pourront illustrer mon propos.

Je me permets de vous joindre la pétition actuellement en cours qui était initialement destinée à la FFE.

Dans l’espoir d’un retour rapide de votre part, je vous prie de bien vouloir agréer Madame La Ministre l’expression de mes salutations les plus respectueuses.

 

 

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