Petition updateFéminisme ou antimalisme ?Le pouvoir religieux dans l'État capitaliste
SOS men bashing
Jul 18, 2024

Marx s'est peu intéressé à une question pourtant centrale pour la révolution prolétarienne, celle de l'État capitaliste issu, pour ce qui concerne la France, de la révolution de 1789. C'est pourquoi plusieurs remarques doivent être faites à son sujet, à commencer par quelques remarques au sujet de son pouvoir religieux.

Les idéologues (les théologiens) capitalistes parlent toujours, et exclusivement, des trois pouvoirs classiques, prétendument séparés, en lesquels se décomposerait le pouvoir de l'État : le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Il y a cependant un pouvoir d'une importance fondamentale dont ils se gardent de parler (tu m'étonnes !) : le pouvoir religieux.

La fonction du pouvoir religieux est de sacraliser l'État afin de faciliter l'exigence de l'obéissance des individus qui vivent sur son territoire et la répression de leur éventuel refus d'obéissance.

Dans l'ancienne France, la sacralisation de l'État se fondait de la religion catholique. Le chef de l'État (le roi) était, selon les idéologues d'ancien régime (le clergé catholique), le représentant (le vicaire) de Dieu dans le royaume. En conséquence, tous les individus qui résidaient sur le territoire du royaume devaient lui obéir. Désobéir au roi, c'était désobéir à Dieu.

Selon une croyance inculquée aux enfants dès leur plus jeune âge, le fondement de l'autorité de l'État ne serait plus un pouvoir religieux depuis la révolution française. Désormais, l'autorité de l'État, et par suite l'obligation de lui obéir, reposerait sur des principes rationnels.

Ce n'est pas le cas. Les principes rationnels qui fonderaient l'État capitaliste sont une création intellectuelle des idéologues capitalistes. La croyance à l'existence de tels principes est de la même nature que la croyance en Dieu. C'est une croyance religieuse. Non seulement le pouvoir religieux n'a pas disparu avec la révolution française, mais ses effectifs ont été multipliés par cinq ou dix par rapport à ce qu’ils étaient sous l’Ancien régime.

Tocqueville estimait qu’aucune société ne peut se maintenir sans idées acceptées par l’ensemble de la population. Ces idées acceptées par l’ensemble de la population sont, bien évidement, celles qui sacralisent l’État. Elles doivent impérativement être partagées par l’ensemble de la population parce qu’elles cimentent les éléments épars dont la société est constituée, les individualités. Sans elles, il n’y aurait pas de société, mais des individus vivant indépendamment les uns des autres sur un même territoire. En plaçant tous les individus sous une autorité intellectuelle commune, celle de l’État, ces idées les agrègent comme le ciment agrège les briques d'un mur.

Cependant, poursuit Tocqueville, il est peu probable que des individus laissés à leur propre réflexion parviendront à ces idées.

"Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n'est pas probable qu'un grand nombre d'hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune." De la Démocratie en Amérique, chap. 2.

Il faut par conséquent que les individus reçoivent les opinions qui sacralisent l’État d’une autorité intellectuelle. Cette autorité intellectuelle, cela tombe sous le sens, c’est l’autorité religieuse.

Il n’est pas nécessaire à vrai dire, que les idées qui sacralisent l’État soient partagées par tous. Il suffit qu’elles soient manifestées par tous. Ce que la société demande à l’individu, ce n’est pas d’avoir la foi. Elle lui demande seulement de la manifester. Ce n'est pas parce qu'on ne croit pas en Dieu qu'on ne peut pas être pape.

Si vous prêtez un tant soit peu d’attention aux propos des intellectuels, des hommes politiques, vous ne manquerez pas de faire le constat qu’aucun ne soutien l’opinion que la sacralisation de l'État n'a pas disparu avec la révolution française de 1789. Pourquoi ? Comment se fait-il qu'aucun dirigeant politique, même "de gauche", n'ait jamais exprimé ce point de vue ? Probablement parce qu'il ne tient pas debout. Probablement parce que c’est du grand n’importe quoi. Je ne vois pas d’autre explication.

 

 

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