Mise à jour sur la pétitionFéminisme ou antimalisme ?L’encadrement des suffrages populaires
SOS men bashing
5 mars 2024

L’enseignement public ne permet à aucun écolier d’ignorer que la seconde République a institué le suffrage « universel » (comprenez : national) des Français de sexe masculin, à un poil de cul près.

L’État a tiré un avantage considérable de l'institution du suffrage « universel » (national)  : le suffrage dit universel a eu pour effet de renforcer sa légitimité, son prestige, son autorité sur l’individu.

En contrepartie, elle a posé un problème nouveau, celui de l’encadrement des suffrages de plusieurs millions d’électeurs pauvres. Elle était un saut audacieux dans l’inconnu.

Lorsque le suffrage est réservé à la classe riche, l’encadrement des suffrages se fait tout naturellement par le fait que des électeurs en petit nombre qui appartiennent tous à la même classe sociale pérennisent naturellement la domination de la classe à laquelle ils appartiennent. Un régime électoral strictement censitaire, en limitant le droit de suffrage et/ou le droit d’être candidats aux classes riches, encadrer naturellement les suffrages des électeurs. C’est d’ailleurs sa raison d’être. A quoi donc servirait un régime électoral censitaire si sa raison d’être n’était pas d’encadrer les suffrages ?

Ce n’est plus la même bière quand le suffrage est ouvert à plusieurs millions d’individus, parmi les lesquels des pauvres, des prolétaires, des rouges. La question de l’encadrement des suffrages populaires se pose avec acuité. Elle devient une question majeure. Le problème peut être résolu de deux manières. Les suffrages peuvent être encadrés par l’État lui-même. C’est l’encadrement administratif. En variante, l’encadrement des suffrages peut être délégué, sous-traité, à des individus qui ne sont pas des membres de l’État.

L’encadrement administratif des suffrages, c’est l’intervention de l’administration dans le processus électoral. L’administration n’est pas neutre. Elle prend parti en faveur des candidats du gouvernement. Elle les appuie ouvertement. Ses agents locaux, les préfets, les maires et les instituteurs ont la charge de « faire l’élection », c’est-à-dire de faire élire les candidats présentés par le gouvernement. Ce mode d’encadrement a été utilisé sous la IIe république et, plus encore, sous le second Empire.

Au lieu d’encadrer elle-même les suffrages, la puissance publique peut la sous traiter, la déléguer aux parlementaires. Pour cela elle doit faire des fonctions législatives un métier, une profession solide, bien rémunérée, entourée de prestige, comportant peu d’obligations. Devenir parlementaire, se maintenir lorsqu’on est parvenu à le devenir, deviendra de la sorte une tentation à laquelle bien peu de leaders, de meneurs, des organisations prolétariennes (socialistes, communistes) seront capable de résister.

Un ouvrier élu député changera de milieu social. Pour rien au monde il ne voudra « retourner à la base », retrouver son ancienne condition. Il deviendra un professionnel de la politique. En devenant un professionnel de la politique, il changera de classe sociale, il rompra avec sa classe sociale d’origine.

Alors que l’encadrement administratif des suffrages populaire se remarque comme un chiffon rouge, cette seconde manière d’encadrer les suffrages est presque invisible. Elle permet à l’État de jouer les saintes nitouche en feignant la neutralité, l’impartialité. Avec l’encadrement des suffrages populaires par les chefs des prolétaires eux-mêmes, le suffrage dit universel atteint la perfection en tant qu’institution conservatrice de l’ordre social.

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