Petition updateFéminisme ou antimalisme ?Une hypothèse qui expliquerait bien des choses
SOS men bashing
Feb 3, 2024

J’ai fait une hypothèse dont personne ne peut dire si elle est satisfaisante ou non, l’hypothèse que contrairement à ce que pensait Marx, contrairement à ce que ses admirateurs ont accepté sans l’examiner, le prolétariat n’est pas révolutionnaire :

« Le progrès de l' industrie, dont la bourgeoisie est l'agent sans volonté propre et sans résistance, substitue à l'isolement des ouvriers résultant de leur concurrence, leur union révolutionnaire par l'association. Ainsi, le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d'appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables. »

Si l’hypothèse que le prolétariat n’est pas révolutionnaire est vraie - ce qui est bien évidement loin d’être certain - , elle expliquerait la soumission à l’autorité des individus dans les nations capitalistes (libérales). Cette soumission me paraît être le socle, le fondement, de tout l’édifice social. Encore faut-il la voir. Pour beaucoup, les Français sont une population frondeuse, rebelle, ingouvernable. Je ne le pense pas. Les gens voient la rébellion où je vois de la soumission.

L’usage répété de l’article 49.3 par le gouvernement de Mme Borne a été dénoncé avec force dans les manifestations contre la réforme des retraites : « Si tu nous mets 49.3, on te met 68. » Autrement dit, le recours à l’article 49,3 pour faire passer la réforme était ce qui choquait certains des opposants à la réforme des retraites. Si, au lieu de recourir à l’article 49.3, le gouvernement avait laissé le parlement décider, la réforme aurait été légitime (démocratique, comme on dit, puisque les parlementaires prétendent représenter la population) aux yeux de ceux qui stigmatisaient un abus de l’utilisation de l’article 49.3. En réalité, le problème n’est pas l’utilisation de l’article 49.3 pour faire passer la réforme. Il est plus profond que cela. Stigmatiser un abus de l’utilisation de l’article 49.3 pour s’opposer à la réforme des retraites, ce n’est pas de la rébellion, c’est de la soumission.

D’autres vont plus loin que la simple condamnation de l’utilisation de l’article 49.3 pour faire passer la réforme des retraites. Ils veulent un changement plus profond, plus fondamental. Ils ne veulent rien moins qu’une nouvelle constitution, rien moins qu’une 6ème république. C’est le cas de Jean-Luc Mélenchon. C’est aussi le cas d’André Bellon et de son association pour une 6ème République.

Pour Jean-Luc Mélenchon, pour André Bellon, tout le mal vient d’une constitution vicieuse. Changeons de constitution et le malade sera guéri. Ils ne font que retomber dans les illusions naïves (mais moins excusables) de ceux qui pensaient sous la monarchie d’Ancien régime (avant 1789) que tous les maux venaient de ce que la France n’avait pas de constitution « rationnelle ». Donnez-nous une bonne constitution, une constitution qui resserrera le pouvoir royal dans des limites dont il ne pourra sortir, et les « abus » disparaîtront comme par enchantement.

Prodigieuse naïveté, prodigieuse erreur, comme la suite des évènements l’a montré. La constitution « rationnelle » du 3 septembre 1791 n’a rien réglé du tout. Elle était si rationnelle qu’elle n’a pas duré un an. Les constitutions qui l’ont suivies (1793, 1795, 1799, 1804, 1814, 1830, 1848, 1852, etc) n’ont, elles non plus, rien réglé du tout. Et voilà qu’aujourd’hui des gens qui n’ont rien appris et rien compris ( Jean-Luc Mélenchon, André Bellon et d’autres) nous tirent par la manche pour nous expliquer qu’une bonne constitution réglera tous les problèmes. Je ne le crois pas du tout. Le problème est plus profond que cela. Un changement de constitution changera les choses à la surface, mais rien fondamentalement. Militer pour une 6ème République, ce n’est pas de l’insoumission, c’est du conformisme.

La soumission, nous avons pu la constater également pendant la crise du Covid 19. Comme les gens étaient fiers de se soumettre et d’obéir à toutes les injonctions du gouvernement. Comme ils étaient fiers de montrer leur « pass vaccinal », comme ils étaient fiers de respecter les règles, d’être de bons citoyens, obéissants et dociles.

Comment expliquer une soumission à l’autorité aussi universelle, aussi systématique ? Par le fait que chacun ressent l’impuissance collective. Les masses laborieuses sentent qu’elles sont impuissantes, écrasées. Tout a été tenté, tout a échoué. Il ne reste plus aux masses laborieuses qu’une possibilité, la soumission sans limite à leurs maîtres capitalistes.

Imaginez un animal sauvage pris au piège, par exemple un renard. Dans un premier temps, furieux d’avoir été pris, il se révolte. Il cherche à sortir de sa cage, il se jette contre ses parois. Après de nombreuses tentatives vaines, il comprend qu’il ne peut rien faire, qu’il n’y a pas de solution. Alors il se soumet.

Les prolétaires sont comme des animaux pris au piège. Ils se sont révoltés au XIXème siècle. Ils construisaient des barricades, affrontaient la troupe de ligne. Depuis la Commune et la répression féroce qui l’a suivie, les prolétaires ont pris conscience de leur impuissance, de leur écrasement total. Ils se sont soumis. Les seules rébellions qu’ils s’autorisent se tiennent dans les limites de la légalité : critiquer le 49,3, militer pour un référendum citoyen, demander que les médias soient neutres.

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