
En Angleterre, les députés des Communes sont rémunérés depuis un Act de 1911. Quant aux Lords, leurs fonctions sont encore bénévoles. En France, au contraire, la rétribution des membres des assemblées législatives est aussi vieille que ces assemblées elles-mêmes.
Le 27 juin 1789, la transformation des États généraux en Assemblée dite nationale, commencée le 17 juin, est complète. Le 17 juin, seuls les députés par le Tiers s’étaient déclarés Assemblée nationale. Le 27, le Clergé et la Noblesse se joignent au Tiers. Désormais, l’Assemblée dite nationale ne compte plus les seuls députés par le Tiers état, mais les députés des trois ordres. Deux mois seulement après cette transformation des États généraux en Assemblée dite nationale, le duc de Liancourt, rapporteur du Comité des finances de l'Assemblée, s'exprimant au nom de ce comité, propose de rétribuer les membres de l’Assemblée nationale. Cette rétribution serait avancée par le Gouvernement et répartie ensuite avec la province.
« Un membre du Comité des finances a observé qu'il croyait convenable et urgent de fixer le traitement de chaque député, de lui passer quatre jours pour son arrivée à Versailles, et autant pour son retour, s'il se trouvait dans la distance de 50 lieues de cette ville ; huit jours, si l'éloignement était plus considérable ; de lui allouer aussi une somme raisonnable pour chaque jour de résidence. » Compte rendu
Mirabeau commenta la proposition du duc de Liancourt dans son journal « Le Courrier de Provence »,:
« Dans la séance du 12 [août 1789], le duc de Liancourt proposa de fixer, pour les députés, un traitement dont le Gouvernement ferait l'avance et qui serait réparti entre les provinces. Cette proposition, dictée par un sentiment d'équité, mais froidement accueillie par un scrupule de délicatesse, est trop conforme à la saine politique pour ne pas mériter l'attention du peuple. Il ne s'agit point, sans doute, d'attacher aux fonctions publiques des émoluments onéreux. Loin de nous la vile pensée de substituer le mobile de l'intérêt à celui du patriotisme et de payer à prix d'or des services dont le bien public doit être le but et la récompense. Mais l'intérêt du peuple veut que ses représentants soient salariés ; ils ne sont point là pour eux, mais pour leurs commettants, et ce rapport de dépendance ne peut être mieux marqué que par l'obligation de recevoir un salaire. »
L'Assemblée a renvoyé la proposition du duc de Liancourt dans les bureaux, pour s'en occuper incessamment. Quelques jours plus tard, le premier septembre 1789, la proposition est adoptée avec quelques modifications :
« L'Assemblée statua, le 1er septembre, sur le rapport du duc de Liancourt, et en adopta les conclusions. Le décret fixa la rétribution à 18 livres par jour. Le décret avait un effet rétroactif et allouait la rétribution aux députés à partir du jour où ils s'étaient réunis, c'est- à-dire qu'il faisait un rappel de quatre mois Il ajoute que les frais de voyage sont dus aux députés, à raison de 5 livres par lieue. La rétribution devait être payée directement payée par le ministre des Finances. »
La rémunération des membres des assemblées législatives a été reprise par les assemblées suivante et inscrite dans les constitutions. C’est de cette manière que la rémunération des parlementaires est devenue une coutume qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui.