Dans son numéro 5323 du 16 novembre 2022, le Canard enchaîné pose une grave question : "Le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (le Cross) Gris Nez a-t-il failli à son obligation légale de sauvetage il y a un an, lors du naufrage dans la Manche d'un bateau de migrants ?"
Poser une question qui ne se pose pas n'a pas de sens. Par suite, poser une question, c'est impliquer qu'elle se pose. En demandant si le Cross Gris Nez a failli à son obligation de sauvetage, le Canard enchaîné nous dit que rien, dans l'état de nos connaissances, ne nous permet de dire que c'est le cas.
Le Canard poursuit en affirmant qu'il a pu consulter en exclusivité l'intégralité des échanges téléphoniques entre le Cross et les migrants.
Il ressort clairement de ces échanges que le Cross, s’abritant derrière des prétextes fallacieux, a délibérément refusé d’envoyer un navire au secours des migrants. Il les a, de ce fait, délibérément condamnés à une mort certaine. Mais l’échange le plus significatif vient après. La Manche est la voie maritime la plus fréquentée du monde. Il se trouve de ce fait, qu’un navire marchand, le Concerto, qui passait à proximité du lieu du naufrage, a aperçu l'embarcation des migrants en perdition ["à l'arrêt" pour le Canard enchaîné]. Il demande au Cross s'il doit les secourir. Voici la réponse du Cross :
"Nous sommes au courant de la situation. Vous pouvez passer votre chemin".
Cette réponse faite à un navire présent sur les lieux et qui aurait pu intervenir à temps est de mon point de vue la preuve que Cross a délibérément décidé de condamner les migrants à mort. Dire qu’il a failli à son « obligation » de sauvetage est un doux euphémisme. Loin de secourir les migrants, il les a poignardés. Ce point de vue n’est toutefois pas celui du Canard. Il en faudrait davantage pour que les faits qui lui sont connus lui permettent de se prononcer sur le point de savoir si le Cross a failli ou non à son obligation de sauvetage alléguée.
Nul n'ignore le titre que Clemenceau a choisi pour l'article de Zola : "J'accuse". Le Canard enchaîné, pour sa part, n'accuse pas. Il pose la question.