On lit souvent qu’à l’époque de l’Assemblée constituante de 1789-91, les citoyens actifs étaient ceux qui payaient une contribution égale à la valeur de trois journées de travail. Par exemple, un site consacré à la révolution française :
« Les citoyens actifs sont ceux qui acquittent aux impôts une contribution directe au moins égale à la valeur de trois journées de travail. »
C’est plein de bonne volonté, c’est touchant, mais c’est faux. Les citoyen actifs sont ceux qui remplissent toutes les conditions exigées par la constitution. Ces conditions sont au nombre de huit. Elles sont cumulatives, ce qui signifie qu’il ne suffit pas d’en remplir une seule, il faut les remplir toutes. Ainsi, celui qui ne paie pas une une contribution égale à la valeur de trois journées de travail ne sera pas citoyen actif parce qu’il ne remplit pas toutes les conditions pour l’être. Cela ne signifie pas que s’il remplit cette condition il sera nécessairement citoyen actif. Il ne le sera que s’il remplit aussi les sept autres conditions exigées par la législation électorale. Il est donc faux, absolument faux, d’affirmer que les citoyens actifs sont ceux qui acquittent aux impôts une contribution directe au moins égale à la valeur de trois journées de travail. L’auteur ce site, plein de bonne volonté, s’imagine faire œuvre éducative alors qu’il n’est qu’un béni oui oui sans esprit critique.
Une autre affirmation erronée est de dire que Robespierre était partisan du suffrage universel.
« N’oublions pas cependant, que quelques députés luttent contre ce seuil élitiste (le marc d’’argent du 29 octobre 1789), et que certains vont jusqu'à défendre l'idée du suffrage universel durant les débats, comme Robespierre, cet incorrigible défenseur des pauvres. »
Dire que Robespierre s’est opposé au décret sur le marc d’argent est juste. Dire qu’il défendait le suffrage universel est un anachronisme. L’idée de suffrage universel est postérieure à la révolution française. Elle est apparue après la restauration des Bourbons, particulièrement sous la monarchie de Juillet, en réaction au régime électoral censitaire. Par suite, Robespierre ne pouvait pas s’opposer au « suffrage universel » parce que cette expression n’avait pas encore été créée. Lisez ses discours, mot par mot, et cherchez y les mots suffrage universel. Vous ne les trouverez pas parce qu’ils ne s’y trouvent pas. Dire que Robespierre défendait l’idée de suffrage universel est une interprétation et, qui plus est, une fausse interprétation. Cela peut sembler un détail, mais c’est un détail important. Car, de même que les petits ruisseaux font les grandes rivières, les petites impostures font les grands obscurantismes. Aucune société, dans toute l’histoire de l’humanité, n’a été aussi obscurantiste que la nôtre.