Mauvaise nouvelle : la souveraineté du peuple est une imposture. C’est même une triple imposture. Imposture du peuple, imposture du la souveraineté, imposture de la souveraineté du peuple.
Le peuple est une imposture parce que le peuple en tant que corps politique ayant une volonté n’existe pas. Il n’y a que des individus, une population. La convention par laquelle des individus indépendants qui vivent sur un même territoire deviennent un peuple n’a jamais existé (« L’acte par lequel un peuple est un peuple est le vrai fondement de la société. » Livre I, chapitre 5, Qu’il faut toujours remonter à une première convention.) Il n’y a jamais eu de « contrat social », de première convention, d’acte d’association par lequel des individus isolés et indépendants aurient fomré un corps politique. Nous ne vivons pas en société, nous vivons en agrégat. Ce qui fait l’unité des individus qui vivent sur un territoire, ce n’est pas l’association mais le fait qu’ils vivent sous une autorité commune par laquelle ils sont agrégés.
Le corps électoral, qui serait en quelque sorte le peuple exprimant sa volontén’existe pas davantage. Il n’y a pas de corps électoral, seulement un ensemble d’électeurs. Les électeurs agissent indépendamment les uns des autres, sans se concerter. Ils n’expriment pas la volonté commune à un corps délibérant, mais une somme de volontés individuelles. L’expression de « corps électoral » est une duperie, une tromperie, un mensonge.
L’idée de souveraineté telle que nous la comprenons aujourd’hui, c'est-à-dire un droit de commander, qui « appartiendrait » à un titulaire. Cette souveraineté n’existe pas. Il n’y a que des forces sociales, plus ou moins grandes, plus ou moins puissantes. La résultante de ces forces soumet l’État qui est, en quelque sorte, leur fondé de pouvoir.
Enfin, l’idée de souveraineté du peuple est une imposture parce que le peuple ne peut être souverain de lui-même. La souveraineté est commandement. Celui qui commande doit nécessairement être distinct de celui qui obéit.
L’idée que la souveraineté du peuple est une imposture est certainement une idée que l’on ne veut ni voir, ni entendre parce qu’elle est flatteuse aux naïfs, aux faibles et aux paresseux. C’est tellement agréable de s’imaginer qu’on est un souverain.