La révolution française de 1789 a aboli une institution française importante de l'ancien régime, le consentement à l'impôt. Les historiens disent toujours, pour les dénigrer, que les États généraux n'avaient qu'un rôle consultatif. Ce n'est pas vrai. Même s'ils avaient ce rôle, ils n'avaient pas que ce rôle. La meilleure preuve, c'est que les États généraux de 1789 ont été convoqués précisément dans le but de décider de nouveaux impôts pour sortir de la crise financière du régime. Pourquoi le roi aurait-il convoqué les États généraux s'il avait eu la possibilité de créer de nouveaux impôts sans le consentement des États généraux?
La révolution française a aboli le consentement à l'impôt parce qu'elle a aboli l'institution des États généraux. Nul ne peut contester que les États généraux n'ont plus jamais été réunis depuis 1789. Désormais, c'est l’État lui-même qui décide de l'impôt. Il n'a plus besoin d'aucun consentement de quiconque. Ce simple fait est la preuve que la révolution française n'a pas eu pour effet d'amoindrir le pouvoir de l’État sur l'individu, mais au contraire de l’accroître. Depuis 1789, l’État exerce un pouvoir sur l'individu dont la monarchie d'Ancien régime n'aurait pas osé rêver.
On nous dit, pour nous berner, que l'impôt est voté par des représentants du peuple. Et comme il est voté par des représentants du peuple, c'est comme s'il était voté par le peuple lui-même, pas vrai? Les révolutionnaires ont voulu remplacer le mot "impôt" par le mot "contribution", pour dire que l'impôt n'était plus imposé. Cela voudrait dire que désormais l'impôt n'est plus consenti, il serait carrément décidé par le peuple. Si c'était vrai, cela confirmerait ce que je dis : le consentement à l'impôt n'existe plus. La volonté du peuple s'est substituée au consentement des États généraux.
Mais ce n'est pas cela. Il est bien vrai que consentement à l'impôt n'existe plus. Mais, s'il n'existe plus, ce n'est pas parce que, désormais, c'est le peuple lui-même qui décide. Affirmer que l'impôt est décidé par le peuple parce qu'il est décidé par des représentants du peuple, c'est du foutage de gueule pur et simple. Les prétendus représentants du peuple n'ont de représentants que le nom. Ils ne sont pas des représentants du peuple, ils sont seulement déclarés des représentants du peuple. Ils sont de prétendus représentants du peuple. Mais comme ils sont déclarés des représentants du peuple, l'impôt, du coup, est déclaré décidé par le peuple. Tout cela, c'est du foutage de gueule intégral. La vérité, c'est que l'impôt, perçu par l’État, est décidé par l’État seul, sans consentement de qui que ce soit. L'Etat est juge et partie. Il se sert dans nos poches sans nous demander notre avis.
Dans les faits, c'est encore pire que cela. L'Assemblée nationale est une assemblée d'automates qui approuvent tout ce qu'on leur demande d'approuver. En théorie, l'Assemblée nationale est une assemblée législative. En faits, elle interprète le rôle d'une assemblée législative.