La photo montre une affichette en grande partie arrachée. Il nous est impossible de savoir quel message, quel slogan, y figurait puisque, précisément, elle a été en grande partie arrachée de telle sorte qu’il ne peut être déchiffré. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il a déplu à la personne qui a arraché l’affichette.
Le fait qu’une personne a arraché une affiche dont le message lui déplaisait signifie que, du point de vue de cette personne, la liberté d’expression ne se limite pas au droit d’exprimer ses propres opinions — car j’imagine que cette personne estime avoir un droit sacré et imprescriptible d’exprimer ses idées sans que quiconque ait le droit de l’en empêcher — mais comprend aussi le droit d’empêcher les opinions qui lui déplaisent de s’exprimer.
Cette manière de voir agrandit la liberté d’expression parce que des idées porteront d’autant plus qu’elles ne rencontreront pas de contradiction, qu’elles seront les seules à se faire entendre. La liberté d’expression devient un monopole d’expression.
Ceux qui comprennent leur propre liberté d’expression comme un monopole d’expression ne voient rien d’incohérent dans leur manière de penser parce qu’ils sont incapables de l’analyser. Ils ne réalisent pas qu’en voyant leur propre liberté de la sorte, ils n’agissent pas autrement que les frères Kouachi. Si l’on se place du point de vue du crime de sang, il n’y a rien de commun entre arracher une affiche et massacrer la rédaction d’un journal. Mais si l’on se place du point de vue de la liberté d’expression, une similitude apparaît. Dans les deux cas, les auteurs de ces actes les justifient par le fait que leurs victimes ont exprimé des opinions qui leur ont déplu.
Toutefois, les fanatiques religieux l’emportent par la probité intellectuelle. Ils n’ont pas à tout instant la tolérance et la liberté d’expression à la bouche. Ils sont intolérants mais ils assument leur intolérance.
