Petition updateFéminisme ou antimalisme ?L’effet d’annonce Adèle Haenel
SOS men bashing
Dec 27, 2019

Le harcèlement féministe recourt systématiquement à l’effet d’annonce. Une plainte quelconque d’une femme qui dira avoir été harcelée, battue ou violée deviendra ainsi une « année zéro ». Le moindre fait divers devient le début d’une ère nouvelle, une aube de l’humanité et de la civilisation, de la même manière que la révolution française est l’année zéro des temps modernes : histoire de la France de 1789 à nos jours.

L’effet d’annonce est nécessaire pour magnifier, pour donner une importance grandiose à un fait banal. Il permet de faire d’une plaignante une héroïne, une combattante, une Jeanne d’Arc de la libération des femmes. Et bien sûr, il nous a été impossible d’échapper à l’effet d’annonce Adèle Haenel. Ses accusations seront, à n’en pas douter, le commencement d’une ère nouvelle dans l’histoire de l’humanité. La centième fois est éternellement a première.

« Adèle Haenel a-t-elle initié un nouveau #Metoo français ? » demande en couverture le magazine féministe Les inrockuptibles.

« Adèle Haenel, l’héroine. Au nom de toutes les autres. Pourquoi sa parole marque un tournant », affirme le magazine féminin Elle.

« Plus que d’un prolongement de #Metoo, souhaitons qu’il s’agisse là du point de départ, en France, d’une transformation profonde de la conscience commune », affirme la revue féministe « Esprit ». Et allez donc !

La disproportion est complète entre le fait anecdotique et les conséquences grandioses que la police intellectuelle fait mine d’en attendre. Comme elles ne seront évidemment pas atteintes, il y aurra bientôt un nouvel effet d’annonce. Dans six mois, dans un an, une nouvelle plainte d’une actrice contre un réalisateur sera un nouveau point de départ d’une aube de l’humanité.

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Situation faite à l’histoire

Les anciennes censures, l’ostracisme grec, l’exil ancien, l’extermination de la cité, la mise au ban, les pénalités médiévales, féodales, royales, ecclésiastiques, l’excommunication, l’index étaient ou comportaient des sanctions redoutables. Souvent mortelles. Souvent elles étaient capitales. Elles atteignaient peut-être moins souvent leur effet, sinon leur objet, elles atteignaient beaucoup moins gravement et moins définitivement les libertés intellectuelles que ne les atteint le savant boycottage organisé dans le monde moderne par le monde moderne contre tout ce qui toucherait à la domination du moderne. C’est une des raisons pour lesquelles, et cela sans aucun doute, les activités intellectuelles sont moins nombreuses dans le monde moderne qu’elles ne l’ont jamais été dans aucun monde, moins considérable, moins libres surtout, moins fraiches, moins neuves, moins jaillissantes. Beaucoup moins que dans aucun monde connu. Il faut aux œuvres, à presque toutes les œuvres, et à presque tous les auteurs, sinon un accueil enthousiaste, à défaut même de la simple bonté, à défaut d’un accueil simplement bienveillant, au moins un combat, une bataille, une guerre, le débat, tout plutôt qu’un de ces silences comme le monde moderne seul a su en organiser autour des œuvres et des hommes qui auraient seulement l’air de faire semblant d’être capables d’être suspects de vouloir seulement commencer à marcher contre les superstitions modernes.

Les haines intellectuelles modernes ont adopté, ont emprunté, tout l’arsenal des haines politiques anciennes et modernes, et notamment des haines politiques modernes, qui sont particulièrement bien outillées.

Le monde moderne s’est vanté d’avoir introduit dans le monde les méthodes, ce qu’il a nommé les méthodes scientifiques, et plus généralement la méthode. Il n’a point menti pour cette méthode particulière que requiert l’organisation méthodique, généralement de la haine, particulièrement de la haine et du boycottage intellectuel.

De là vient en partie cette grande indigence intellectuelle des temps modernes.

La solitude passerait encore, et un homme particulièrement courageux, ou, comme nous l’avons dit, surcourageux, pourrait porter l’isolement. Mais par l’isolement même et comme son complément indispensable, le monde moderne fait ici jouer sa deuxième sanction, celle à laquelle nul ne résiste, car nul ne peut résister : l’isolement économique, le boycottage industriel, c'est-à-dire l’indigence la plus vulgaire, la misère et la faim. Les anciennes sanctions, les sanctions proprement pénales, les sanctions antiques et chrétiennes, féodales et royales, et aussi les violences des sanctions populaires étaient évidemment plus brutales, plus contondantes pour ainsi dire. Et elles paraissaient beaucoup plus écrasantes. Mais en réalité elles étaient moins hermétiques. Justement par ce qu’elles avaient de pugilaire, elles n’atteignaient pas uniformément tout, et si elles retombaient lourdement quelques parts, elles laissaient beaucoup plus passer. Il y avait une anarchie dans tout et une ignorance qui se retrouvait dans la sanction. Elles laissaient beaucoup plus où elles ne retombaient pas. Le monde moderne peut se vanter d’avoir, ici, introduit de la méthode et rien de comparable, comme fini d’exécution, à certain boycottages organisés dans le monde moderne contre le citoyen qui ne veut pas marcher droit.

D’autres temps nous ont laissé d’autres chefs-d’œuvre ; des temples, des cathédrales, des statues, des tragédies ; mais ceci sera proprement, devant l’éternité, le chef-d’œuvre des temps modernes.

Au moins les anciennes sanctions n’étaient-elles point hypocrite. Elles désignaient celui qu’elles voulaient frapper. Charles Péguy, De la situation faite à l’histoire et à la sociologie dans les temps modernes.

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