Deux activistes féministes, Marie Cervetti et Bénédicte Jaulin, membres de l’association FIT- « une femme, un toit » (à ne pas confondre avec l’association « un homme, un carton ») ont eu une idée toute simple mais géniale pour exposer leur idées à un large public : publier une tribune dans Le Monde. C’est ainsi que, dans une tribune au « Monde », intitulée : «Féminicides : nous demandons un Grenelle des violences. » elles appellent le gouvernement à élaborer un plan d’actions concrètes contre les meurtres de femmes par leurs (anciens) compagnons.
De même, dans une tribune au « Monde » (soutenue et relayée par Change.org), « Les féminicides ne sont pas une fatalité : Monsieur le président, réagissez », à l'initiative de #NousToutes, plusieurs activistes et associations féministes notamment Caroline De Haas, Rokhaya Diallo et Inna Shevchenko, demandent à Emmanuel Macron des actes pour mieux protéger les femmes des violences de leur conjoint ou ex-conjoint.
En réalisant que toutes ces activistes féministes avaient pensé à publier des tribunes dans ce grand quotidien de référence qu’est Le Monde, je me suis senti tout bête. Je me suis demandé comment il se faisait que je n’y aie pas pensé. Après tout, j’ai moi aussi des idées que je souhaite faire connaître aussi largement que possible et qui pourraient faire l’objet d’une tribune, voire de plusieurs. Comment se fait-il que l’idée de publier une tribune dans le grand quotidien de référence ne me soit pas venue à l’esprit ? C’est comme l’œuf de Colomb : c’est tout simple, mais il fallait y penser.
C’est à ce genre de constatation que l’on vérifie que les féministes seront toujours plus malins que nous. Ils pensent à utiliser les médias de masse pour diffuser largement leurs idées alors que cette idée ne vient pas à l’esprit des nigauds que nous sommes.
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TRIBUNE :. Féminicides : nous demandons un Grenelle des violences, par Marie Cervetti et Bénédicte Jaulin
Soixante-treize… C’est le nombre de femmes assassinées depuis le début de l’année selon la page Facebook « Féminicides par compagnons ou ex ». Pour la première fois, des familles de victimes lancent un SOS au gouvernement et appellent à un rassemblement que nous soutenons, ce samedi 6 juillet à Paris. 73 féminicides dans un pays qui a pourtant toutes les lois et les dispositifs nécessaires pour les éviter, c’est un refus de justice.
Prenons Leïla, cette jeune femme de 20 ans, enceinte, assassinée le 3 juillet par son conjoint, le lendemain du dépôt d’une main courante. Que s’est-il passé ? La police a-t-elle laissé cette jeune femme rentrer chez elle sans lui proposer de mesures spécifiques ? Avait-elle à sa disposition une liste de tous les centres spécialisés qui auraient pu l’accueillir ? Ce jour-là, notre centre d’hébergement avait justement une place, qui s’était libérée le jour même.
Leïla aurait pu être protégée et mise en sécurité le temps de l’enquête, elle aurait pu être sauvée. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Est-ce cette croyance ancrée selon laquelle les violences conjugales appartiennent à la sphère privée ? C’est le cas pour l’immense majorité des femmes assassinées en 2019 : elles avaient porté plainte. Elles avaient tout fait comme on les invite à le faire aujourd’hui : parler, avertir, porter plainte ou déposer une main courante.
De véritables mesures de protection et de défense
Qu’en est-il des suites pénales qui doivent être données à ces plaintes ? Aucune ne semble avoir été entendue. Julie Douib, assassinée par son ex-conjoint en mars, avait même porté plainte plusieurs fois et déclaré, au bout de la cinquième plainte, qu’il était armé et qu’il allait la tuer. Elle laisse deux enfants orphelins de mère, sur lesquels l’assassin conserve l’autorité parentale. Il est par conséquent en droit, et il l’utilise, de refuser tout soin psychologique dont ces enfants ont besoin. Pourquoi ? Peut-on encore soutenir que l’assassin d’une femme, sa compagne ou son ex, est un bon père de famille ?
Bien sûr, nous ne manquons pas de saluer la circulaire prise par la ministre de la justice, Nicole Belloubet, pour que les ordonnances de protection soient plus largement octroyées aux femmes menacées et que les agresseurs soient tenus de porter un bracelet électronique plus rapidement. A présent, nous attendons que le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, convoque les préfets afin que, concrètement, plus aucune femme ne sorte d’un commissariat sans une solution pour la protéger. (La tribune ne s’arrête pas ici, mais la suite est réservée aux abonnés, dont je ne suis pas. Désolé.)
On lira également avec intérêt la tribune de Solène Cordier, également parue dans Le Monde : « Les féminicides conjugaux, ce fléau qui ne faiblit pas. ».
