Petition updateFéminisme ou antimalisme ?En droit un maître, en fait un maître
SOS men bashing
Feb 11, 2019

L’un des concepts les plus faux et les plus nuisibles que l’on puisse imaginer est celui de démocratie formelle. Employer cette expression signifie que la démocratie existerait en théorie, mais non dans les faits. Cette manière de voir est commune à tous ceux qui sont insatisfaits des institutions démocratiques. Ils attribuent le mal au fait que leur fonctionnement n’est pas ce qu’il devrait être. En d’autres termes, ils attribuent le mal à une perversion de la démocratie.

« On aura beau dire que l’élu ou le représentant du peuple n’est que le mandataire du peuple, son délégué, son avocat, son agent, son interprète, etc. En dépit de cette souveraineté théorique de la masse et de la subordination officielle et légale de son agent, représentant ou interprète, on ne fera jamais que l’autorité ou l’influence de celui-ci ne soient plus grandes que celles de celui-là, et qu’il accepte sérieusement un mandat. Toujours, malgré les principes, le délégué du souverain sera le maître du souverain. La nue souveraineté, si j’ose dire ainsi, est quelque chose de plus encore que la nue-propriété. » Proudhon, Théorie du mouvement constitutionnel.

« Cette forme particulière de la démocratie que l’on nomme le despotisme démocratique, dont le moyen âge n’avait pas eu l’idée, leur est déjà familière. Plus de hiérarchie dans la société, plus de classes marquées, plus de rangs fixes; un peuple composé d’individus presque semblables et entièrement égaux, cette masse confuse reconnue pour le seul souverain légitime, mais soigneusement privée de toutes les facultés qui pourraient lui permettre de diriger et même de surveiller elle-même son gouvernement. Au-dessus d’elle, un mandataire unique, chargé de tout faire en son nom sans la consulter. Pour contrôler celui-ci, une opinion publique sans organes; en droit, un agent subordonné; en fait un maître » Tocqueville, L’ancien régime et la révolution.

Chez Proudhon et Tocqueville, l’idée est la même : il y a contradiction entre le fait et le droit. Ils se trompent lourdement. Ils sont des dupes qui confondent deux choses essentiellement différentes : le droit et le logos. Oui, c’est vrai, dans le logos, le pouvoir est un mandataire. Mais en droit, ce n’est pas du tout le cas. En droit, le pouvoir est un maître.

Si Proudhon et Tocqueville se trompent lourdement, il sera faux d’en conclure qu’ils se trompent entièrement. Ils ont raison sur un point : il existe un écart énorme entre la théorie et la pratique. En effet, ceux qui sont en droit les maîtres renforcent leur pouvoir de droit par un pouvoir de fait. Il y a par conséquent un renforcement d’un pouvoir légal et non une inversion de pouvoir. C’est ce renforcement d’un pouvoir de droit que Proudhon, Tocqueville et bien d’autres avec eux, prennent pour une inversion de pouvoir. En droit un maître, en fait un maître qui conforte son pouvoir de droit par un pouvoir de fait.

 

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