Je vous ai dit qu’il était impossible de définir la démocratie parce que ce mot n’a pas de signification. Et pourtant, si, il en a une. Il a une signification laudative. Il est un synonyme de bon, de bien, de juste. Ce qui est démocratique est bon, juste, bien. Et tout ce qui n’est pas démocratique est mauvais, injuste, mal.
C’est la raison pour laquelle, sauf exception, les définitions de la démocratie sont laudatives. Elles définissent la démocratie comme un régime politique qui possède certaines caractéristiques qui sont elles-mêmes synonymes de bon, de bien et de juste. Par exemple la séparation des pouvoirs, une constitution, les droits de l’homme, la souveraineté du peuple, le suffrage universel, les élections libres, la liberté d’opinion et d’expression, etc.
Quand Alain nous dit qu’il a cherché à définir la démocratie, il ne nous dit pas tout. Ce qu’il ne nous dit pas, c’est qu’il n’a pas cherché à définir simplement la démocratie, mais qu’il a cherché à la définir de manière laudative. En d’autres termes, il a cherché une définition dont il ressortirait que la démocratie est un régime politique qui engendre le bon, le bien et le juste. Et c’est de cet objectif fixé a priori que provient l’impossibilité de définir la démocratie parce qu’il est impossible de trouver une caractéristique qui serait commune à toutes les régimes qualifiés de démocraties par eux-mêmes ou par d’autres et qui aurait pour effet d’engendrer le bon, le bien et le juste.
Si le philosophe français Alain avait compris que ce qui fait la démocratie, c’est le contenu laudatif du mot démocratie, s’il avait compris que tous les États qui souhaitent démontrer qu’ils sont des provinces de l’Empire du Bien se disent démocratiques, il aurait compris qu’un État démocratique n’est rien de plus qu’un État qui se dit démocratique. Il aurait pu alors définir la démocratie de manière simple : «Démocratie : régime politique qui se revendique de la démocratie à des fins laudatives».