Le 17 septembre 1787, après quatre mois de délibérations menées par une quarantaine de délégués des treize États provinciaux d'origine, les États-Unis adoptent une constitution fédérale qui se substitue aux articles de la Confédération de 1777. Jefferson y voit le travail d'une assemblée de demi-dieux. John Adams affirme y voir, sinon la plus grande manifestation de l'entendement de l'esprit humain, du moins le plus grand exercice de délibération jamais conçu au monde. Madison croit y trouver le doigt d'une intervention providentielle. Denis Lacorne, docteur en sciences politique, écrit au sujet cette constitution :
“ L’éloge dithyrambique fait partie de l’entreprise de sacralisation de la Constitution : il contribue à transformer un texte somme toute banal pour l’époque en un mythe fondateur. Une fois sacralisée, la Constitution devient inattaquable ; la dénoncer n’est plus faire une œuvre de critique, c’est proférer un blasphème. ” Denis Lacorne, L’invention de la république, p. 118
Après avoir lu ces lignes, je m'interroge. Les déclarations de Denis Lacorne, faites à propos de la Constitution américaine, ne seraient-elles pas transposables, mutatis mutandis, à d'autres pays que les États-Unis, par exemple à la France? N'existerait-il pas en France, un texte dont les clercs font un éloge dithyrambique afin de le sacraliser et ainsi de le rendre inattaquable ? Ce n'est, bien sûr, qu'une hypothèse, mais c'est une hypothèse plausible.
