Enfance et familles: péril imminent! Pour la pluralité des soins en pédopsychiatrie

Le problème

 

Une avalanche d’attaques s’abat contre une pratique pédopsychiatrique démocratique et humaniste depuis maintenant plusieurs années.

Nous assistons à de nombreuses offensives entravant les soins de l’enfant. Privilégier la seule démarche diagnostique au détriment des soins pluridisciplinaires provoquerait un appauvrissement des soins pédopsychiatriques.

Quand les pouvoirs publics promeuvent l’extension du diagnostic et de la prescription aux médecins généralistes sans concertation ni des premiers ni des spécialistes de la discipline que sont les psychiatres et les psychologues, dans le but de « réduire les files d’attente », leur objectif détourne des soins mis en œuvre par la psychiatrie publique et son modèle pluridisciplinaire. 

Ceci ne tient pas compte du fait que tous les médecins dédiés à l’enfance sont eux-mêmes débordés et que le risque existe du développement d’un secteur lucratif des soins psychiques par une fraction des professionnels pratiquant des honoraires qui laissent inévitablement de côté des familles aux moyens plus modestes.

Dans le même temps, nous assistons à des attaques spécieuses et concertées d’une presse d’opinion alliées à des décisions administratives hâtives contre des établissements publics ciblés comme étant « maltraitants ». Leur prêter une orientation psychanalytique sert un discours démagogique, disqualifiant et ostracisant. 

Outre qu’ils sont en nombre très insuffisant, la plupart des établissements sanitaires pour enfants et adolescents, à l’instar de leur équivalents adultes, souffrent d’une sous-dotation chronique en ressources humaines : infirmiers, psychologues, médecins, orthophonistes, psychomotriciens, assistants sociaux, éducateurs et professeurs spécialisés. 

Alors que ces lieux de soins devraient être répartis également et démocratiquement sur tout le territoire, ces décisions iniques laissent des enfants et leurs familles sans solution.

Elles font courir un risque majeur d’aggravation de la catastrophe sanitaire déjà installée pour la jeunesse française.

En effet, la pédopsychiatrie est en très grande difficulté, en dépit des différentes Feuilles de route santé mentale et psychiatrie lancées par le gouvernement le 28 juin 2018. 

Le désert sanitaire progresse, drastiquement insuffisant au regard des enjeux actuels, avec 700 pédopsychiatres en France, dont la moyenne d’âge est de 62 ans.

La seule focalisation sur le diagnostic, sans préoccupation du soin, ne répondra jamais à la situation de milliers d‘enfants et d’adolescents aujourd’hui en errance médicale. 

De même, la promotion de l’hypothèse neurologique comme unique lecture des troubles de l’enfant et de l’adolescent est une impasse, là où elle devrait trouver sa place dans une compréhension pluridisciplinaire de pathologies psychiques d’une grande complexité : neurobiologique, environnementale, psychologique, éducative, socio-économique et culturelle.

Nous assistons aujourd’hui à un projet double très inquiétant : d’un côté, la promotion  d’une recherche uniforme et sans retombées thérapeutiques encore notables est financée par le rationnement des fonds publics pour la psychiatrie et la pédopsychiatrie, et de l’autre, un durcissement des contrôles sur des “pratiques non recommandées” qui ciblent certes la psychanalyse, mais aussi toute pratique du soin s’inscrivant dans le maillage national de santé publique qu’est la psychiatrie infanto-juvénile avec ses Centres médico-psychologiques et ses Centres médico-psycho-pédagogiques. Autrement dit, une offre publique de soins pluridisciplinaires, de proximité, en partenariat étroit, notamment avec l’école, l’Aide sociale à l’enfance, la médecine somatique, les institutions judiciaires. La psychiatrie de secteur garantit des soins continus à tous sans distinction et parfois de longue durée, du fait de la gravité de certaines situations.

Cette déferlante lancée contre la pédopsychiatrie publique est irresponsable : elle divise le peu de professionnels encore présents sur le terrain, laisse les familles seules face à la souffrance de leurs enfants, sature les urgences, déconstruit la politique de soins de proximité. Enfin et surtout, elle compromet l’attractivité des carrières de la pédopsychiatrie, ce qui menace d’une désertification radicale et irrémédiable la profession en compromettant le renouvellement des générations de psychiatres. 

Rédactrices - rédacteurs :

Xavier Gommichon – pédopsychiatre – Intersecteur d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Sarah Bydlowski – pédopsychiatre – ASM13, chef de service de l’Intersecteur du 13ème arrondissement de Paris

Bernard Odier - Psychiatre, psychothérapeute. Ancien président du Conseil National Professionnel de Psychiatrie

Patrick Landman – pédopsychiatre – Président Stop DSM

Eric Corbobesse – pédopsychiatre - ASM 13, intersecteur du 13e arrondissement de Paris

Pascale Jeanneau-Tolila – psychiatre- ASM13, Directrice Générale.

Clément Fromentin – psychiatre – l’Evolution psychiatrique

 

Premier(e)s signataires

Sandrine Rousseau – députée

Mathieu Bellahsen - psychiatre, lanceur d’alerte et auteur

Benoît Jean-Pierre - pédopsychiatre, chef de pôle, Centre hospitalier de Saint-Denis

Jean Chambry - psychiatre d’enfants et d’adolescents, Chef de pôle au CHU psychiatrie et neurosciences, Paris. 

Patrick Chemla - psychiatre, Printemps de la psychiatrie 

Maurice Corcos - Professeur de psychiatrie, chef du service de psychiatrie infanto-juvénile de l'institut mutualiste Montsouris.

Marie-Josée Cortès - psychiatre, Présidente du SPH.

Pierre Delion - pédopsychiatre, ancien chef du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent du CHRU de Lille

Bruno Falissard - pédopsychiatre, PUPH santé publique université Paris-Saclay.

Bernard Golse - pédopsychiatre, professeur des universités-praticien hospitalier émérite de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'université Paris Descartes

Roland Gori -  Professeur Honoraire de psychopathologie des Universités, psychanalyste ( Espace Analytique), Essayiste

Ligia Gorini - pédopsychiatre, cheffe de pôle en Seine-Saint-Denis

Geneviève Henault - psychiatre hospitalière

Jacques Hochmann - Professeur émérite de pédopsychiatrie à l’Université Claude Bernard, médecin honoraire des hôpitaux de Lyon.

Thomas Lepoutre - psychologue, Directeur du Département d’Études psychanalytiques, Université Paris Cité 

Christophe Libert - Président de l’API - Association des Psychiatres Infanto-juvéniles de secteur sanitaire et médico-social 

Marie Rose Moro - Professeure Université de Paris Cité, PCPP, Inserm, Cheffe de service, Maison de Solenn, AP-HP, HUPC,Hop Cochin 

Anne Revah-Levy -  Professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent 

Alain Vanier - ancien psychiatre des hôpitaux, professeur honoraire de l’université Paris Cité

 

 

 

 

 

 

 

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Xavier GOMMICHONLanceur de pétition

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Le problème

 

Une avalanche d’attaques s’abat contre une pratique pédopsychiatrique démocratique et humaniste depuis maintenant plusieurs années.

Nous assistons à de nombreuses offensives entravant les soins de l’enfant. Privilégier la seule démarche diagnostique au détriment des soins pluridisciplinaires provoquerait un appauvrissement des soins pédopsychiatriques.

Quand les pouvoirs publics promeuvent l’extension du diagnostic et de la prescription aux médecins généralistes sans concertation ni des premiers ni des spécialistes de la discipline que sont les psychiatres et les psychologues, dans le but de « réduire les files d’attente », leur objectif détourne des soins mis en œuvre par la psychiatrie publique et son modèle pluridisciplinaire. 

Ceci ne tient pas compte du fait que tous les médecins dédiés à l’enfance sont eux-mêmes débordés et que le risque existe du développement d’un secteur lucratif des soins psychiques par une fraction des professionnels pratiquant des honoraires qui laissent inévitablement de côté des familles aux moyens plus modestes.

Dans le même temps, nous assistons à des attaques spécieuses et concertées d’une presse d’opinion alliées à des décisions administratives hâtives contre des établissements publics ciblés comme étant « maltraitants ». Leur prêter une orientation psychanalytique sert un discours démagogique, disqualifiant et ostracisant. 

Outre qu’ils sont en nombre très insuffisant, la plupart des établissements sanitaires pour enfants et adolescents, à l’instar de leur équivalents adultes, souffrent d’une sous-dotation chronique en ressources humaines : infirmiers, psychologues, médecins, orthophonistes, psychomotriciens, assistants sociaux, éducateurs et professeurs spécialisés. 

Alors que ces lieux de soins devraient être répartis également et démocratiquement sur tout le territoire, ces décisions iniques laissent des enfants et leurs familles sans solution.

Elles font courir un risque majeur d’aggravation de la catastrophe sanitaire déjà installée pour la jeunesse française.

En effet, la pédopsychiatrie est en très grande difficulté, en dépit des différentes Feuilles de route santé mentale et psychiatrie lancées par le gouvernement le 28 juin 2018. 

Le désert sanitaire progresse, drastiquement insuffisant au regard des enjeux actuels, avec 700 pédopsychiatres en France, dont la moyenne d’âge est de 62 ans.

La seule focalisation sur le diagnostic, sans préoccupation du soin, ne répondra jamais à la situation de milliers d‘enfants et d’adolescents aujourd’hui en errance médicale. 

De même, la promotion de l’hypothèse neurologique comme unique lecture des troubles de l’enfant et de l’adolescent est une impasse, là où elle devrait trouver sa place dans une compréhension pluridisciplinaire de pathologies psychiques d’une grande complexité : neurobiologique, environnementale, psychologique, éducative, socio-économique et culturelle.

Nous assistons aujourd’hui à un projet double très inquiétant : d’un côté, la promotion  d’une recherche uniforme et sans retombées thérapeutiques encore notables est financée par le rationnement des fonds publics pour la psychiatrie et la pédopsychiatrie, et de l’autre, un durcissement des contrôles sur des “pratiques non recommandées” qui ciblent certes la psychanalyse, mais aussi toute pratique du soin s’inscrivant dans le maillage national de santé publique qu’est la psychiatrie infanto-juvénile avec ses Centres médico-psychologiques et ses Centres médico-psycho-pédagogiques. Autrement dit, une offre publique de soins pluridisciplinaires, de proximité, en partenariat étroit, notamment avec l’école, l’Aide sociale à l’enfance, la médecine somatique, les institutions judiciaires. La psychiatrie de secteur garantit des soins continus à tous sans distinction et parfois de longue durée, du fait de la gravité de certaines situations.

Cette déferlante lancée contre la pédopsychiatrie publique est irresponsable : elle divise le peu de professionnels encore présents sur le terrain, laisse les familles seules face à la souffrance de leurs enfants, sature les urgences, déconstruit la politique de soins de proximité. Enfin et surtout, elle compromet l’attractivité des carrières de la pédopsychiatrie, ce qui menace d’une désertification radicale et irrémédiable la profession en compromettant le renouvellement des générations de psychiatres. 

Rédactrices - rédacteurs :

Xavier Gommichon – pédopsychiatre – Intersecteur d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Sarah Bydlowski – pédopsychiatre – ASM13, chef de service de l’Intersecteur du 13ème arrondissement de Paris

Bernard Odier - Psychiatre, psychothérapeute. Ancien président du Conseil National Professionnel de Psychiatrie

Patrick Landman – pédopsychiatre – Président Stop DSM

Eric Corbobesse – pédopsychiatre - ASM 13, intersecteur du 13e arrondissement de Paris

Pascale Jeanneau-Tolila – psychiatre- ASM13, Directrice Générale.

Clément Fromentin – psychiatre – l’Evolution psychiatrique

 

Premier(e)s signataires

Sandrine Rousseau – députée

Mathieu Bellahsen - psychiatre, lanceur d’alerte et auteur

Benoît Jean-Pierre - pédopsychiatre, chef de pôle, Centre hospitalier de Saint-Denis

Jean Chambry - psychiatre d’enfants et d’adolescents, Chef de pôle au CHU psychiatrie et neurosciences, Paris. 

Patrick Chemla - psychiatre, Printemps de la psychiatrie 

Maurice Corcos - Professeur de psychiatrie, chef du service de psychiatrie infanto-juvénile de l'institut mutualiste Montsouris.

Marie-Josée Cortès - psychiatre, Présidente du SPH.

Pierre Delion - pédopsychiatre, ancien chef du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent du CHRU de Lille

Bruno Falissard - pédopsychiatre, PUPH santé publique université Paris-Saclay.

Bernard Golse - pédopsychiatre, professeur des universités-praticien hospitalier émérite de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'université Paris Descartes

Roland Gori -  Professeur Honoraire de psychopathologie des Universités, psychanalyste ( Espace Analytique), Essayiste

Ligia Gorini - pédopsychiatre, cheffe de pôle en Seine-Saint-Denis

Geneviève Henault - psychiatre hospitalière

Jacques Hochmann - Professeur émérite de pédopsychiatrie à l’Université Claude Bernard, médecin honoraire des hôpitaux de Lyon.

Thomas Lepoutre - psychologue, Directeur du Département d’Études psychanalytiques, Université Paris Cité 

Christophe Libert - Président de l’API - Association des Psychiatres Infanto-juvéniles de secteur sanitaire et médico-social 

Marie Rose Moro - Professeure Université de Paris Cité, PCPP, Inserm, Cheffe de service, Maison de Solenn, AP-HP, HUPC,Hop Cochin 

Anne Revah-Levy -  Professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent 

Alain Vanier - ancien psychiatre des hôpitaux, professeur honoraire de l’université Paris Cité

 

 

 

 

 

 

 

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