Attaque sans précédent contre les enseignements artistiques au lycée

Attaque sans précédent contre les enseignements artistiques au lycée

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Nous découvrons l’existence d’une « Charte pour la mise en œuvre des enseignements artistiques au lycée, Théâtre-expression dramatique – Danse – Cinéma-audiovisuel – Arts du cirque » non datée, mise en place par la DRAC et les rectorats d’Île-de-France et applicable dès la rentrée 2020, sans concertation avec les enseignants ni les partenaires culturels. Ce texte acte une baisse drastique de 30 à plus de 40 % des subventions allouées aux structures et aux artistes intervenant dans les enseignements optionnels et de spécialités artistiques, et impose l’obligation d’un effectif minimum, sans tenir compte de la spécificité de ces enseignements, mettant ainsi largement en péril leur existence au lycée.

Ces enseignements « fondés sur le dialogue entre pratique artistique, pratique culturelle et réflexion théorique », pour reprendre les mots de cette Charte, sont par les décisions qu’elle annonce mis en grand danger.

MOINS DE SUBVENTION POUR LES INTERVENANTS : MOINS DE PRATIQUE POUR LES ÉLÈVES

Le partenariat est au cœur de nos enseignements. Quelle richesse pour nos élèves que de travailler avec des professionnels et des artistes ! Les enseignements artistiques permettent aux élèves de rencontrer des scénaristes, des auteurs, des cinéastes, des metteurs en scène, des chorégraphes, des chefs opérateurs, des monteurs, des comédiens, des danseurs, des ingénieurs du son, des scénographes, des producteurs… Quelle opportunité unique que d’apprendre à leur contact et de progresser grâce à leurs conseils ! Nous ne parlons pas de simples ateliers de sensibilisation, d’ouverture artistique entre deux portes, ni de saupoudrage culturel, mais d’un vrai travail créatif, liant théorie et pratique, analyse et expérience sur le terrain.

Comment « contribuer à l’éducation au sensible, et au développement de l’esprit critique, et favoriser la réussite des élèves » sans moyens pour rémunérer les artistes et les professionnels ? Comment les enseignants, en classe, pourraient-ils compenser la perte d’une telle collaboration ?

Pour une fois que le lycée a pleinement prouvé sa capacité à s’ouvrir sur le milieu professionnel et à offrir aux élèves une authentique découverte du monde du travail, cette baisse de subvention, appelée pudiquement « rééquilibrage », condamne l’enseignement exceptionnel qui le permet depuis bien des années.

DES SEUILS D’EFFECTIF MINIMUM IMPOSÉS À TOUS

Ces seuils, sans tenir compte des particularités des territoires, sans concertation avec les enseignants ni les partenaires culturels, mettent à mal le sens et les finalités de nos enseignements. C’est, dans les faits, signer la disparition de l’ouverture culturelle dans les zones les plus défavorisées où les effectifs des enseignements optionnels et des spécialités artistiques n’atteignent que rarement le nombre d’élèves attendu par cette Charte !

C’est également, de manière insidieuse, poursuivre la politique de mise en concurrence des différentes spécialités initiée avec la réforme du lycée et accélérer la menace de la disparation à court terme des enseignements optionnels artistiques déjà marginalisés par le nouveau baccalauréat. C’est, finalement, dévoyer un peu plus encore la mission de l’École républicaine telle que nous la concevons.

Alors que nous venons de vivre une crise sanitaire inédite qui meurtrit autant le secteur de la culture que celui de l’enseignement, cette décision nous sidère.

Quelle violence ! Quelle régression ! Quel mépris !

Notre engagement auprès des élèves et des acteurs du monde de la culture nous oblige à rejeter cette chronique d’une mort annoncée, en exigeant l’abandon immédiat de cette Charte.

Nous réclamons, en revanche, une augmentation des subventions accordées par la DRAC, qui depuis plus de vingt ans n’ont jamais été revalorisées, ne tenant compte ni de l’inflation ni des évolutions organisationnelles, économiques et sociales des structures culturelles et éducatives.

Dans une période où les différents acteurs du monde de la culture sont gravement fragilisés par les conséquences de la pandémie et du confinement, une telle augmentation serait, par-delà les effets d’annonce, un geste concret et efficace pour assurer la survie économique de nos intervenants ainsi que la pérennité de nos enseignements.

Enseignants et partenaires culturels, nous demandons l’ouverture rapide de négociations, auxquelles nous sommes, naturellement, disposés à participer activement.

 

Les professeurs des enseignements artistiques d’Île-de-France et leurs artistes partenaires

Les Ailes du désir

(Association Nationale des Enseignants et Partenaires Culturels des Classes Cinéma et Audiovisuel)

Face-Public(s)

(Association Nationale des Professeurs et Partenaires Artistiques du Théâtre au Lycée)