
Après Nicolas Hulot, voilà un deuxième Ministre d'Etat, Gérard Collomb, qui démissionne. Tous deux avec un certain fracas, tous deux comme saisis d'un besoin brusque de s'affranchir de l'autorité jupitérienne, comme on fuirait un carcan devenu trop pesant.
Les propos de l'ex-Ministre de l'Intérieur sont révélateurs : il a notamment mis en cause le manque d'humilité, ainsi que l'isolement croissant d'Emmanuel Macron et son repli sur un cercle restreint que Gérard Collomb a donc fait le choix de quitter (composé de Richard Ferrand, Christophe Castaner et Benjamin Griveaux).
Opportunisme politique, rancoeur personnelle, simple coup de tête ? Gérard Collomb, en tous cas, a préféré la liberté d'une mairie de province (d'un point de vue parisien) au pouvoir d'un Ministre de l'Intérieur et au privilège de la proximité présidentielle. C'est dire l'étroitesse de la marge de manoeuvre consentie à un Ministre à l'ère jupitérienne.
Des observateurs établissent un lien entre sa rupture avec le chef de l'Etat et l'affaire Macron-Benalla. Nous-mêmes nous soulignions le piètre service que Gérard Collomb rendait à l'Elysée, lors des auditions, en lui rejettant sans cesse la responsabilité ultime. D'aucuns ont alors appelé à sa démission, moquant son omnignorance, d'autres se croyant plus radicaux ont réclamé la démission de l'ensemble du gouvernement.
Gérard Collomb est donc parti. De cette situation, si nous en tirons des conclusions - celles développées plus haut, nous n'en tirons aucune satisfaction particulière.
De fait, les gouvernements défilent et le personnage centralisateur, Emmanuel Macron, reste. Ce troisième remaniement sera bien précédé de la démission du gouvernement entier, à la suite de son Premier ministre, c'est-à-dire d'un non-événement. La majorité macroniste devrait ensuite renouveler, sans surprise, sa confiance au nouveau gouvernement, lequel est destiné à vivre à son tour d'autres discordances.
On notera que le chaos qui affecte l'entourage d'Emmanuel Macron - chaos prévisible en raison du caractère d'agrégeat hétéroclite, déconstruit et creux de l'ensemble de la sphère macroniste - n'est pas de nature à le faire bouger, lui. Jupiter reste le centre de gravité inamovible d'une galaxie de courtisans, la cohésion globale dépendant de leur degré de sincère adulation du chef (c'est-à-dire de leur sensibilité hypnotique vis-à-vis d'un charisme prétendu irrésistible), de leur degré de courtisanerie, et/ou de leurs opportunismes personnels.
C'est forts de ce constat que nous demandons la résolution la plus radicale possible, à savoir la destitution du Président de la République, par le Parlement, selon les termes de la Constitution. La responsabilité, plus que jamais, et comme il l'a si crânement revendiquée, est à l'Élysée. Tout ce qui touche à l'orbite et à la périphérie est de second plan, car c'est bien Jupiter qui concentre désormais les pouvoirs. A lui d'en assumer personnellement les dérives. Pourquoi applaudir le départ de pantins gouvernementaux, pour les voir remplacés par des marionnettes gouvernementales ?
Chacune des deux assemblées peut, indépendamment, voter la proposition de réunion en Haute cour. Nous croyons qu'elles ont le devoir de le faire, et c'est tout l'objet de notre demande.
Signez, et faites signer !