Déclaration des offenses et crimes faits au corps enseignant et au personnel éducatif


Déclaration des offenses et crimes faits au corps enseignant et au personnel éducatif
Le problème
Déclaration des offenses et crimes faits au corps enseignant et au personnel éducatif tout entier
J'accuse.
J'accuse les avocats des prévenus du procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty.
J'accuse leur parole, non pas seulement maladroite, mais dangereuse, car elle sème le soupçon là où il ne devrait y avoir que recueillement.
J'accuse la diffamation de la mémoire d'un des nôtres, tombé pour avoir résisté, pour avoir tenu bon, pour avoir incarné, jusqu'à y laisser la vie, la liberté d'expression.
J'accuse qu'on ose salir un mort.
J'accuse qu'on ose discuter l'honneur d'un professeur assassiné pour avoir fait son métier.
J'accuse qu'on ose, au nom de calculs, de stratégies, d'intérêts judiciaires, salir le sang d'un homme qui n'avait pour arme qu'une craie, qu'un tableau, qu'une parole d'enseignant.
J'accuse le silence qui s'instaure quand un professeur meurt en défendant les valeurs républicaines et que, pourtant, sa mémoire est bafouée publiquement.
J'accuse ce silence lourd, ce silence lâche, ce silence qui s'étend comme une brume sur les consciences.
J'accuse l'isolement auquel a été confronté notre collègue, avant même que la tragédie ne l'emporte.
J'accuse le fait qu'une famille endeuillée lutte seule pour faire valoir les droits d'un professeur mort dans l'exercice de ses fonctions.
J'accuse la solitude d'une veuve, d'un parent, d'un enfant, face à la froideur des procédures et à la lenteur des reconnaissances.
J'accuse l'abandon silencieux dans lequel on laisse ceux qui pleurent.
J'accuse les propos infamants tenus contre un collègue qui a perdu la vie pour avoir incarné jusque dans sa chair la laïcité.
J'accuse l'indécence d'un tel renversement.
J'accuse cette ignominie : transformer une victime en coupable, un enseignant en bourreau, un mort en accusé.
J'accuse la lamentable défense assurée par ces avocats bien démunis pour en arriver à proférer une telle plaidoirie.
J'accuse la retenue, le mutisme, la pudeur et le respect dont ils n'ont pas su faire preuve.
J'accuse ce qui condamne à l'inquiétude les professeurs, et plus généralement le personnel éducatif tout entier, qui voient régulièrement leurs camarades tomber seuls, dans ou en dehors des salles de classe.
Il y a les victimes, blessées ou défuntes : Samuel Paty, Dominique Bernard, Agnès Lasalle, Mélanie Grapinet, Claudette Pascal.
Mais derrière eux, il y a tous ces professeurs et autres personnels éducatifs qui sourient chaque matin à leurs élèves, la mémoire chargée de ces noms désormais tristement célèbres.
J'accuse les symboliques minutes de silence, souvent difficilement mises en œuvre, parfois sabotées, toujours maigres, toujours dérisoires, toujours impuissantes à réparer ce qui a été brisé.
J'accuse la solitude de nos professions, laissées seules face aux enjeux et défis qui concernent pourtant tous nos concitoyens.
J'accuse le fait que, au nom de la Laïcité, de l'Égalité des chances et de l'Educabilité de chaque enfant, nous soyons trop souvent laissés seuls en première ligne, avec des moyens limités mais des exigences croissantes, afin que tous puissent encore, dans l’avenir, faire vivre les étendards républicains : Liberté, Égalité, Fraternité.
J'accuse, au-delà de ces drames, les mécanismes qui les ont rendus possibles, qui exposent les nôtres, qui les usent et les brisent : la complexité et la pénibilité, trop peu reconnues, d'un métier crucial pour l'avenir de notre pays.
J'accuse l'épuisement silencieux de ceux qui enseignent, jour après jour, sans gloire et sans protection.
J'accuse l'individualisme implanté au cœur de nos élèves, qui complique nos missions auprès d'eux, et qui fait de la transmission un combat là où elle devrait être une évidence.
J'accuse les difficultés éducatives auxquelles seules les salles de classe sont confrontées, quand un pays tout entier devrait s'en inquiéter.
J'accuse l'indifférence d'une société qui exige tout de l'Ecole et ne lui rend presque rien.
J'accuse cette hypocrisie collective : demander aux seuls enseignants de réparer ce que la Nation toute entière laisse se fissurer.
J'accuse l'ironie et la dérision qui accablent nos professions quand tous, malgré nos divergences pédagogiques parfois, malgré nos faux pas sans doute aussi, nous cherchons à construire un environnement propice aux apprentissages.
C’est un défi immense que nous tentons de relever, seuls, dans une société qui bafoue chaque jour les valeurs mêmes que nous essayons de faire vivre.
J'accuse le manque de cohésion et de confiance entre familles, professeurs et enfants.
J'accuse le clientélisme vers lequel tendent trop souvent nos relations.
J'accuse la fracture grandissante entre l'Ecole et la société.
J'accuse notre époque de trahir les principes inscrits dans les textes institutionnels de l’Éducation Nationale, en imposant partout l’individualisme et la perte du sens collectif.
J'accuse la fatigue et le découragement de nager quotidiennement à contre-courant.
J'accuse la succession de missions ajoutées au fil des années, qui finissent par détourner les équipes éducatives de leurs objectifs premiers.
J'accuse les annonces qui oublient trop facilement la complexité du terrain et les réalités humaines des établissements. Elles ajoutent une blessure de plus à des personnels déjà éprouvés.
J'accuse une époque qui fait endosser toutes les responsabilités sociétales à l’École sans jamais en revoir le fonctionnement, en n’offrant qu’une formation insuffisante à ses agents et un accompagnement relatif.
J'accuse qu'on charge les seules équipes éducatives de missions dont la liste ne fait que s'allonger : la laïcité, la sexualité, le numérique, les compétences psychosociales, la citoyenneté, la sécurité routière, la santé, l’éducation aux médias, l'égalité garçons-filles, la prévention du harcèlement…
Et qu'on leur retire l'essentiel : le temps, la sérénité, la confiance, le respect.
J’accuse les conséquences parfois psychologiques, parfois physiques, que subissent les personnels de l’Éducation Nationale.
J'accuse ces blessures invisibles qui rongent ces résistants du quotidien, ces gueules cassées d'un combat que certains croient perdu d’avance.
J'accuse le manque de revalorisation d'une profession où résistent encore des professeurs engagés au quotidien.
J'accuse l'inquiétude et la peur, qui poussent certains à revoir leurs supports, leurs mots, leurs cours, comme on rabaisse la voix dans un couloir menaçant, pour ne pas y laisser sa peau.
J’accuse l’irrémédiable défaut de recrutement, dû à des conditions d’exercice toujours plus complexes pour une reconnaissance toujours plus faible.
Il n’y a pas de métier aussi républicain qui exige autant de foi aujourd’hui.
J'accuse enfin les dangers certains qu'encourt notre pays à ne pas réagir.
J'accuse le péril immense de laisser l'Ecole s'effondrer faute de respect, faute de protection, faute de courage.
C'est un pas de plus vers la disparition progressive des défenseurs de première ligne des valeurs républicaines que la disparition d'un des nôtres.
C'est une insulte faite au corps enseignant et au personnel éducatif tout entier que de laisser proférer des paroles diffamatoires sur la tombe d’un de nos collègues.
C'est un coup fatal porté à l'avenir de notre pays que de voir ses professeurs et ses éducateurs périr sous le coup de la violence et de l'incompréhension.
C'est porter atteinte à chacun que de toucher à l'un d'entre nous.
C'est assassiner un peu de la République que de frapper ou assassiner un enseignant ou un de ses personnels.
C'est abattre l'Ecole, pierre après pierre, que de laisser la haine s'installer jusque dans les salles de classe.
C'est une évidence que nous ne pouvons plus tolérer que quiconque crache sur nos tombes.
C'est un silence trop longtemps gardé que nous brisons aujourd'hui car demain, il sera trop tard.
Et nous craignons de ne pouvoir le crier, plus tard, d'outre-tombe.
Pour l’École. Pour les professeurs. Pour les enfants. Pour la République.
Cette lettre est une démarche individuelle et collective de professeurs, personnels de l'Education Nationale, de parents d'élèves et plus généralement encore de citoyens unis par les valeurs de l'Ecole, volontaires, à titre personnel.
Nous ne trahissons pas l'Ecole, nous la défendons : il n’est pas de loyauté plus grande que celle qui ose dénoncer, il n’est pas de cri plus salutaire que celui qui refuse de se taire. On ne protège enfin que ce que l'on ose regarder en face.
Signer et diffuser cet appel, c’est témoigner notre soutien aux équipes éducatives et affirmer que nous refusons de voir l’École de nos enfants se dégrader. C’est nous rassembler, nous mobiliser et faire entendre collectivement nos inquiétudes et l’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

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Le problème
Déclaration des offenses et crimes faits au corps enseignant et au personnel éducatif tout entier
J'accuse.
J'accuse les avocats des prévenus du procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty.
J'accuse leur parole, non pas seulement maladroite, mais dangereuse, car elle sème le soupçon là où il ne devrait y avoir que recueillement.
J'accuse la diffamation de la mémoire d'un des nôtres, tombé pour avoir résisté, pour avoir tenu bon, pour avoir incarné, jusqu'à y laisser la vie, la liberté d'expression.
J'accuse qu'on ose salir un mort.
J'accuse qu'on ose discuter l'honneur d'un professeur assassiné pour avoir fait son métier.
J'accuse qu'on ose, au nom de calculs, de stratégies, d'intérêts judiciaires, salir le sang d'un homme qui n'avait pour arme qu'une craie, qu'un tableau, qu'une parole d'enseignant.
J'accuse le silence qui s'instaure quand un professeur meurt en défendant les valeurs républicaines et que, pourtant, sa mémoire est bafouée publiquement.
J'accuse ce silence lourd, ce silence lâche, ce silence qui s'étend comme une brume sur les consciences.
J'accuse l'isolement auquel a été confronté notre collègue, avant même que la tragédie ne l'emporte.
J'accuse le fait qu'une famille endeuillée lutte seule pour faire valoir les droits d'un professeur mort dans l'exercice de ses fonctions.
J'accuse la solitude d'une veuve, d'un parent, d'un enfant, face à la froideur des procédures et à la lenteur des reconnaissances.
J'accuse l'abandon silencieux dans lequel on laisse ceux qui pleurent.
J'accuse les propos infamants tenus contre un collègue qui a perdu la vie pour avoir incarné jusque dans sa chair la laïcité.
J'accuse l'indécence d'un tel renversement.
J'accuse cette ignominie : transformer une victime en coupable, un enseignant en bourreau, un mort en accusé.
J'accuse la lamentable défense assurée par ces avocats bien démunis pour en arriver à proférer une telle plaidoirie.
J'accuse la retenue, le mutisme, la pudeur et le respect dont ils n'ont pas su faire preuve.
J'accuse ce qui condamne à l'inquiétude les professeurs, et plus généralement le personnel éducatif tout entier, qui voient régulièrement leurs camarades tomber seuls, dans ou en dehors des salles de classe.
Il y a les victimes, blessées ou défuntes : Samuel Paty, Dominique Bernard, Agnès Lasalle, Mélanie Grapinet, Claudette Pascal.
Mais derrière eux, il y a tous ces professeurs et autres personnels éducatifs qui sourient chaque matin à leurs élèves, la mémoire chargée de ces noms désormais tristement célèbres.
J'accuse les symboliques minutes de silence, souvent difficilement mises en œuvre, parfois sabotées, toujours maigres, toujours dérisoires, toujours impuissantes à réparer ce qui a été brisé.
J'accuse la solitude de nos professions, laissées seules face aux enjeux et défis qui concernent pourtant tous nos concitoyens.
J'accuse le fait que, au nom de la Laïcité, de l'Égalité des chances et de l'Educabilité de chaque enfant, nous soyons trop souvent laissés seuls en première ligne, avec des moyens limités mais des exigences croissantes, afin que tous puissent encore, dans l’avenir, faire vivre les étendards républicains : Liberté, Égalité, Fraternité.
J'accuse, au-delà de ces drames, les mécanismes qui les ont rendus possibles, qui exposent les nôtres, qui les usent et les brisent : la complexité et la pénibilité, trop peu reconnues, d'un métier crucial pour l'avenir de notre pays.
J'accuse l'épuisement silencieux de ceux qui enseignent, jour après jour, sans gloire et sans protection.
J'accuse l'individualisme implanté au cœur de nos élèves, qui complique nos missions auprès d'eux, et qui fait de la transmission un combat là où elle devrait être une évidence.
J'accuse les difficultés éducatives auxquelles seules les salles de classe sont confrontées, quand un pays tout entier devrait s'en inquiéter.
J'accuse l'indifférence d'une société qui exige tout de l'Ecole et ne lui rend presque rien.
J'accuse cette hypocrisie collective : demander aux seuls enseignants de réparer ce que la Nation toute entière laisse se fissurer.
J'accuse l'ironie et la dérision qui accablent nos professions quand tous, malgré nos divergences pédagogiques parfois, malgré nos faux pas sans doute aussi, nous cherchons à construire un environnement propice aux apprentissages.
C’est un défi immense que nous tentons de relever, seuls, dans une société qui bafoue chaque jour les valeurs mêmes que nous essayons de faire vivre.
J'accuse le manque de cohésion et de confiance entre familles, professeurs et enfants.
J'accuse le clientélisme vers lequel tendent trop souvent nos relations.
J'accuse la fracture grandissante entre l'Ecole et la société.
J'accuse notre époque de trahir les principes inscrits dans les textes institutionnels de l’Éducation Nationale, en imposant partout l’individualisme et la perte du sens collectif.
J'accuse la fatigue et le découragement de nager quotidiennement à contre-courant.
J'accuse la succession de missions ajoutées au fil des années, qui finissent par détourner les équipes éducatives de leurs objectifs premiers.
J'accuse les annonces qui oublient trop facilement la complexité du terrain et les réalités humaines des établissements. Elles ajoutent une blessure de plus à des personnels déjà éprouvés.
J'accuse une époque qui fait endosser toutes les responsabilités sociétales à l’École sans jamais en revoir le fonctionnement, en n’offrant qu’une formation insuffisante à ses agents et un accompagnement relatif.
J'accuse qu'on charge les seules équipes éducatives de missions dont la liste ne fait que s'allonger : la laïcité, la sexualité, le numérique, les compétences psychosociales, la citoyenneté, la sécurité routière, la santé, l’éducation aux médias, l'égalité garçons-filles, la prévention du harcèlement…
Et qu'on leur retire l'essentiel : le temps, la sérénité, la confiance, le respect.
J’accuse les conséquences parfois psychologiques, parfois physiques, que subissent les personnels de l’Éducation Nationale.
J'accuse ces blessures invisibles qui rongent ces résistants du quotidien, ces gueules cassées d'un combat que certains croient perdu d’avance.
J'accuse le manque de revalorisation d'une profession où résistent encore des professeurs engagés au quotidien.
J'accuse l'inquiétude et la peur, qui poussent certains à revoir leurs supports, leurs mots, leurs cours, comme on rabaisse la voix dans un couloir menaçant, pour ne pas y laisser sa peau.
J’accuse l’irrémédiable défaut de recrutement, dû à des conditions d’exercice toujours plus complexes pour une reconnaissance toujours plus faible.
Il n’y a pas de métier aussi républicain qui exige autant de foi aujourd’hui.
J'accuse enfin les dangers certains qu'encourt notre pays à ne pas réagir.
J'accuse le péril immense de laisser l'Ecole s'effondrer faute de respect, faute de protection, faute de courage.
C'est un pas de plus vers la disparition progressive des défenseurs de première ligne des valeurs républicaines que la disparition d'un des nôtres.
C'est une insulte faite au corps enseignant et au personnel éducatif tout entier que de laisser proférer des paroles diffamatoires sur la tombe d’un de nos collègues.
C'est un coup fatal porté à l'avenir de notre pays que de voir ses professeurs et ses éducateurs périr sous le coup de la violence et de l'incompréhension.
C'est porter atteinte à chacun que de toucher à l'un d'entre nous.
C'est assassiner un peu de la République que de frapper ou assassiner un enseignant ou un de ses personnels.
C'est abattre l'Ecole, pierre après pierre, que de laisser la haine s'installer jusque dans les salles de classe.
C'est une évidence que nous ne pouvons plus tolérer que quiconque crache sur nos tombes.
C'est un silence trop longtemps gardé que nous brisons aujourd'hui car demain, il sera trop tard.
Et nous craignons de ne pouvoir le crier, plus tard, d'outre-tombe.
Pour l’École. Pour les professeurs. Pour les enfants. Pour la République.
Cette lettre est une démarche individuelle et collective de professeurs, personnels de l'Education Nationale, de parents d'élèves et plus généralement encore de citoyens unis par les valeurs de l'Ecole, volontaires, à titre personnel.
Nous ne trahissons pas l'Ecole, nous la défendons : il n’est pas de loyauté plus grande que celle qui ose dénoncer, il n’est pas de cri plus salutaire que celui qui refuse de se taire. On ne protège enfin que ce que l'on ose regarder en face.
Signer et diffuser cet appel, c’est témoigner notre soutien aux équipes éducatives et affirmer que nous refusons de voir l’École de nos enfants se dégrader. C’est nous rassembler, nous mobiliser et faire entendre collectivement nos inquiétudes et l’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

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Pétition lancée le 10 février 2026