

Contre le durcissement des conditions linguistiques d'accès aux titres de séjours


Contre le durcissement des conditions linguistiques d'accès aux titres de séjours
Le problème
Nous, enseignants de Français Langue Etrangère, avons honte d’être français
En tant que personnel de terrain, acteurs et actrices de l'écosystème qui participe à l'accompagnement linguistique et administratif des personnes étrangères sur le territoire français, nous dénonçons avec vigueur la circulaire du 2 mai 2025, signée par le ministre de l'intérieur Bruno Retailleau, qui transforme les conditions linguistiques d'accès aux titres de séjours et à la nationalité française. Nous interpellons les personnes en capacité de procéder à son abrogation et leur demandons d’agir !
Augmentation des niveaux de langue requis
Concernant la maîtrise de la langue française, considérée par le ministère comme le premier vecteur d'assimilation, la circulaire rappelle que le niveau requis a été réhaussé par la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration et améliorer l'intégration. Depuis le 1er janvier 2026, voici les niveaux de langue exigés :
- Carte de séjour pluriannuelle : avant 2026 : rien / en 2026 : niveau A2
- Carte de résident de 10 ans : avant 2026 : niveau A2/ en 2026 : niveau B1
- Naturalisation : avant 2026 : niveau B1 / en 2026 : niveau B2
Rappelons que le niveau B1 (niveau seuil) du CECRL(Cadre Européen Commun de référence pour les Langues) correspond à la capacité globale de vivre de façon indépendante dans une société donnée, et que le niveau B2 certifie la capacité académique universitaire du locuteur. Autrement dit, le niveau B2 est généralement demandé aux étudiants étrangers qui viennent étudier en langue française sur le territoire.
Faut-il être diplômé de l’université pour prétendre devenir Français ?
Si nous poussons le raisonnement jusqu’au bout, bon nombre de Français natifs, nés et ayant grandi sur le territoire français, exerçant une profession actuellement, seraient dans l’incapacité d'obtenir ce même niveau B2 en raison des exigences académiques de l'examen.
Alors que la France cultivait une image d’intégration, de diversité culturelle grâce à la promotion de la francophonie portée par son Ministère des Affaires Etrangères et le réseau des Alliances Françaises et Instituts Français à travers le monde, alors que la France a toujours été saluée pour ses avancées dans le domaine des droits de l’Homme et des droits des Femmes, cette circulaire donne une image d’une société en régression sociale par rapport à ses voisins européens. En effet, nos voisins allemands et espagnols demandent respectivement les niveaux B1 et A2 dans leurs propres langues pour l'obtention de la nationalité. Exiger le niveau B2 parait être une folie ou un moyen à peine maquillé de décourager nombre de candidats à la naturalisation.
Nouvel examen civique
Le texte prévoit également que les personnes déposant une demande de carte pluriannnuelle ou de naturalisation, passent un examen civique qui vient remplacer la première partie de l’entretien oral, réalisé jusqu’alors par les employés de la préfecture.
Bien entendu, cet examen civique dont le coût sera de 70 à 80 € (selon les centres de passation), vient s’ajouter au coût de l’examen de langue : de 150 à 230 € (selon les centres) et au timbre fiscal de 55 €. La facture est donc de plus en plus lourde pour ceux qui veulent déposer un dossier de demande de naturalisation.
Cet examen civique, est composé de 40 questions portant sur les principes et valeurs de la République ainsi que sur l’Histoire et le système institutionnel et politique de notre pays. Bon nombre de nos contemporains seraient bien en peine d’obtenir les 32 bonnes réponses requises. A cette difficulté s’ajoute le stress causé par les modalités d’examen sur ordinateur pour les candidats maîtrisant mal les outils numériques.
Effondrement de l’offre de cours de français
Depuis le 1er janvier 2026, il est donc demandé aux personnes étrangères désireuses de s’intégrer, de prouver leur maîtrise de la langue française. Cependant, parallèlement, les cours de français dispensés par des organismes partenaires de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) ont été massivement supprimés depuis l’été dernier.
Seuls les cours dispensés aux « non-lecteurs/non-scripteurs » sont toujours proposés en présentiel. Pour toutes les autres personnes sachant lire et écrire dans leur langue, les cours sont devenus facultatifs et ont été « dématérialisés » pour les niveaux A1 et A2 (niveaux de langues vivantes enseignés à nos collégiens).
Pensez-vous qu’il soit réellement possible à une personne débutante, d’apprendre une langue uniquement via une application, sans réelle interaction avec d’autres êtres humains et sans lien avec un professeur francophone formé à l’enseignement ? Pensez-vous qu’il soit possible de s’intégrer sans fréquenter régulièrement un lieu d’enseignement de langue qui est également un lieu d’échanges, de vie sociale et un véritable tremplin vers l’intégration ?
Bien entendu, le développement d’une application est moins coûteux que des cours en présentiel. Mais il est aussi moins efficace. La France ne doit-elle pas se donner réellement les moyens de former les personnes qui choisissent la France ? Eux qui pourront, une fois formés, travailler sur le territoire, notamment dans tous les secteurs « en tension », que les médias citent régulièrement.
L’ élitisme cynique qui transparait dans cette circulaire plongera des milliers d’individus et leurs proches dans les affres de nouvelles difficultés administratives, alors que ces personnes n’aspirent qu’à avoir le droit de continuer à vivre, travailler et s’intégrer en France.
Illégitimité démocratique de la loi immigration
Comment est-ce possible qu’une décision ayant une telle ampleur sur autant de personnes n’ait pas été portée au débat public ? Elle a été prise en catimini, au printemps, par un Ministre de l'intérieur nommé en période de crise politique, dont le mandat n’aura été que d’une année. Quelle légitimité démocratique une telle décision peut-elle revendiquer ?
Les centres d’examen et de certifications sont publics et privés. Leur interlocuteur officiel est France Education International (FEI), qui dépend du ministère de l’Education Nationale. A ce titre, nous dénonçons l’ingérence du Ministre de l'Intérieur lors de son mandat et son amateurisme dans la prise de décision. En effet, l’ingénierie pédagogique interroge la faisabilité et l’opérabilité de cette prise de décision, craignant l’accroissement des inégalités de territoire face aux besoins requis.
Impact économique de la loi immigration
Nous questionnons la pertinence de ces transformations et leurs conséquences sur le tissu économique du pays. Combien de personnes actuellement employées ou en formation dans des filières non-académiques ou dans des catégories ne relevant pas des professions intellectuelles devront quitter leur emploi faute de papiers ? Des centaines ? de milliers ? Comment les employeurs feront-ils face à cette pénurie ? Cette circulaire, qui, au premier abord, ne touche que la frange muette de notre société, portera inévitablement préjudice à son ensemble.
Nous, enseignants de français langue étrangère, dénonçons une triple maltraitance :
- la maltraitance des candidats, plongés dans la difficulté à se former seuls, à atteindre des objectifs toujours plus élevés et à effectuer des démarches administratives toujours plus complexes et plus coûteuses, qui s’ajoutent aux difficultés de leur parcours individuel
- la maltraitance du personnel des centres de certifications, menacé de perdre leur habilitation s’ils refusent de faire passer un nouvel examen civique qui ne correspond pas à leur formation de professionnels de la langue française. Ils accueillent la souffrance des candidats, ne savent que répondre à leurs sollicitations et deviennent les maillons d’un système qu’ils ne cautionnent pas.
- la maltraitance des employeurs français, travaillant notamment dans les secteurs « en tension » qui voient se multiplier les difficultés administratives pour pouvoir recruter des candidats étrangers aux compétences techniques indéniables, mais pour qui le rehaussement du niveau de langue exigé va être synonyme de fin de parcours.
Comment ces employeurs pourront-ils faire vivre leurs entreprises ?
Nous demandons donc le réexamen de la loi immigration sur cette simple question : un niveau de langue universitaire est-il réellement nécessaire pour vivre et travailler en tant que citoyens et citoyennes de la France ?

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Le problème
Nous, enseignants de Français Langue Etrangère, avons honte d’être français
En tant que personnel de terrain, acteurs et actrices de l'écosystème qui participe à l'accompagnement linguistique et administratif des personnes étrangères sur le territoire français, nous dénonçons avec vigueur la circulaire du 2 mai 2025, signée par le ministre de l'intérieur Bruno Retailleau, qui transforme les conditions linguistiques d'accès aux titres de séjours et à la nationalité française. Nous interpellons les personnes en capacité de procéder à son abrogation et leur demandons d’agir !
Augmentation des niveaux de langue requis
Concernant la maîtrise de la langue française, considérée par le ministère comme le premier vecteur d'assimilation, la circulaire rappelle que le niveau requis a été réhaussé par la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration et améliorer l'intégration. Depuis le 1er janvier 2026, voici les niveaux de langue exigés :
- Carte de séjour pluriannuelle : avant 2026 : rien / en 2026 : niveau A2
- Carte de résident de 10 ans : avant 2026 : niveau A2/ en 2026 : niveau B1
- Naturalisation : avant 2026 : niveau B1 / en 2026 : niveau B2
Rappelons que le niveau B1 (niveau seuil) du CECRL(Cadre Européen Commun de référence pour les Langues) correspond à la capacité globale de vivre de façon indépendante dans une société donnée, et que le niveau B2 certifie la capacité académique universitaire du locuteur. Autrement dit, le niveau B2 est généralement demandé aux étudiants étrangers qui viennent étudier en langue française sur le territoire.
Faut-il être diplômé de l’université pour prétendre devenir Français ?
Si nous poussons le raisonnement jusqu’au bout, bon nombre de Français natifs, nés et ayant grandi sur le territoire français, exerçant une profession actuellement, seraient dans l’incapacité d'obtenir ce même niveau B2 en raison des exigences académiques de l'examen.
Alors que la France cultivait une image d’intégration, de diversité culturelle grâce à la promotion de la francophonie portée par son Ministère des Affaires Etrangères et le réseau des Alliances Françaises et Instituts Français à travers le monde, alors que la France a toujours été saluée pour ses avancées dans le domaine des droits de l’Homme et des droits des Femmes, cette circulaire donne une image d’une société en régression sociale par rapport à ses voisins européens. En effet, nos voisins allemands et espagnols demandent respectivement les niveaux B1 et A2 dans leurs propres langues pour l'obtention de la nationalité. Exiger le niveau B2 parait être une folie ou un moyen à peine maquillé de décourager nombre de candidats à la naturalisation.
Nouvel examen civique
Le texte prévoit également que les personnes déposant une demande de carte pluriannnuelle ou de naturalisation, passent un examen civique qui vient remplacer la première partie de l’entretien oral, réalisé jusqu’alors par les employés de la préfecture.
Bien entendu, cet examen civique dont le coût sera de 70 à 80 € (selon les centres de passation), vient s’ajouter au coût de l’examen de langue : de 150 à 230 € (selon les centres) et au timbre fiscal de 55 €. La facture est donc de plus en plus lourde pour ceux qui veulent déposer un dossier de demande de naturalisation.
Cet examen civique, est composé de 40 questions portant sur les principes et valeurs de la République ainsi que sur l’Histoire et le système institutionnel et politique de notre pays. Bon nombre de nos contemporains seraient bien en peine d’obtenir les 32 bonnes réponses requises. A cette difficulté s’ajoute le stress causé par les modalités d’examen sur ordinateur pour les candidats maîtrisant mal les outils numériques.
Effondrement de l’offre de cours de français
Depuis le 1er janvier 2026, il est donc demandé aux personnes étrangères désireuses de s’intégrer, de prouver leur maîtrise de la langue française. Cependant, parallèlement, les cours de français dispensés par des organismes partenaires de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) ont été massivement supprimés depuis l’été dernier.
Seuls les cours dispensés aux « non-lecteurs/non-scripteurs » sont toujours proposés en présentiel. Pour toutes les autres personnes sachant lire et écrire dans leur langue, les cours sont devenus facultatifs et ont été « dématérialisés » pour les niveaux A1 et A2 (niveaux de langues vivantes enseignés à nos collégiens).
Pensez-vous qu’il soit réellement possible à une personne débutante, d’apprendre une langue uniquement via une application, sans réelle interaction avec d’autres êtres humains et sans lien avec un professeur francophone formé à l’enseignement ? Pensez-vous qu’il soit possible de s’intégrer sans fréquenter régulièrement un lieu d’enseignement de langue qui est également un lieu d’échanges, de vie sociale et un véritable tremplin vers l’intégration ?
Bien entendu, le développement d’une application est moins coûteux que des cours en présentiel. Mais il est aussi moins efficace. La France ne doit-elle pas se donner réellement les moyens de former les personnes qui choisissent la France ? Eux qui pourront, une fois formés, travailler sur le territoire, notamment dans tous les secteurs « en tension », que les médias citent régulièrement.
L’ élitisme cynique qui transparait dans cette circulaire plongera des milliers d’individus et leurs proches dans les affres de nouvelles difficultés administratives, alors que ces personnes n’aspirent qu’à avoir le droit de continuer à vivre, travailler et s’intégrer en France.
Illégitimité démocratique de la loi immigration
Comment est-ce possible qu’une décision ayant une telle ampleur sur autant de personnes n’ait pas été portée au débat public ? Elle a été prise en catimini, au printemps, par un Ministre de l'intérieur nommé en période de crise politique, dont le mandat n’aura été que d’une année. Quelle légitimité démocratique une telle décision peut-elle revendiquer ?
Les centres d’examen et de certifications sont publics et privés. Leur interlocuteur officiel est France Education International (FEI), qui dépend du ministère de l’Education Nationale. A ce titre, nous dénonçons l’ingérence du Ministre de l'Intérieur lors de son mandat et son amateurisme dans la prise de décision. En effet, l’ingénierie pédagogique interroge la faisabilité et l’opérabilité de cette prise de décision, craignant l’accroissement des inégalités de territoire face aux besoins requis.
Impact économique de la loi immigration
Nous questionnons la pertinence de ces transformations et leurs conséquences sur le tissu économique du pays. Combien de personnes actuellement employées ou en formation dans des filières non-académiques ou dans des catégories ne relevant pas des professions intellectuelles devront quitter leur emploi faute de papiers ? Des centaines ? de milliers ? Comment les employeurs feront-ils face à cette pénurie ? Cette circulaire, qui, au premier abord, ne touche que la frange muette de notre société, portera inévitablement préjudice à son ensemble.
Nous, enseignants de français langue étrangère, dénonçons une triple maltraitance :
- la maltraitance des candidats, plongés dans la difficulté à se former seuls, à atteindre des objectifs toujours plus élevés et à effectuer des démarches administratives toujours plus complexes et plus coûteuses, qui s’ajoutent aux difficultés de leur parcours individuel
- la maltraitance du personnel des centres de certifications, menacé de perdre leur habilitation s’ils refusent de faire passer un nouvel examen civique qui ne correspond pas à leur formation de professionnels de la langue française. Ils accueillent la souffrance des candidats, ne savent que répondre à leurs sollicitations et deviennent les maillons d’un système qu’ils ne cautionnent pas.
- la maltraitance des employeurs français, travaillant notamment dans les secteurs « en tension » qui voient se multiplier les difficultés administratives pour pouvoir recruter des candidats étrangers aux compétences techniques indéniables, mais pour qui le rehaussement du niveau de langue exigé va être synonyme de fin de parcours.
Comment ces employeurs pourront-ils faire vivre leurs entreprises ?
Nous demandons donc le réexamen de la loi immigration sur cette simple question : un niveau de langue universitaire est-il réellement nécessaire pour vivre et travailler en tant que citoyens et citoyennes de la France ?

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Pétition lancée le 8 janvier 2026