Qui se soucie des enfants de l’école Victor-Rousselot ?
Nous sommes un collectif réunissant des parents, des grands-parents, des personnes de tous horizons professionnels, provenant notamment des milieux de la santé et de l’éducation.
Nous avons été sidérés d’apprendre que la Direction de santé publique a récemment accordé une « exemption temporaire » à la Maison Benoît Labre lui permettant d’ouvrir « deux cubicules de consommation supervisée sécuritaires », où les toxicomanes pourront s’injecter ou fumer des substances illégales. L’ouverture est prévue au début de 2024.
Pour rappel, le centre sera situé à 80m de l’école Victor-Rousselot, une école qui dessert l’une des populations scolaires les plus défavorisées du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). Nous sommes inquiets pour les enfants qui fréquentent cette école primaire. Nous avons eu l’occasion d’exprimer nos craintes par la voie d’une pétition qui a récolté 3262 signatures et lors des séances d’information du 19 septembre et du 4 octobre organisées notamment par la Maison Benoît Labre.
Précisons que jamais les parents de Victor-Rousselot n’ont remis en question l’utilité d’un tel centre pour les personnes qui en seront directement bénéficiaires. Pourtant, on s’est employé à infantiliser ces parents, à les dépeindre comme réactionnaires, contaminés par le syndrôme du « pas dans ma cour ». On les a baladés d’une consultation à l’autre, menées sous de fausses représentations. On leur dit qu'il n'y a aucun risque pour les enfants.
Aucun risque pour les enfants? La vérité c’est qu’on n’en sait rien. Parce qu’on n’a jamais considéré la sécurité des enfants lors des études et consultations qui ont mené à cette décision absurde des autorités de santé publique. Parce qu’il n’existe au Québec aucun organisme chargé d’étudier les effets de l’implantation de ce genre de projet sur une collectivité et les humains qui la composent, un peu comme le ferait le BAPE pour l’environnement.
Cette situation incongrue a été relevée par la professeure Carolyn Côté-Lussier dans le rapport qu’elle a remis récemment aux parents de l’école Victor-Rousselot et qui a été présenté lors d’une conférence de presse le 23 octobre 2023. Selon elle, « Il y a un manque flagrant de données probantes sur les impacts de SIS [site d’injection supervisée] sur la santé publique et le bien-être des communautés à proximité, et surtout pour les populations vulnérables et marginalisées ». Se basant sur la recension des écrits effectuée pour les besoins de son analyse, elle poursuit : « La pratique courante à ce jour est de ne pas implanter des SIS à moins de 500m d’une école, outre quelques exceptions au Canada. »
Les autorités de santé publique n’ont pas cru utile de se poser les questions, pourtant pertinentes, formulées par la Pre Côté-Lussier: « Quels sont les impacts des SIS sur la santé et le bien-être des communautés locales, outre les personnes utilisant des drogues par injection ou inhalation ? Quel est l’impact du sentiment d’insécurité sur la santé et le bien-être, et sur la réussite scolaire ? ». Pourtant le lien entre le sentiment de sécurité des enfants, la persévérance scolaire et la réussite éducative est largement documenté.
Pourquoi choisit-on de fermer les yeux sur un principe de précaution élémentaire, sur la probabilité que des enfants ressentent de la peur à l’idée de faire face à des personnes intoxiquées ou en manque à quelques pas de leur école, sur le risque d’augmenter les effets de la défavorisation sur la persévérance et la réussite scolaire ? Pourquoi fait-on preuve d’autant d’incohérence concernant la santé et le bien-être des enfants ? Pourtant le CSSDM proclame ceci dans son Plan d’engagement vers la réussite 2018-2022 : « Au CSSDM le droit des enfants et des adultes à un environnement socioéducatif sain et de qualité est une priorité. Nous travaillons à offrir à tous un milieu éducatif stimulant, accueillant, inclusif, sain et sécuritaire qui favorise l’apprentissage, le bien-être et la bienveillance. »
Dans le communiqué annonçant son ouverture au début de 2024, la Maison Benoît Labre omet de mentionner les enfants, se réfugiant derrière un concept d'acceptabilité sociale auquel semblait tenir il y a peu le ministre Lionel Carmant, qui défend maintenant ce projet. Le Dr Carmant, pour mémoire, est notamment spécialisé en pédiatrie. Force est de constater que la notion d’acceptabilité sociale devient ici carrément insignifiante. Aussi demandons-nous aux autorités de la santé publique de reconsidérer leur décision.
Ne sachant rien des conditions de l'autorisation émise par la direction de santé publique ni des mesures de sécurité qui seraient appliquées en faveur des enfants de Victor-Rousselot, nos craintes restent vives.
Daniel Trottier
Grand-père de deux enfants de l’école
Directeur du collège Beaubois de 2002 à 2014
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