Victoire confirmée

Bac 2020 : NON au maintien de l'épreuve orale de Français !

Cette pétition a abouti avec 97 348 signatures !


Pour l’annulation des épreuves orales du bac de français 2020 :

Les professeur(e)s de Lettres et la génération sacrifiée

Nous apprenons ce matin, dans la série d’annonces faites par le Ministre de l’Éducation Nationale, que les baccalauréats professionnels, technologiques et généraux, seront validés par les notes du contrôle continu. Une seule exception à cette règle : les épreuves orales du baccalauréat de Français, pour les élèves de première générale et technologique.

Si nous ne pouvons que saluer la difficile décision du Ministre concernant les terminales, prenant en compte les incertitudes quant à la date de reprise des cours, le maintien de l’épreuve orale de français paraît à la fois incohérent, inéquitable et dangereux.

Nous sommes absolument d’accord avec l’idée du Ministre selon laquelle les notes délivrées pendant la période de confinement ne doivent pas être prises en compte pour l’examen, notre présupposé commun étant qu’il serait injuste d’évaluer des élèves sur un travail réalisé dans des conditions très variables selon le milieu familial, les conditions d’habitation, le matériel informatique à disposition, etc. Cependant, en maintenant une épreuve orale au programme très lourd, cela ne revient-il pas à évaluer un travail pour partie effectué à distance, pendant le confinement ? L’allégement de quelques textes (douze pour les voies technologiques, quinze pour les générales) ne saurait résoudre le problème, puisque le bac de français 2020 comporte également une épreuve de grammaire conséquente, et un entretien oral portant sur une œuvre intégrale dont la démarche ne saurait s’improviser. Les quelques semaines de cours sur lesquelles le ministre semble compter en mai ou en juin, rabotées par les ponts et par la difficulté des élèves — en particulier les plus fragiles d’entre eux — à remettre rapidement le pied à l’étrier n’y suffiront pas non plus. Si l’on considère que les élèves peuvent « spontanément » faire la critique littéraire d’une œuvre qu’ils ont lue seuls chez eux, accompagnés de loin pendant le confinement puis dans l’urgence en classe, l’oral de français se transforme en chambre d’enregistrement des inégalités sociales. Cela revient à valoriser, de fait, les élèves qui entendent, le soir à table, leurs parents discuter des romans de la rentrée littéraire, et à pénaliser ceux qui n’entendent guère parler littérature chez eux.

Pour les raisons qui viennent d’être énoncées, ce maintien de l’épreuve orale de Français est inéquitable. Mais nous pouvons aussi ajouter que les élèves de 1ère de la session 2019/2020 font désormais figure de « génération sacrifiée », tant cette année présente, pour eux, de différences avec ce que leurs prédécesseurs ont connu. Ils ont été confrontés à un changement de programme dans toutes les disciplines, et aux nécessaires tâtonnements pédagogiques qui vont avec ; à de nouvelles épreuves, les E3C, qui se sont parfois déroulées dans des conditions très mouvementées ; et ils sont maintenant les seuls élèves à devoir faire face à une épreuve de baccalauréat à la fin de cette année, dans un contexte anxiogène.

On nous objectera que le seul moyen de maintenir au travail des élèves dans cette situation exceptionnelle est la perspective d’une épreuve finale. Mais, si ce raisonnement est valable en Français, pourquoi ne l’est-il pas pour les autres disciplines ? Ne peut-on inventer d’autres incitations jusqu’au 4 juillet, comme on l’a fait en terminale en annonçant la prise en compte de l’assiduité ? N’en existe-t-il pas déjà, puisque Parcoursup archive les bulletins de première, et leurs appréciations ? Et puis n’est-ce pas l’occasion de parler autrement des œuvres et de la littérature, que dans le cadre d’un bachotage ?

Enfin, nous ne pouvons que redouter les conséquences sanitaires de ces épreuves orales, pour les milliers de professeurs de Lettres concernés, comme pour les 500 000 élèves de première et leur famille : espère-t-on vraiment organiser vingt minutes de face à face avec lecture expressive, transmission des bulletins de passage, quelques semaines, voire quelques jours après le déconfinement, dans des conditions qui garantissent la sécurité des examinateurs et des candidats ? Faudra-t-il leur dédier des tests et des masques, quand rien n’assure qu’ils seront suffisants par ailleurs ? Cela paraît, au mieux, illusoire, pour ne pas dire irresponsable.

Nous demandons donc au ministre de renoncer à ces épreuves, et de l’annoncer dès maintenant, afin de ne pas laisser perdurer l’incertitude et l’anxiété parmi les enseignants, les élèves et leur famille.



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