Bac 2020 : NON au maintien de l'épreuve orale de Français !

Le problème

Pour l’annulation des épreuves orales du bac de français 2020 :

Les professeur(e)s de Lettres et la génération sacrifiée

Nous apprenons ce matin, dans la série d’annonces faites par le Ministre de l’Éducation Nationale, que les baccalauréats professionnels, technologiques et généraux, seront validés par les notes du contrôle continu. Une seule exception à cette règle : les épreuves orales du baccalauréat de Français, pour les élèves de première générale et technologique.

Si nous ne pouvons que saluer la difficile décision du Ministre concernant les terminales, prenant en compte les incertitudes quant à la date de reprise des cours, le maintien de l’épreuve orale de français paraît à la fois incohérent, inéquitable et dangereux.

Nous sommes absolument d’accord avec l’idée du Ministre selon laquelle les notes délivrées pendant la période de confinement ne doivent pas être prises en compte pour l’examen, notre présupposé commun étant qu’il serait injuste d’évaluer des élèves sur un travail réalisé dans des conditions très variables selon le milieu familial, les conditions d’habitation, le matériel informatique à disposition, etc. Cependant, en maintenant une épreuve orale au programme très lourd, cela ne revient-il pas à évaluer un travail pour partie effectué à distance, pendant le confinement ? L’allégement de quelques textes (douze pour les voies technologiques, quinze pour les générales) ne saurait résoudre le problème, puisque le bac de français 2020 comporte également une épreuve de grammaire conséquente, et un entretien oral portant sur une œuvre intégrale dont la démarche ne saurait s’improviser. Les quelques semaines de cours sur lesquelles le ministre semble compter en mai ou en juin, rabotées par les ponts et par la difficulté des élèves — en particulier les plus fragiles d’entre eux — à remettre rapidement le pied à l’étrier n’y suffiront pas non plus. Si l’on considère que les élèves peuvent « spontanément » faire la critique littéraire d’une œuvre qu’ils ont lue seuls chez eux, accompagnés de loin pendant le confinement puis dans l’urgence en classe, l’oral de français se transforme en chambre d’enregistrement des inégalités sociales. Cela revient à valoriser, de fait, les élèves qui entendent, le soir à table, leurs parents discuter des romans de la rentrée littéraire, et à pénaliser ceux qui n’entendent guère parler littérature chez eux.

Pour les raisons qui viennent d’être énoncées, ce maintien de l’épreuve orale de Français est inéquitable. Mais nous pouvons aussi ajouter que les élèves de 1ère de la session 2019/2020 font désormais figure de « génération sacrifiée », tant cette année présente, pour eux, de différences avec ce que leurs prédécesseurs ont connu. Ils ont été confrontés à un changement de programme dans toutes les disciplines, et aux nécessaires tâtonnements pédagogiques qui vont avec ; à de nouvelles épreuves, les E3C, qui se sont parfois déroulées dans des conditions très mouvementées ; et ils sont maintenant les seuls élèves à devoir faire face à une épreuve de baccalauréat à la fin de cette année, dans un contexte anxiogène.

On nous objectera que le seul moyen de maintenir au travail des élèves dans cette situation exceptionnelle est la perspective d’une épreuve finale. Mais, si ce raisonnement est valable en Français, pourquoi ne l’est-il pas pour les autres disciplines ? Ne peut-on inventer d’autres incitations jusqu’au 4 juillet, comme on l’a fait en terminale en annonçant la prise en compte de l’assiduité ? N’en existe-t-il pas déjà, puisque Parcoursup archive les bulletins de première, et leurs appréciations ? Et puis n’est-ce pas l’occasion de parler autrement des œuvres et de la littérature, que dans le cadre d’un bachotage ?

Enfin, nous ne pouvons que redouter les conséquences sanitaires de ces épreuves orales, pour les milliers de professeurs de Lettres concernés, comme pour les 500 000 élèves de première et leur famille : espère-t-on vraiment organiser vingt minutes de face à face avec lecture expressive, transmission des bulletins de passage, quelques semaines, voire quelques jours après le déconfinement, dans des conditions qui garantissent la sécurité des examinateurs et des candidats ? Faudra-t-il leur dédier des tests et des masques, quand rien n’assure qu’ils seront suffisants par ailleurs ? Cela paraît, au mieux, illusoire, pour ne pas dire irresponsable.

Nous demandons donc au ministre de renoncer à ces épreuves, et de l’annoncer dès maintenant, afin de ne pas laisser perdurer l’incertitude et l’anxiété parmi les enseignants, les élèves et leur famille.

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Laetitia CRISEOLanceur de pétition
Victoire confirmée
Cette pétition a abouti avec 97 139 signatures !

Le problème

Pour l’annulation des épreuves orales du bac de français 2020 :

Les professeur(e)s de Lettres et la génération sacrifiée

Nous apprenons ce matin, dans la série d’annonces faites par le Ministre de l’Éducation Nationale, que les baccalauréats professionnels, technologiques et généraux, seront validés par les notes du contrôle continu. Une seule exception à cette règle : les épreuves orales du baccalauréat de Français, pour les élèves de première générale et technologique.

Si nous ne pouvons que saluer la difficile décision du Ministre concernant les terminales, prenant en compte les incertitudes quant à la date de reprise des cours, le maintien de l’épreuve orale de français paraît à la fois incohérent, inéquitable et dangereux.

Nous sommes absolument d’accord avec l’idée du Ministre selon laquelle les notes délivrées pendant la période de confinement ne doivent pas être prises en compte pour l’examen, notre présupposé commun étant qu’il serait injuste d’évaluer des élèves sur un travail réalisé dans des conditions très variables selon le milieu familial, les conditions d’habitation, le matériel informatique à disposition, etc. Cependant, en maintenant une épreuve orale au programme très lourd, cela ne revient-il pas à évaluer un travail pour partie effectué à distance, pendant le confinement ? L’allégement de quelques textes (douze pour les voies technologiques, quinze pour les générales) ne saurait résoudre le problème, puisque le bac de français 2020 comporte également une épreuve de grammaire conséquente, et un entretien oral portant sur une œuvre intégrale dont la démarche ne saurait s’improviser. Les quelques semaines de cours sur lesquelles le ministre semble compter en mai ou en juin, rabotées par les ponts et par la difficulté des élèves — en particulier les plus fragiles d’entre eux — à remettre rapidement le pied à l’étrier n’y suffiront pas non plus. Si l’on considère que les élèves peuvent « spontanément » faire la critique littéraire d’une œuvre qu’ils ont lue seuls chez eux, accompagnés de loin pendant le confinement puis dans l’urgence en classe, l’oral de français se transforme en chambre d’enregistrement des inégalités sociales. Cela revient à valoriser, de fait, les élèves qui entendent, le soir à table, leurs parents discuter des romans de la rentrée littéraire, et à pénaliser ceux qui n’entendent guère parler littérature chez eux.

Pour les raisons qui viennent d’être énoncées, ce maintien de l’épreuve orale de Français est inéquitable. Mais nous pouvons aussi ajouter que les élèves de 1ère de la session 2019/2020 font désormais figure de « génération sacrifiée », tant cette année présente, pour eux, de différences avec ce que leurs prédécesseurs ont connu. Ils ont été confrontés à un changement de programme dans toutes les disciplines, et aux nécessaires tâtonnements pédagogiques qui vont avec ; à de nouvelles épreuves, les E3C, qui se sont parfois déroulées dans des conditions très mouvementées ; et ils sont maintenant les seuls élèves à devoir faire face à une épreuve de baccalauréat à la fin de cette année, dans un contexte anxiogène.

On nous objectera que le seul moyen de maintenir au travail des élèves dans cette situation exceptionnelle est la perspective d’une épreuve finale. Mais, si ce raisonnement est valable en Français, pourquoi ne l’est-il pas pour les autres disciplines ? Ne peut-on inventer d’autres incitations jusqu’au 4 juillet, comme on l’a fait en terminale en annonçant la prise en compte de l’assiduité ? N’en existe-t-il pas déjà, puisque Parcoursup archive les bulletins de première, et leurs appréciations ? Et puis n’est-ce pas l’occasion de parler autrement des œuvres et de la littérature, que dans le cadre d’un bachotage ?

Enfin, nous ne pouvons que redouter les conséquences sanitaires de ces épreuves orales, pour les milliers de professeurs de Lettres concernés, comme pour les 500 000 élèves de première et leur famille : espère-t-on vraiment organiser vingt minutes de face à face avec lecture expressive, transmission des bulletins de passage, quelques semaines, voire quelques jours après le déconfinement, dans des conditions qui garantissent la sécurité des examinateurs et des candidats ? Faudra-t-il leur dédier des tests et des masques, quand rien n’assure qu’ils seront suffisants par ailleurs ? Cela paraît, au mieux, illusoire, pour ne pas dire irresponsable.

Nous demandons donc au ministre de renoncer à ces épreuves, et de l’annoncer dès maintenant, afin de ne pas laisser perdurer l’incertitude et l’anxiété parmi les enseignants, les élèves et leur famille.

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Laetitia CRISEOLanceur de pétition

Les décisionnaires

Jean-Michel Blanquer
Ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse.
Répondu
Chers élèves de première, Vous avez été nombreux à manifester votre souhait de la transformation des modalités d’évaluation de l’oral du baccalauréat de français. Vos inquiétudes, exprimées à travers ce texte, étaient de deux ordres : les risques d’iniquité dans la préparation des élèves et les risques sanitaires possiblement encourus. Je tenais donc à vous répondre personnellement pour vous faire part des considérations qui ont guidé ma décision, annoncée le 28 mai, de valider l’oral de français par contrôle continu. Depuis le début de cette crise sanitaire, trois facteurs ont toujours été à l’origine des décisions prises : - La sécurité sanitaire des personnels et des élèves ; - Maintenir l’exigence de nos enseignements et de nos examens ; - Ne désavantager aucun élève. Comme vous l’avez rappelé avec raison, ce sont ces critères qui ont conduit à aménager les épreuves du baccalauréat. Ce sont donc les mêmes critères qui nous ont conduits à prendre une décision sur l’épreuve orale de Français. Je sais que l’attente n’a pas été simple pour beaucoup d’entre vous. Ce temps était nécessaire. Il nous a permis d’évaluer l’ensemble de ces critères, et de prendre une décision en conscience. S’agissant de la sécurité des examinateurs et des candidats, l’organisation de ces épreuves était en effet compatible avec les règles sanitaires. S’agissant du second critère, je veux le redire avec force : le devoir de l’Education nationale est de veiller en toutes circonstances à la continuité des apprentissages et des examens. Parmi eux, l’épreuve orale du baccalauréat de français revêt une importance particulière. Elle est d’abord une des rares épreuves portant sur la maîtrise de l’oral, compétence indispensable à la réussite personnelle et professionnelle. Celle-ci doit être encouragée, développée : ce sera le cas l’an prochain avec la nouvelle épreuve du baccalauréat du Grand Oral. Ensuite, elle porte sur notre littérature. La lecture est une discipline majeure pour la formation de l’esprit humain. En France, l’étude des grandes œuvres est un des ciments de la transmission de notre patrimoine commun. J’en viens maintenant au dernier critère, celui de l’égalité entre élèves. Pour recueillir les avis de chacun, j’ai consulté les fédérations de parents, les organisations syndicales et le Conseil national de la vie lycéenne. Tous, vous m’avez fait part de vos inquiétudes sur les conditions de préparation à cet examen due à la situation exceptionnelle de confinement que nous avons tous vécue. Au regard des différents contextes d’apprentissage à la maison, d’un élève à l’autre, au regard des réouvertures différenciées des lycées en fonction des zones vertes et oranges, il n’était plus possible de garantir l’équité entre élèves. J’ai donc entendu l’argument qui considère que l’évaluation la plus juste des connaissances des élèves en français est de prendre en compte les notes des deux premiers trimestres de l’année. Par conséquent, j’ai pris la décision de ne pas faire passer l’épreuve orale de français et de la valider en contrôle continu. C’est un acte de profonde confiance dans le travail réalisé par les professeurs. C’est aussi un acte de profonde confiance en vous, chers élèves. Continuez à vous plonger dans les œuvres au programme, et dans bien d’autres. Cela vous servira beaucoup par exemple pour aborder la philosophie l’an prochain. Lisez, lisez, lisez encore ! Préférez Phèdre à Netflix ! Entre Racine et une émission éphémère, c’est la premier qui vous marquera pour toute la vie. Je vous souhaite un mois de juin de retrouvailles et de travail pour reprendre progressivement. Avec tous mes vœux de bonheur et de réussite. Jean- Michel Blanquer Ministre de l’Education nationale et de la jeunesse.
Edouard Philippe
Maire du Havre - Ancien Premier ministre
Olivier Barbarant
Olivier Barbarant
Inspection générale de Lettres

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Pétition lancée le 3 avril 2020