Autoriser Starlink Polynésie Française

Autoriser Starlink Polynésie Française

Le problème

Monsieur le Président de la Polynesie Française,

Nous vous adressons cette lettre ouverte pour exprimer notre profonde préoccupation concernant le blocage actuel du service internet par satellite Starlink en Polynésie française. Nous souhaitons expliquer pourquoi cette interdiction va à l’encontre de l’intérêt des Polynésiens. Dans un territoire vaste et insulaire comme le nôtre, l’accès à un internet de qualité n’est pas un luxe, mais une nécessité du quotidien – pour l’éducation, la santé, l’économie et le lien social. Empêcher l’arrivée de Starlink revient à priver une partie importante de la population d’une connexion digne du 21e siècle, au motif discutable de protéger le modèle actuel. Nous allons détailler point par point les enjeux afin que chacun puisse comprendre les faits et les implications de ce choix.

L’Internet en Polynésie : un besoin vital et un service insuffisant

En Polynésie française, l’accès à Internet n’est pas un luxe : c’est une nécessité. Avec l’éloignement de nos îles, la connectivité est essentielle pour l’éducation, la santé, l’économie, le lien social. Pourtant, la réalité est alarmante : des milliers de Polynésiens n’ont pas accès à un Internet fiable, et beaucoup n’ont même pas de connexion du tout.

Dans plusieurs archipels dits « connectés », on atteint à peine 72 kb/s en téléchargement et 128 kb/s en envoi, des vitesses totalement obsolètes en 2025. Avec ça, on ne peut ni faire de visioconférence, ni regarder une vidéo, ni même envoyer une photo par e-mail. Impossible de suivre une formation en ligne ou de faire une démarche administrative. Un habitant des Tuamotu résume : « On parle de télé-enseignement, de télémédecine… mais dans les faits, il n’y a rien du tout chez nous. »

Même à Tahiti, tous les foyers ne sont pas desservis. Si la fibre optique a commencé à être déployée à Tahiti et Moorea, elle reste inaccessible dans de nombreux quartiers, vallées ou communes. Et même là où elle est annoncée, les vitesses promises ne sont souvent pas atteintes. En 2022, sur 52 000 foyers théoriquement éligibles à la fibre, seuls 10 000 étaient réellement raccordés.

Dans les Marquises, aux Tuamotu, aux Australes ou aux Gambier, la situation est encore pire : la fibre ou même l’ADSL sont absents, et le réseau mobile est souvent trop faible pour permettre une connexion stable.

À cela s’ajoute le prix élevé de l’internet local : jusqu’à 9 900 F CFP par mois pour 100 Mb/s en fibre (ou 10Mb/s en ADSL), et 6 100 F CFP pour à peine 10 Mb/s en fibre, des sommes importantes pour de nombreuses familles, surtout quand l’abonnement inclut des services non désirés (TV, téléphone fixe…).

Cette fracture numérique alimente un profond sentiment d’injustice. Elle pousse beaucoup de Polynésiens à chercher des solutions alternatives. Ainsi, des centaines de foyers ont déjà acheté des antennes Starlink, malgré l’interdiction actuelle : certains via une autorisation administrative (AAI) fin 2023, d’autres en contournant les règles (ou l’absence de règle).

Résultat : un marché parallèle de kits Starlink s’est développé à Tahiti. Ce simple fait montre à quel point la demande est forte et l’offre actuelle inadaptée. Les Polynésiens sont prêts à payer localement 150 000 CFP une antenne qui vaut 34 000 CPF, parfois à contourner la loi, pour simplement avoir un internet digne du 21ᵉ siècle.

Starlink : une opportunité immédiate pour le désenclavement numérique

Face aux difficultés d’accès à Internet dans une grande partie du fenua, Starlink représente une chance concrète de réduire, dès maintenant, la fracture numérique en Polynésie française.

Starlink, c’est quoi ?

C’est un service d’Internet par satellite développé par SpaceX. Il fonctionne grâce à des milliers de petits satellites en orbite basse, capables de fournir du haut débit partout sur la planète, même dans les zones les plus isolées.

Avec une simple antenne et un kit de connexion, on peut accéder à plus de 200 Mb/s en téléchargement, avec une bonne stabilité et une latence faible. Autrement dit : du vrai haut débit, partout.

Et ailleurs dans le monde ?

Starlink est déjà utilisé dans plus de 100 pays ou territoires, y compris dans des îles bien plus petites ou isolées que les nôtres :

−         Tuvalu, archipel isolé du Pacifique, l’a adopté en 2025 pour garantir un lien d’urgence et un accès à l’information.

−         Le Vanuatu, souvent frappé par des cyclones, l’a installé dès 2024 pour améliorer ses communications.

−         Même les îles Pitcairn (50 habitants !) ont pu tester Starlink avec succès.

−         Et en Guyane française, Starlink est autorisé depuis 2022.

Ces exemples montrent que Starlink est un outil puissant de désenclavement, complémentaire aux réseaux terrestres, et utile dans tous les contextes : éducation, santé, sécurité, économie locale.

Pourquoi c’est une opportunité pour nous ?

−         Une couverture immédiate : Pas besoin d’attendre des années ou des milliards d’investissements pour poser des câbles sous-marins. Avec quelques antennes, un collège des Tuamotu ou un dispensaire aux Australes pourraient être connectés dès demain.

−         Une qualité de service inégalée : On passerait de connexions quasi-inutilisables à un internet stable, rapide, moderne. Ce serait un tournant pour la téléconsultation, les formations à distance, le commerce en ligne dans les îles.

−         Une vraie alternative pour tous : Même à Tahiti, dans les zones non couvertes par la fibre, Starlink peut être une solution immédiate pour les habitants en attente d’une connexion filaire depuis des années.

Ce n’est pas un caprice technologique. C’est une tendance mondiale. Partout dans le monde, même les pays avec des opérateurs publics puissants ont compris que refuser Starlink revient à pénaliser les citoyens les plus isolés. Le Nigeria, par exemple, l’a autorisé en 2022 pour ses zones rurales, avec des dizaines de milliers d’abonnés dès 2023. Les îles Fidji et le Vanuatu s’en servent aussi pour assurer la continuité d’Internet après les catastrophes naturelles.

Pourquoi la Polynésie serait-elle la seule à rester à l’écart de ce mouvement mondial ?

Accepter Starlink, ce n’est pas abandonner notre modèle :

−         C’est donner une solution concrète à ceux qui n’ont pas d’alternative aujourd’hui.

−         C’est accélérer l’inclusion numérique de nos îles sans attendre encore 10 ou 15 ans.

−         C’est redonner du pouvoir aux familles, aux écoles, aux soignants, aux entrepreneurs du fenua.

Protéger l’OPT et ses emplois ? Un argument compréhensible mais insuffisant

Votre gouvernement justifie le blocage de Starlink par la nécessité de protéger l’OPT et les emplois liés aux télécoms locaux. Vous avez expliqué que Starlink ne paie actuellement aucune taxe en Polynésie et ne contribue ni au financement du service public, ni au maintien du réseau des bureaux de poste. En résumé, l’arrivée de Starlink ferait perdre des revenus à l’OPT, ce qui menacerait ses missions de service public, et en particulier, les postes dans les archipels. Selon le directeur de la DGEN, cela créerait même un « tsunami économique », avec à la clé la fin de notre marché local des télécoms, aucun emploi créé, et des prix “cassés” par une entreprise étrangère impossible à concurrencer.

Nous comprenons ces inquiétudes. Il est vrai que Starlink bouscule les modèles classiques. Il est vrai aussi que, pour l’instant, les abonnements Starlink sont payés directement à l’étranger, sans TVA ni contribution locale. C’est aussi le résultat de cet interdiction. 

Mais faut-il pour autant interdire ce service à toute la population ? Nous ne le pensons pas. Et voici pourquoi.

L’intérêt général doit passer avant l’intérêt d’une entreprise

La mission de l’OPT – comme celle de l’État – est de servir la population. Si un nouvel acteur peut apporter un meilleur service : plus rapide, plus fiable, accessible partout… alors le bloquer pour protéger un opérateur public, même historique, pose un vrai problème d’intérêt général.

Aujourd’hui, des familles, des élèves, des patients, des travailleurs n’ont pas ou peu d’Internet, alors qu’une solution existe. Peut-on vraiment justifier ce blocage uniquement pour préserver les revenus d’une entreprise ?

À long terme, le manque de connexion pénalise tout le pays : notre jeunesse, notre économie, notre tourisme, notre santé.

Le monopole nuit aux usagers

Aujourd’hui, l’OPT est en situation de quasi-monopole. Cela a conduit à :

−         des prix élevés,

−         des débits trop faibles,

−         peu d’améliorations réelles pour les zones non couvertes.

L’arrivée de Starlink crée une saine concurrence. Et on l’a vu : depuis que Starlink est évoqué, l’OPT a amélioré ses offres (triplement des débits, baisse du prix d’entrée). Cela montre bien que la concurrence pousse à innover.

Empêcher Starlink d’entrer, c’est priver les Polynésiens des bénéfices de cette émulation, et risquer de prolonger un monopole qui freine le progrès.

Faire porter le manque à gagner sur les usagers ? Injuste et dangereux

Un autre argument avancé est que si Starlink réduit les revenus de l’OPT, il faudra augmenter les prix pour les clients restants.

Mais cela revient à dire que ceux qui n’ont pas accès à Starlink paieront plus cher… parce que d’autres auront enfin trouvé une solution qui fonctionne.

C’est une logique profondément injuste.

−         Pourquoi les familles, déjà mal desservies, devraient-elles payer plus pour compenser un modèle économique qui ne s’adapte pas ?

−         Pourquoi le financement des postes dans les îles devrait-il reposer sur les factures Internet de tout le monde, y compris ceux qui ne vont jamais au guichet ?

Si le maintien de certains services publics comme les postes est jugé essentiel, alors il doit être assumé politiquement et budgétairement, de façon claire et équitable – pas en surfacturant un service Internet déjà inégal.

Des emplois peuvent aussi être créés

Il est normal de vouloir protéger les emplois existants. Mais il ne faut pas oublier les emplois à venir.

Une meilleure connexion peut permettre à des jeunes Polynésiens de travailler à distance et accéder au marché mondiale, créer des contenus, vendre en ligne.

Des entreprises locales peuvent proposer installation et maintenance de kits Starlink.

Le développement du numérique, de l’e-santé, du tourisme connecté crée de l’activité dans de nombreux secteurs.

Une étude de la Banque mondiale l’a montré : chaque hausse de la couverture Internet génère des emplois indirects.

Refuser cette évolution, c’est miser sur l’immobilisme, par peur du changement. Or, le monde avance. Il a bien fallu un jour accepter le téléphone mobile, ou ouvrir le marché de la téléphonie locale.

La souveraineté numérique ne passe pas par l’interdiction

Certains craignent que Starlink nous rende dépendants d’un acteur étranger. Mais en réalité, nous le sommes déjà :

−         Nos câbles sous-marins sont posés par des groupes internationaux,

−         Nos antennes utilisent des équipements américains ou asiatiques,

−         OneWeb lui-même, mis en avant par le gouvernement, est une société étrangère.

La vraie souveraineté, c’est de réguler, pas d’interdire.

D’autres petits pays y sont parvenus, en obligeant Starlink à s’enregistrer localement, à payer la TVA, ou à respecter les règles nationales.

En Polynésie aussi, on peut exiger un cadre clair et équitable, tout en autorisant le service pour ceux qui en ont besoin.

Le “risque” de dumping (hausse des prix) est exagéré

On évoque le cas du Nigeria, où Starlink aurait « tué la concurrence » puis « doublé ses prix ». En réalité :

−         Le Nigeria a imposé une licence et des taxes dès le départ,

−         Les autres opérateurs sont toujours là,

−         Starlink y a baissé ses prix récemment pour toucher plus de clients.

Et surtout, dans un pays comme le nôtre, si plusieurs solutions coexistent (fibre, 4G, OneWeb, Starlink), alors aucun fournisseur ne peut faire ce qu’il veut.

Ce qui est dangereux, ce n’est pas la concurrence : c’est l’absence d’alternative.

Le partenariat Oneweb OPT ne résoudra pas le problème.

Le partenariat entre l’OPT et OneWeb, bien qu’ambitieux, reste insuffisant face aux besoins réels de la population. Les débits proposés sont limités avec des vitesses garanties bien plus faibles (400 satellites  Oneweb vs 8000 satellites pour Starlink), inadaptées aux usages modernes comme la visioconférence ou l’e‑santé. L’offre, pensée pour les entreprises, ne répond pas aux attentes des foyers isolés. En outre, la dépendance à l’OPT comme intermédiaire limite la portée et la réactivité du service.

Une régulation intelligente, pas une interdiction

Les inquiétudes du Pays sont légitimes. Mais elles peuvent être traitées autrement qu’en interdisant purement et simplement Starlink.

Nous croyons qu’il est possible de :

−         autoriser Starlink avec des règles claires,

−         protéger l’équilibre économique du territoire,

−         et surtout, permettre enfin aux Polynésiens, partout sur le fenua, d’avoir accès à un Internet digne de 2025.

Aujourd’hui, le statu quo freine le développement de tout le pays. Et ce retard, nous le payons déjà, chaque jour : élèves déconnectés, familles isolées, projets bloqués, talents contraints à l’exil. La Polynésie a déjà su s’adapter par le passé. Elle peut – elle doit – le faire encore aujourd’hui. Starlink ne doit pas être vu comme une menace, mais comme une opportunité à encadrer intelligemment.

L’intérêt de la population doit passer en premier

Au cœur du débat sur Starlink, une question essentielle se pose :

Quel est l’intérêt supérieur de la Polynésie et de sa population en matière de numérique ?

Est-ce de maintenir coûte que coûte un modèle hérité du passé, en espérant – sans certitude – que l’opérateur historique couvrira un jour chaque île ?

Ou est-ce de permettre dès maintenant aux Polynésiens d'accéder aux technologies disponibles, en adaptant intelligemment notre cadre légal et économique ?

Pour nous, la réponse est claire :

L’intérêt des Polynésiens, c’est d’avoir enfin un Internet fiable et rapide, partout où ils vivent dès maintenant.

Il en va de :

−         l’égalité des chances entre un enfant de Papeete et un enfant de Manihi,

−         l’accès aux soins pour une famille des Australes comme pour celle des Îles-Sous-le-Vent,

−         la capacité à entreprendre pour un artisan des Tuamotu comme pour un artisan de Moorea.

Aujourd’hui, en bloquant Starlink, le message envoyé aux archipels est dur : “vous attendrez”.
On leur dit, en substance : “Votre connexion peut rester lente ou inexistante, parce qu’il faut d’abord protéger le système en place.”

Ce message est injuste, et contraire à l’esprit de solidarité territoriale que notre Pays revendique.
Vous l’avez dit vous-même : « Une connexion de qualité doit être accessible partout ».
Nous partageons pleinement cette vision. Et pour y parvenir, nous devons mobiliser toutes les solutions existantes – y compris Starlink.

La population envoie un signal clair

La demande populaire est massive. Il suffit de regarder :

−         les groupes “Starlink Tahiti” ou “Starlink Polynésie française” sur les réseaux sociaux,

−         le nombre de personnes qui ont déjà commandé un kit malgré l’interdiction,

−         le nombre de kit en vente sur les marketplaces à des prix exorbitants,

−         les nombreux témoignages dans les médias sur la lenteur d’Internet.

Les Polynésiens veulent une solution. Ils veulent du concret.

Refuser cette attente, c’est :

−         prendre le risque d’un mécontentement croissant,

−         creuser le fossé entre les institutions et les citoyens,

−         donner le sentiment qu’on refuse une technologie utile pour des raisons qu’ils ne comprennent pas (monopole, fiscalité, modèle économique…).

Il ne faut pas perdre de vue la mission première : le service au citoyen. La technologie n’a de sens que si elle améliore la vie des gens.

Et ici, refuser Starlink revient à priver ceux qui en ont le plus besoin – les plus isolés – d’un progrès vital.

Une décision pour l’avenir de la Polynésie

Ce choix dépasse la technique. Il touche à l’image, à l’avenir et à la place de notre Pays dans le monde. Nous sommes un territoire insulaire, dispersé, éloigné. Mais avec le numérique, nous pouvons gommer les distances.

−         Un jeune de Rangiroa pourrait suivre ses cours à distance au lieu d’émigrer.

−         Une artisane de Raiatea pourrait vendre ses créations en ligne partout dans le monde.

−         Un touriste pourrait faire connaître nos îles au monde entier, en temps réel.

À l’inverse, si nous restons à la traîne, nous perdrons nos talents, nos jeunes, et peut-être même des investissements clés.

Autoriser Starlink, c’est envoyer un message fort :

−         que la Polynésie est ouverte à l’innovation,

−         qu’elle pense d’abord à sa population,

−         qu’elle ne craint pas de s’adapter pour mieux servir l’intérêt général.

À l’heure où nos voisins du Pacifique avancent, nous ne pouvons plus rester figés.
Il est temps d’agir.

 

Conclusion

Refuser Starlink au nom de la protection d’un monopole local n’est plus soutenable. Cela prive une partie de la population d’un accès essentiel, dans un contexte où la fracture numérique freine l’égalité, le développement et le lien social.

Les Polynésiens attendent une solution. Le monde avance. La Polynésie doit avancer avec lui, pour ne pas rester en marge.

Autoriser Starlink, c’est offrir une réponse concrète à nos territoires isolés, sans renier nos intérêts locaux.
C’est un choix de bon sens, de justice, et de confiance dans notre capacité collective à nous adapter.

 

Signé, des ta’ata Tahiti attachés à l’avenir numérique du fenua.

 

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Le problème

Monsieur le Président de la Polynesie Française,

Nous vous adressons cette lettre ouverte pour exprimer notre profonde préoccupation concernant le blocage actuel du service internet par satellite Starlink en Polynésie française. Nous souhaitons expliquer pourquoi cette interdiction va à l’encontre de l’intérêt des Polynésiens. Dans un territoire vaste et insulaire comme le nôtre, l’accès à un internet de qualité n’est pas un luxe, mais une nécessité du quotidien – pour l’éducation, la santé, l’économie et le lien social. Empêcher l’arrivée de Starlink revient à priver une partie importante de la population d’une connexion digne du 21e siècle, au motif discutable de protéger le modèle actuel. Nous allons détailler point par point les enjeux afin que chacun puisse comprendre les faits et les implications de ce choix.

L’Internet en Polynésie : un besoin vital et un service insuffisant

En Polynésie française, l’accès à Internet n’est pas un luxe : c’est une nécessité. Avec l’éloignement de nos îles, la connectivité est essentielle pour l’éducation, la santé, l’économie, le lien social. Pourtant, la réalité est alarmante : des milliers de Polynésiens n’ont pas accès à un Internet fiable, et beaucoup n’ont même pas de connexion du tout.

Dans plusieurs archipels dits « connectés », on atteint à peine 72 kb/s en téléchargement et 128 kb/s en envoi, des vitesses totalement obsolètes en 2025. Avec ça, on ne peut ni faire de visioconférence, ni regarder une vidéo, ni même envoyer une photo par e-mail. Impossible de suivre une formation en ligne ou de faire une démarche administrative. Un habitant des Tuamotu résume : « On parle de télé-enseignement, de télémédecine… mais dans les faits, il n’y a rien du tout chez nous. »

Même à Tahiti, tous les foyers ne sont pas desservis. Si la fibre optique a commencé à être déployée à Tahiti et Moorea, elle reste inaccessible dans de nombreux quartiers, vallées ou communes. Et même là où elle est annoncée, les vitesses promises ne sont souvent pas atteintes. En 2022, sur 52 000 foyers théoriquement éligibles à la fibre, seuls 10 000 étaient réellement raccordés.

Dans les Marquises, aux Tuamotu, aux Australes ou aux Gambier, la situation est encore pire : la fibre ou même l’ADSL sont absents, et le réseau mobile est souvent trop faible pour permettre une connexion stable.

À cela s’ajoute le prix élevé de l’internet local : jusqu’à 9 900 F CFP par mois pour 100 Mb/s en fibre (ou 10Mb/s en ADSL), et 6 100 F CFP pour à peine 10 Mb/s en fibre, des sommes importantes pour de nombreuses familles, surtout quand l’abonnement inclut des services non désirés (TV, téléphone fixe…).

Cette fracture numérique alimente un profond sentiment d’injustice. Elle pousse beaucoup de Polynésiens à chercher des solutions alternatives. Ainsi, des centaines de foyers ont déjà acheté des antennes Starlink, malgré l’interdiction actuelle : certains via une autorisation administrative (AAI) fin 2023, d’autres en contournant les règles (ou l’absence de règle).

Résultat : un marché parallèle de kits Starlink s’est développé à Tahiti. Ce simple fait montre à quel point la demande est forte et l’offre actuelle inadaptée. Les Polynésiens sont prêts à payer localement 150 000 CFP une antenne qui vaut 34 000 CPF, parfois à contourner la loi, pour simplement avoir un internet digne du 21ᵉ siècle.

Starlink : une opportunité immédiate pour le désenclavement numérique

Face aux difficultés d’accès à Internet dans une grande partie du fenua, Starlink représente une chance concrète de réduire, dès maintenant, la fracture numérique en Polynésie française.

Starlink, c’est quoi ?

C’est un service d’Internet par satellite développé par SpaceX. Il fonctionne grâce à des milliers de petits satellites en orbite basse, capables de fournir du haut débit partout sur la planète, même dans les zones les plus isolées.

Avec une simple antenne et un kit de connexion, on peut accéder à plus de 200 Mb/s en téléchargement, avec une bonne stabilité et une latence faible. Autrement dit : du vrai haut débit, partout.

Et ailleurs dans le monde ?

Starlink est déjà utilisé dans plus de 100 pays ou territoires, y compris dans des îles bien plus petites ou isolées que les nôtres :

−         Tuvalu, archipel isolé du Pacifique, l’a adopté en 2025 pour garantir un lien d’urgence et un accès à l’information.

−         Le Vanuatu, souvent frappé par des cyclones, l’a installé dès 2024 pour améliorer ses communications.

−         Même les îles Pitcairn (50 habitants !) ont pu tester Starlink avec succès.

−         Et en Guyane française, Starlink est autorisé depuis 2022.

Ces exemples montrent que Starlink est un outil puissant de désenclavement, complémentaire aux réseaux terrestres, et utile dans tous les contextes : éducation, santé, sécurité, économie locale.

Pourquoi c’est une opportunité pour nous ?

−         Une couverture immédiate : Pas besoin d’attendre des années ou des milliards d’investissements pour poser des câbles sous-marins. Avec quelques antennes, un collège des Tuamotu ou un dispensaire aux Australes pourraient être connectés dès demain.

−         Une qualité de service inégalée : On passerait de connexions quasi-inutilisables à un internet stable, rapide, moderne. Ce serait un tournant pour la téléconsultation, les formations à distance, le commerce en ligne dans les îles.

−         Une vraie alternative pour tous : Même à Tahiti, dans les zones non couvertes par la fibre, Starlink peut être une solution immédiate pour les habitants en attente d’une connexion filaire depuis des années.

Ce n’est pas un caprice technologique. C’est une tendance mondiale. Partout dans le monde, même les pays avec des opérateurs publics puissants ont compris que refuser Starlink revient à pénaliser les citoyens les plus isolés. Le Nigeria, par exemple, l’a autorisé en 2022 pour ses zones rurales, avec des dizaines de milliers d’abonnés dès 2023. Les îles Fidji et le Vanuatu s’en servent aussi pour assurer la continuité d’Internet après les catastrophes naturelles.

Pourquoi la Polynésie serait-elle la seule à rester à l’écart de ce mouvement mondial ?

Accepter Starlink, ce n’est pas abandonner notre modèle :

−         C’est donner une solution concrète à ceux qui n’ont pas d’alternative aujourd’hui.

−         C’est accélérer l’inclusion numérique de nos îles sans attendre encore 10 ou 15 ans.

−         C’est redonner du pouvoir aux familles, aux écoles, aux soignants, aux entrepreneurs du fenua.

Protéger l’OPT et ses emplois ? Un argument compréhensible mais insuffisant

Votre gouvernement justifie le blocage de Starlink par la nécessité de protéger l’OPT et les emplois liés aux télécoms locaux. Vous avez expliqué que Starlink ne paie actuellement aucune taxe en Polynésie et ne contribue ni au financement du service public, ni au maintien du réseau des bureaux de poste. En résumé, l’arrivée de Starlink ferait perdre des revenus à l’OPT, ce qui menacerait ses missions de service public, et en particulier, les postes dans les archipels. Selon le directeur de la DGEN, cela créerait même un « tsunami économique », avec à la clé la fin de notre marché local des télécoms, aucun emploi créé, et des prix “cassés” par une entreprise étrangère impossible à concurrencer.

Nous comprenons ces inquiétudes. Il est vrai que Starlink bouscule les modèles classiques. Il est vrai aussi que, pour l’instant, les abonnements Starlink sont payés directement à l’étranger, sans TVA ni contribution locale. C’est aussi le résultat de cet interdiction. 

Mais faut-il pour autant interdire ce service à toute la population ? Nous ne le pensons pas. Et voici pourquoi.

L’intérêt général doit passer avant l’intérêt d’une entreprise

La mission de l’OPT – comme celle de l’État – est de servir la population. Si un nouvel acteur peut apporter un meilleur service : plus rapide, plus fiable, accessible partout… alors le bloquer pour protéger un opérateur public, même historique, pose un vrai problème d’intérêt général.

Aujourd’hui, des familles, des élèves, des patients, des travailleurs n’ont pas ou peu d’Internet, alors qu’une solution existe. Peut-on vraiment justifier ce blocage uniquement pour préserver les revenus d’une entreprise ?

À long terme, le manque de connexion pénalise tout le pays : notre jeunesse, notre économie, notre tourisme, notre santé.

Le monopole nuit aux usagers

Aujourd’hui, l’OPT est en situation de quasi-monopole. Cela a conduit à :

−         des prix élevés,

−         des débits trop faibles,

−         peu d’améliorations réelles pour les zones non couvertes.

L’arrivée de Starlink crée une saine concurrence. Et on l’a vu : depuis que Starlink est évoqué, l’OPT a amélioré ses offres (triplement des débits, baisse du prix d’entrée). Cela montre bien que la concurrence pousse à innover.

Empêcher Starlink d’entrer, c’est priver les Polynésiens des bénéfices de cette émulation, et risquer de prolonger un monopole qui freine le progrès.

Faire porter le manque à gagner sur les usagers ? Injuste et dangereux

Un autre argument avancé est que si Starlink réduit les revenus de l’OPT, il faudra augmenter les prix pour les clients restants.

Mais cela revient à dire que ceux qui n’ont pas accès à Starlink paieront plus cher… parce que d’autres auront enfin trouvé une solution qui fonctionne.

C’est une logique profondément injuste.

−         Pourquoi les familles, déjà mal desservies, devraient-elles payer plus pour compenser un modèle économique qui ne s’adapte pas ?

−         Pourquoi le financement des postes dans les îles devrait-il reposer sur les factures Internet de tout le monde, y compris ceux qui ne vont jamais au guichet ?

Si le maintien de certains services publics comme les postes est jugé essentiel, alors il doit être assumé politiquement et budgétairement, de façon claire et équitable – pas en surfacturant un service Internet déjà inégal.

Des emplois peuvent aussi être créés

Il est normal de vouloir protéger les emplois existants. Mais il ne faut pas oublier les emplois à venir.

Une meilleure connexion peut permettre à des jeunes Polynésiens de travailler à distance et accéder au marché mondiale, créer des contenus, vendre en ligne.

Des entreprises locales peuvent proposer installation et maintenance de kits Starlink.

Le développement du numérique, de l’e-santé, du tourisme connecté crée de l’activité dans de nombreux secteurs.

Une étude de la Banque mondiale l’a montré : chaque hausse de la couverture Internet génère des emplois indirects.

Refuser cette évolution, c’est miser sur l’immobilisme, par peur du changement. Or, le monde avance. Il a bien fallu un jour accepter le téléphone mobile, ou ouvrir le marché de la téléphonie locale.

La souveraineté numérique ne passe pas par l’interdiction

Certains craignent que Starlink nous rende dépendants d’un acteur étranger. Mais en réalité, nous le sommes déjà :

−         Nos câbles sous-marins sont posés par des groupes internationaux,

−         Nos antennes utilisent des équipements américains ou asiatiques,

−         OneWeb lui-même, mis en avant par le gouvernement, est une société étrangère.

La vraie souveraineté, c’est de réguler, pas d’interdire.

D’autres petits pays y sont parvenus, en obligeant Starlink à s’enregistrer localement, à payer la TVA, ou à respecter les règles nationales.

En Polynésie aussi, on peut exiger un cadre clair et équitable, tout en autorisant le service pour ceux qui en ont besoin.

Le “risque” de dumping (hausse des prix) est exagéré

On évoque le cas du Nigeria, où Starlink aurait « tué la concurrence » puis « doublé ses prix ». En réalité :

−         Le Nigeria a imposé une licence et des taxes dès le départ,

−         Les autres opérateurs sont toujours là,

−         Starlink y a baissé ses prix récemment pour toucher plus de clients.

Et surtout, dans un pays comme le nôtre, si plusieurs solutions coexistent (fibre, 4G, OneWeb, Starlink), alors aucun fournisseur ne peut faire ce qu’il veut.

Ce qui est dangereux, ce n’est pas la concurrence : c’est l’absence d’alternative.

Le partenariat Oneweb OPT ne résoudra pas le problème.

Le partenariat entre l’OPT et OneWeb, bien qu’ambitieux, reste insuffisant face aux besoins réels de la population. Les débits proposés sont limités avec des vitesses garanties bien plus faibles (400 satellites  Oneweb vs 8000 satellites pour Starlink), inadaptées aux usages modernes comme la visioconférence ou l’e‑santé. L’offre, pensée pour les entreprises, ne répond pas aux attentes des foyers isolés. En outre, la dépendance à l’OPT comme intermédiaire limite la portée et la réactivité du service.

Une régulation intelligente, pas une interdiction

Les inquiétudes du Pays sont légitimes. Mais elles peuvent être traitées autrement qu’en interdisant purement et simplement Starlink.

Nous croyons qu’il est possible de :

−         autoriser Starlink avec des règles claires,

−         protéger l’équilibre économique du territoire,

−         et surtout, permettre enfin aux Polynésiens, partout sur le fenua, d’avoir accès à un Internet digne de 2025.

Aujourd’hui, le statu quo freine le développement de tout le pays. Et ce retard, nous le payons déjà, chaque jour : élèves déconnectés, familles isolées, projets bloqués, talents contraints à l’exil. La Polynésie a déjà su s’adapter par le passé. Elle peut – elle doit – le faire encore aujourd’hui. Starlink ne doit pas être vu comme une menace, mais comme une opportunité à encadrer intelligemment.

L’intérêt de la population doit passer en premier

Au cœur du débat sur Starlink, une question essentielle se pose :

Quel est l’intérêt supérieur de la Polynésie et de sa population en matière de numérique ?

Est-ce de maintenir coûte que coûte un modèle hérité du passé, en espérant – sans certitude – que l’opérateur historique couvrira un jour chaque île ?

Ou est-ce de permettre dès maintenant aux Polynésiens d'accéder aux technologies disponibles, en adaptant intelligemment notre cadre légal et économique ?

Pour nous, la réponse est claire :

L’intérêt des Polynésiens, c’est d’avoir enfin un Internet fiable et rapide, partout où ils vivent dès maintenant.

Il en va de :

−         l’égalité des chances entre un enfant de Papeete et un enfant de Manihi,

−         l’accès aux soins pour une famille des Australes comme pour celle des Îles-Sous-le-Vent,

−         la capacité à entreprendre pour un artisan des Tuamotu comme pour un artisan de Moorea.

Aujourd’hui, en bloquant Starlink, le message envoyé aux archipels est dur : “vous attendrez”.
On leur dit, en substance : “Votre connexion peut rester lente ou inexistante, parce qu’il faut d’abord protéger le système en place.”

Ce message est injuste, et contraire à l’esprit de solidarité territoriale que notre Pays revendique.
Vous l’avez dit vous-même : « Une connexion de qualité doit être accessible partout ».
Nous partageons pleinement cette vision. Et pour y parvenir, nous devons mobiliser toutes les solutions existantes – y compris Starlink.

La population envoie un signal clair

La demande populaire est massive. Il suffit de regarder :

−         les groupes “Starlink Tahiti” ou “Starlink Polynésie française” sur les réseaux sociaux,

−         le nombre de personnes qui ont déjà commandé un kit malgré l’interdiction,

−         le nombre de kit en vente sur les marketplaces à des prix exorbitants,

−         les nombreux témoignages dans les médias sur la lenteur d’Internet.

Les Polynésiens veulent une solution. Ils veulent du concret.

Refuser cette attente, c’est :

−         prendre le risque d’un mécontentement croissant,

−         creuser le fossé entre les institutions et les citoyens,

−         donner le sentiment qu’on refuse une technologie utile pour des raisons qu’ils ne comprennent pas (monopole, fiscalité, modèle économique…).

Il ne faut pas perdre de vue la mission première : le service au citoyen. La technologie n’a de sens que si elle améliore la vie des gens.

Et ici, refuser Starlink revient à priver ceux qui en ont le plus besoin – les plus isolés – d’un progrès vital.

Une décision pour l’avenir de la Polynésie

Ce choix dépasse la technique. Il touche à l’image, à l’avenir et à la place de notre Pays dans le monde. Nous sommes un territoire insulaire, dispersé, éloigné. Mais avec le numérique, nous pouvons gommer les distances.

−         Un jeune de Rangiroa pourrait suivre ses cours à distance au lieu d’émigrer.

−         Une artisane de Raiatea pourrait vendre ses créations en ligne partout dans le monde.

−         Un touriste pourrait faire connaître nos îles au monde entier, en temps réel.

À l’inverse, si nous restons à la traîne, nous perdrons nos talents, nos jeunes, et peut-être même des investissements clés.

Autoriser Starlink, c’est envoyer un message fort :

−         que la Polynésie est ouverte à l’innovation,

−         qu’elle pense d’abord à sa population,

−         qu’elle ne craint pas de s’adapter pour mieux servir l’intérêt général.

À l’heure où nos voisins du Pacifique avancent, nous ne pouvons plus rester figés.
Il est temps d’agir.

 

Conclusion

Refuser Starlink au nom de la protection d’un monopole local n’est plus soutenable. Cela prive une partie de la population d’un accès essentiel, dans un contexte où la fracture numérique freine l’égalité, le développement et le lien social.

Les Polynésiens attendent une solution. Le monde avance. La Polynésie doit avancer avec lui, pour ne pas rester en marge.

Autoriser Starlink, c’est offrir une réponse concrète à nos territoires isolés, sans renier nos intérêts locaux.
C’est un choix de bon sens, de justice, et de confiance dans notre capacité collective à nous adapter.

 

Signé, des ta’ata Tahiti attachés à l’avenir numérique du fenua.

 

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Pétition lancée le 8 juillet 2025