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Aurélie Filippetti et Benoit Hamon : Maintien des moyens affectés aux options artistiques facultatives

LETTRE OUVERTE À MADAME AURÉLIE FILIPPETTI ET MONSIEUR BENOIT HAMON 

L'Education artistique et culturelle a été affichée comme une priorité lors de l'arrivée aux affaires de l'actuel gouvernement, et de vous mêmes, Madame et Monsieur les Ministres, aux postes respectifs de la Culture et de l’Education. Tous ceux qui, comme nous, enseignants et artistes, chefs d'établissements et responsables de structures culturelles, travaillent en partenariat depuis des années, y ont vu la promesse d'un soutien renforcé et élargi de leurs actions, et ce d'autant plus que la réforme annoncée de l'Éducation Nationale pouvait servir de cadre efficace à sa mise en œuvre.


La consultation nationale « Pour un accès de tous les jeunes à l’art et à la culture », présidée par Marie Desplechin, et son rapport rendu en janvier 2013, ont dressé un bilan positif des différents dispositifs d’éducation artistique existants, partagé par tous les participants et malgré la baisse reconnue des moyens budgétaires de l’Etat. Parmi ces conclusions, la consultation a préconisé d’élargir la part d’élèves concernés par ces dispositifs, notamment par l’instauration du parcours d’éducation artistique et culturelle.


Celui-ci a été défini et promulgué par la circulaire parue au Bulletin officiel n°19 du 9 mai 2013. Même s’il contient quelques renoncements par rapport aux préconisations de la consultation, son ambition est réelle, notamment car il s’appuie sur les 3 piliers de l’éducation artistique et culturelle, que sont la connaissance, la pratique et la rencontre avec les œuvres, exigence née de l’expérience des options artistiques.
Or, lors d’une réunion d’information organisée à la seule attention des proviseurs le 23 mai, nous avons appris que ce nouveau dispositif ne pouvait être financé que par un « redéploiement » des moyens dévolus aux dispositifs existants.

Ainsi, en ce qui nous concerne, la DRAC PACA a fait le choix de ne plus financer les options artistiques facultatives théâtre, danse et cinéma, partiellement dès la rentrée 2013, et totalement à la rentrée 2014. Cette subvention est utilisée pour rémunérer les artistes intervenants en options. Le seul argument invoqué est le nombre d’élèves jugé trop peu élevé en regard du coût de ces options. Nous ne pouvons cacher notre étonnement qu’un gouvernement dit de progrès privilégie ainsi la politique du pire ou du plus petit dénominateur commun.
Vous ne pouvez ignorer que ces élèves s’épanouissent, grandissent, se forment à l’esprit critique dans ces options qui leur offrent des espaces d’expression comparables à nul autre.Vous ne pouvez ignorer que des élèves en grande difficulté scolaire ou personnelle trouvent là leur planche de salut ; que d’autres, à partir de cette fréquentation assidue de l’art et des artistes, « rayonnent » justement en s’impliquant dans des projets et dans la vie de leur établissement.
Vous ne pouvez ignorer que les élèves acquièrent dans ces options des compétences prisées dans le supérieur et que le passage dans ces options s’avère parfois déterminant pour la construction des projets professionnels des élèves.
Elles seront désormais sacrifiées au profit de projets de territoire dans lesquels sont privilégiées les interventions de courte durée touchant le plus grand nombre d’élèves possible qui n’auront d’ailleurs plus choisi délibérément leur parcours artistique mais qui le subiront.
Par ailleurs ces nouveaux dispositifs de grande ampleur très difficiles à organiser n’existeront que si des enseignants sont bénévoles pour les mettre en place et ils seront, au sein d’un établissement scolaire, difficilement compatibles avec l’emploi du temps d’un grand nombre de classes.

A aucun moment la DRAC PACA n’a souhaité consulter, associer ou informer les structures culturelles partenaires, les artistes intervenants ou les enseignants sur les modalités de la mise en place des nouveaux objectifs en matière d’éducation artistiques. D’ailleurs, à ce jour, les partenaires culturels et les intervenants artistiques n’ont reçu aucune information officielle.

Sachant que le BO définissant le fonctionnement de ces options artistiques facultatives est inchangé et exige la présence d’un artiste aux côtés des enseignants et d’un partenariat culturel, tous deux validés par la DRAC, c'est désormais aux lycées d’assumer financièrement la rémunération des intervenants. Les chefs d’établissement ont été conviés à s’adresser aux collectivités locales pour financer ces options. Or, l’éducation artistique n’entre dans les missions d’aucune collectivité. A très court terme dans notre région, de nombreuses options artistiques sont donc menacées de fermeture car les lycées ne peuvent assumer seuls leur financement.

La décision de la DRAC PACA a eu un précédent dans le Nord-Pas-de-Calais, mais, pour autant, les DRAC Rhône-Alpes, Languedoc ou Pays de Loire par exemple n'ont pris aucune décision dans ce sens, ce qui entraînera de facto l'inégalité de traitement des élèves dans la préparation et l'évaluation du baccalauréat au niveau national.

Nous ne saurions accepter de renoncer, sous couvert de "saupoudrage", à cet enseignement de qualité sur la longue durée qui bénéficie tant aux élèves et que les directions de nos différents établissements soutiennent avec conviction ; alors même que ces options artistiques ont déjà été fragilisées par la réforme du lycée.

On se trouve aujourd’hui face au paradoxe suivant : l'affirmation toujours plus forte de l'importance de l'Education artistique et culturelle, et de sa dimension pratique d’une part, et d’autre part l'affaiblissement progressif de dispositifs partenariaux reconnus, qu'on ne peut s'empêcher d'interpréter comme une élimination en douceur.

Nous sommes pleinement conscients des contraintes budgétaires imposées par la période actuelle, mais, au moment où il apparaît nécessaire d'opérer des choix clairs et audacieux, et de les traduire fermement en actes, nous réaffirmons avec conviction les principes fondamentaux auxquels nous sommes attachés:
-l'Education artistique et culturelle doit être au cœur de la formation, et concerne tous les élèves à tous les stades de leur cheminement.
-elle est un vecteur d'appropriation des valeurs et de l'héritage commun, et permet à l'individu de construire sa singularité et sa sensibilité au sein de l'école, institution de référence de la République.
-la pratique artistique, à un haut niveau d'exigence, et dans une certaine durée, est seule garante d'une véritable rencontre de l'élève avec les enjeux de la création et donc de la construction intime d'un imaginaire riche, susceptible de nourrir son évolution future.
-la logique comptable conduit à déconstruire des dispositifs existants dont le bénéfice pour des élèves de tous horizons ne peut s’évaluer de façon comptable et ce pour leur substituer un saupoudrage d’actions en apparence moins coûteuses mais sans exigence de qualité.
C’est pourquoi nous vous demandons qu'une concertation et une réflexion véritables puissent avoir lieu.
Nous souhaiterions pouvoir, Madame la Ministre, et Monsieur le Ministre, vous rencontrer afin de mettre à votre service notre expertise sur ces questions et tenter de vous démontrer en quoi ces partenariats, non seulement ne doivent pas être remis en question, mais sont au contraire les ferments d'une vraie réforme de l'enseignement, passionnante, audacieuse, et efficace.
D’ici là, nous informons de notre démarche les différentes parties concernées ainsi que les élus territoriaux ou nationaux qui, dans leurs actions, sont concernés par nos questionnements.
Nous vous prions de croire, Madame la ministre et Monsieur le ministre, à nos sentiments les plus dévoués.

Le collectif des professeurs d’enseignements artistiques
Les animateurs des structurelles culturelles partenaires des options
Les artistes intervenants

 

This petition was delivered to:
  • Ministre de la Culture et de la Communication
    Aurélie Filippetti
  • ministre de l'Education nationale
    Benoit Hamon


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