De plus en plus d’adultes dévoilent avoir été l’objet d’inceste ou de violences sexuelles dans l’enfance après des décennies de souffrances dans le silence :
https://www.francetvinfo.fr/societe/harcelement-sexuel/affaire-olivier-duhamel-cinq-questions-sur-les-accusations-d-inceste-portees-par-camille-kouchner_4245081.html
Dans un article du Concours médical d’octobre 2016, nous avions décrit comment de multiples obstacles retardent le dévoilement spontané, car l’enfant :
- ne comprend pas bien les actes sexuels imposés, parce qu’il est très jeune ;
- n’a pas les termes adéquats pour expliciter les actes de nature sexuelle ;
- n’a pas repéré les limites franchies entre un comportement normal et le début de violences sexuelles ;
- est dans la confusion lorsque le passage à l’acte sexuel a été insidieux, car l’agresseur-e lui a expliqué que ses gestes sexuels étaient l’expression de son affection ou a invoqué un prétexte éducatif ;
- est pudique et gêné d’exprimer ce qu’il a ressenti ;
- a ressenti du plaisir même s’il a ressenti de la gêne,
- vit l’agression comme une punition méritée, surtout si les gestes sexuels ont été précédés de propos le dénigrant et de coups ;
- a peur à la suite desmenaces sur sa vie ou/et celles de ses proches ou de chantage, s’il parle ;
- a peur au quotidien si l’agresseur(e) vit sous le même toit : sa seule présence, le croisement de regard, le ton de la voix, ses gestes suffisent à réactiver le souvenir des menaces, du chantage et de leurs conséquences au quotidien ;
- a peur de perdre l’amour de sa famille, d’envoyer un parent en prison, de faire de la peine ou de briser la famille ;
- peut mettre du temps à prendre conscience que les agressions ne sont pas des comportements normaux lorsque l’agresseur(e) est l’un de ses parents, ou à une autorité morale sur lui
- a le sentiment d’être seul et impuissant face à des adultes plus forts, plus grands ayant plus de connaissances ;
- a peur qu’on ne le croie pas : il y a rarement des témoins directs des faits, l’enfant est le seul à témoigner. Il n’est pas rare d’ailleurs que l’agresseur(e) le lui dise : « si tu le dis, on ne te croira pas » ; « je dirai que c’est toi qui me l’a demandé » ; « que tu aimes bien cela », etc.
En conséquence, l’enfant ressent une immense culpabilité pour dévoiler spontanément.
Le dépistage par les médecins à partir du repérage de signes d’alerte et de questions ouvertes posées à l’enfant est vital ! Or il est entravé en France, par les risques de poursuites et sanctions que les médecins signalent ou non, dilemme qui pourrait être résolu par l’introduction claire de l’obligation de signaler dans le code pénal, car elle multiplierait par 4 l’identification des enfants victimes, comme nous l’avions indiqué dans cette lettre ouverte à Mr Adrien Taquet le 20 novembre 2019 :
https://www.egora.fr/actus-pro/societe/53301-violences-sexuelles-sur-les-enfants-le-gouvernement-doit-instaurer-une?nopaging=1