Julien Brygo et Olivier Cyran sont des journalistes indépendants. Ils sont les auteurs d'un livre consacré aux emplois sous payés qui sont de plus en plus la norme de nos jours : distributeurs de prospectus dans les boîtes aux lettres, coursier à vélo pour des restaurants à emporter, etc. Emplois qu'ils ont baptisés "boulots de merde", traduction des termes "bullshit jobs" introduit par le sociologue anglais David Graeber. Voici de quelle manière ils jugent le rôle de la presse:
"Les journalistes accomplissent un travail irréprochable lorsqu'il s'agit de relayer les résultats sportifs, la météo, le CAC 40 ou le catéchisme sur « les valeurs de la république ». Sur d'autres sujets, leur production d'« infos » entretient un rapport si ténu avec le monde réel que l'on se demande parfois depuis quelle planète ils ont été téléportés. Cet effet d’irréalité n'est jamais aussi flagrant qu'en période de colère sociale, quand la presse endosse avec ferveur la triple fonction de porte-parole du gouvernement, du patronat et de la préfecture de police, comme on l'a vu encore au printemps 2016, lors des mobilisations contre le projet de loi Travail. La corporation demeure suffisamment imbue d'elle-même pour se convaincre que son métier constitue un "pilier de la démocratie", mais la fable a fait long feu." Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde !, p33.