
Photo : le passage de « L’instruction civique pour les Nuls » dans lequel les auteurs affirment que les révolutionnaires de 1789 ont adopté la doctrine de Rousseau.
Guillaume Bernard et Frédéric Monera, les deux auteurs du livre de vulgarisation politique « L’instruction civique pour les Nuls » ne sont pas les seuls à affirmer i) que Rousseau est l'auteur de la théorie de la souveraineté de la nation et ii) que cette théorie a été adoptée par l’Assemblée constituante de 1789. Nous pouvons trouver les mêmes affirmations dans les manuels scolaires d’histoire. Ainsi, le manuel d'histoire Malet-Isaac dit ce qui suit :
« L’État, promu gardien des droits de l’individu, sera très différent de celui de l’Ancien régime : il sera fondé sur deux principes, celui de la souveraineté de la nation et celui de la séparation des pouvoirs. D’après le premier, affirmé par Rousseau, la nation (c’est-à-dire l’ensemble des citoyens) est souveraine. C’est d’elle et non plus de Dieu que le roi tient ses pouvoirs. D’après le second principe, sur lequel avait insisté Montesquieu, les trois pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire ne doivent jamais être réunis dans les mêmes mains.»
Nous constatons que « L’instruction civique pour les Nuls » et les manuels scolaires disent la même chose au sujet des idées de Rousseau : les révolutionnaires de 1789 les ont appliquées.
Mais si nous nous tournons-vers des ouvrages publiés avant la deuxième mondiale, par exemple la "Contribution à la théorie générale de l'État" de Raymond Carré de Malberg (1922), nous y lirons ceci :
« À la théorie de la souveraineté du peuple il faut opposer selon le droit public français, la théorie de la souveraineté de la nation. » Je souligne : il faut opposer.
De même, dans le "Manuel de droit constitutionnel" de Julien Laferrière (1943), nous pouvons lire : « Les idées de Rousseau ont été sans influence sur l'Assemblée constituante (de 1791). »
Nous constatons que l’histoire a été révisée à la Libération. Avant la Libération, c'est-à-dire sous la IIIe république et sous le régime de Vichy, la version officielle disait que les révolutionnaires de 1789 ont rejeté les idées de Rousseau. A la Libération, l’histoire officielle a changé. Les révolutionnaires de 1789 ont adopté les idées de Rousseau.
Le négationnisme des historiens et des constitutionnalistes s’explique par différentes raisons. Dans les sociétés fermées où tout ce qui est politique est faux, il faut expliquer tout ce qui est politique.