

La vie n'est pas un long fleuve tranquille au pays des réfugiés. Et parfois, la vie réserve un happy end qu'on attend pas. Des surprises qui vous redonnent foi.
Souvenez vous, hier, on apprenait que la préfecture avait réservé un vol pour le Soudan pour Sadam et Salah. Dans la foulée, on comprenait que l'OFPRA, contre toutes attentes, avait accepté de prendre la demande d'asile de Sadam et Salah en considération et cela malgré qu'elle ait été introduite hors délai et qu'ils auraient leur entretien d'asile aujourd'hui.
Hier soir, on s'est contentées de les rassurer et de leur souhaiter bonne chance. Ils étaient aussi prêts qu'ils pouvaient l'être. On ne savait plus faire grand chose que croiser tous les doigts. Pendant les trois semaines de détention, nous avons bossé comme des dingues. Ils ont tous les deux été préparés par les fantastiques de France Terre d'Asile (on vous aimeuh) et coachés et accompagnés par les formidables Maria et Ursica. Avec Edith, Isabelle, Céline et Virginie, nous avions compilé un dossier de demande d'asile complet et circonstancié (Samir pourrait être fier de nous ;-) : nous avons compilé, documenté, analysé sa situation et celle de sa tribu. Nous avons rassemblé des certificats médicaux. Par téléphone, nous avons rédigé son récit. Ce matin, ils ont tous les deux été emmenés pour leur entretien par visioconférence. Puis silence radio. La tension monte.
Ce soir, un coup de téléphone des héroïnes de France Terre d'asile, Marie, Morgane, Clémence : Sadam a reçu le statut de réfugié.
Sadam est libre. Sadam est libre. Il a les papiers. Pour 5 ans. Il ne devra plus avoir peur. On rit, on pleure, on y croit pas, on rit, on pleure, on demande des preuves. Sadam sort du CRA et est accueilli par Céline. On rit, on pleure. On pleure, on rit.
Au milieu de ses larmes, sur le parking du CRA, Sadam me dit : Anne-Catherine, Anne-Catherine, I want to say thank you to all the people. All of the 5497. All of them. Thank you, thank you, thank you. I can not believe that they did it for us. Do you believe ? 5400 personnes ? Do you believe ? Oui je peux y croire. Je vous connais. Je vous ai vu vous mobiliser, vous indigner, dénoncer. Je crois que si Sadam pouvait il vous prendrait tous un par un dans ses bras. Moi aussi.
Notre mobilisation a été extraordinaire. Nous avons été extraordinaires.
Notre mobilisation est le garde fou de notre démocratie. Ne l'oublions jamais. N'oublions plus jamais que nous avons un rôle à jouer. Nous sommes là. Et cela compte. Cela compte dans l'opinion publique et cela compte dans l'accompagnement des demandes d'asile. En centre fermé ou en liberté, ils ont besoin de toute l'aide que des belles âmes sont prêtes à leur donner.
Ce soir nous attendons encore la décision pour Salah. Il est toujours enfermé et toujours sous le coup de la menace d'expulsion.
Alors, partageons encore, sensibilisons encore, alertons toujours.
Yellah, les belles âmes, on ne lâche rien.