Victoire

Aller simple pour la torture ? Ne laissez pas la France expulser Salah au Soudan

Cette pétition a abouti avec 15 688 signatures !


Ils étaient deux. Sadam et Salah. Sadam a été libéré il y a deux semaines. Reste Salah. Emprisonné au Centre de rétention administrative de Coquelles depuis presque deux mois et menacé d'expulsion au Soudan. Tous les recours ont été épuisés. Personne ne sait ce qui lui arrivera là-bas. Nous ne pouvons pas le renvoyer vers le risque d'être emprisonné et torturé. Nous ne pouvons pas l'expulser. Nous adressons une demande raisonnable au Préfet et au Ministre : lui permettre de défendre son un recours à la Cour nationale du droit d'asile sans être incarcéré et sans être menacé d'expulsion. Un droit légal à défendre une demande d'asile.
La seule chose qui tracasse Salah depuis sa prison c'est que je m'épuise pour lui. Ou que je m'écroule s'il est expulsé. Aidez moi. Aidez Salah.

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Il n’a rien. Ni papiers d’identité, ni smartphone, ni sac de couchage, ni sac à dos, ni veste, ni bonnet, ni gants, ni chaussures adaptées. Il est frigorifié. Il gèle. Il est 20 h 30 au lieu de rendez vous des familles hébergeuses. C’est un soir, en hiver. Il se précipite vers ma voiture pour me demander de mettre un ami soudanais mineur à l’abri pour la nuit, dans une famille. Il cède volontiers sa place au chaud et en sécurité car il a toujours pris soin des plus petits. Dans sa famille au Soudan, mais aussi en Libye et durant la traversée de la Méditerranée.

Sadam, je l'ai rencontré il y a quelques mois. Nous l'hébergeons régulièrement. Il est fier et digne, élégant discret, cultivé curieux, un brin timide. Avec son accent « british », il sert d’interprète pour ses amis et les autres gars. Sadam, c’est un peu l’intello du groupe : il rêve de master, il cherche à comprendre les dessous de la politique d’asile en Belgique, il suit l’actualité politique de son pays au jour le jour. Une force se dégage : la force d’être en vie et de garder l’espoir qu’un jour, sa vie commencera.

Comme il se plaît à me le dire en souriant, le seul amour de sa vie, c'est sa maman.  Son large sourire ne suffit pas à cacher une immense douleur. Il n'a pas eu de nouvelles de sa maman depuis 4 ans. Car Sadam a passé presque chaque jour des 4 dernières années derrière les barreaux, au Soudan, terre de dictature où tout a commencé, en Lybie, terre de désespoir, et, aujourd'hui, en France, terre des libertés.

Parfois, il fait allusion à ce qu'il a subi de l'autre côté de la mer. Mais il se tait très vite. Par pudeur. Par peur de voir le barrage se briser. Pour ne pas me faire pleurer. Son malheur : avoir du fuir un pays qui l'a emprisonné et torturé pour la seule raison de son origine. De prison en prison, de coup en coup, presque à son corps défendant, il est aujourd'hui sur le territoire français. Illégal. Il dit qu’il ne se sent plus humain.

Le 2 avril 2019, jour de son arrestation à Calais et de son incarcération au Centre de rétention de Coquelle, il a reçu un ordre de quitter le territoire français et est menacé d'expulsion vers le Soudan. Ce n'est pas une menace en l'air : depuis plusieurs semaines, et alors que là-bas le peuple manifeste sans faillir sa désespérance, la France renvoie des Soudanais vers le chaos. Vers la peur. La peur d'être repris par ceux que l'on a fui. Aujourd'hui, il a échappé de peu à une expulsion forcée. Pour éviter qu'il ne résiste, les policiers en charge de son transfert lui ont dit qu'ils l'emmenaient voir le juge.

Privé de liberté, il ne parvient plus à penser à autre chose que ce qui lui arrivera une fois expulsé. Il ne dort plus, ne mange plus. Pourtant, au milieu de tout cela, il parvient à me sourire et me dit de ne pas m'inquiéter. Car Sadam est fort. Sadam est résilient. Sadam est sorti vivant d'épreuves dont nous n'avons pas idée. Mais aujourd'hui, il a besoin de nous, de vous pour porter sa voix par delà les barreaux qui le retiennent.

Son destin est aujourd'hui dans les mains d'un seul homme. Un homme comme vous et moi. Fabien Sudry, préfet du Pas-de-Calais, a autorité pour annuler l'ordre d'expulsion. C'est à lui qu'appartient la décision. Alors, je vous implore aujourd'hui de prêter votre voix à Sadam et de la porter jusqu'à lui.

Dites à Fabien Sudry toute la beauté de l'être humain auquel on tend la main. Parlez lui de ces libertés qui vous sont chères et qui ne valent que si elles sont celles de tous. Rappelez lui, si il l'a oublié, que l'avenir d'une communauté humaine se joue dans le sort qu'elle réserve aux plus malmenés. Racontez-lui votre France. Solidaire. Intègre. Juste.

Quant à moi, Monsieur le préfet, Fabien, je vous implore. Vous tenez entre vos mains la chance d'un jeune homme courageux et souriant de devenir l'être humain qu'il promet d'être. Si on lui laisse une chance ici, si on ne le tue pas là-bas, Sadam deviendra, est déjà, un bel humain. 

Quand Sadam nous a téléphoné depuis Coquelles, il nous a dit : "Salah est avec moi. Il est nouveau, il ne connait personne ici. Tu veux bien l'aider aussi ?" J'ai rencontré Salah dans une toute petite pièce fermée à double tour du Centre de rétention. Il ne connait que quelques mots d'anglais et ce sont ses yeux qui m'ont parlé. J'y ai lu la même peur que celle qui se cache dans le sourire de mon ami Sadam.

Je ne connais pas Salah et je ne peux pas vous le raconter pour vous le faire aimer. Mais, finalement, je ne crois pas qu'il soit obligatoire de l'aimer, ni même de le connaître pour être convaincu de l'impérieuse nécessité de ne pas expulser quelqu'un, qui qu'il soit, vers le pays qui l'a discriminé, emprisonné ou torturé. On n'expulse pas un homme ou une femme qui risque d'être emprisonné, torturé ou tué. Point.

Maintenant, c'est à vous tous de jouer. Faites entendre la voix de Sadam. Faites entendre votre voix. Maintenant, Monsieur le Préfet, c'est à vous de décider. 

Ce texte est la voix d'Isabelle, Edith, Virginie, Céline et Anne-Catherine
La photo a été prise par Frédéric Moreau de Bellaing. Elle aurait pu être celle de Sadam.

Le mail de Fabien Sudry où vous pouvez porter la voix de Sadam et faire entendre la vôtre est fabien.sudry@pas-de-calais.gouv.pref.fr



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