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Éducation nationale : stop à la désinformation sur le CNED et aux blocages d’inscription

En France, la scolarité est un droit et un devoir avant 16 ans, et la suivre par correspondance est un droit pour ceux qui ne peuvent pas aller à l’école.

Un organisme public, le CNED, permet aux élèves malades, hospitalisés, mais aussi souffrant de phobie scolaire ou pratiquant un sport ou de la musique à haut niveau, de continuer à étudier à leur rythme dans les meilleures conditions. Ils sont encadrés par des enseignants de l’Éducation nationale qui créent aussi leurs supports de cours et corrigent leurs devoirs, nécessaires pour valider leur scolarité. Le CNED forme ainsi chaque année plus de 240 000 personnes, dont plus de 70 000 du primaire jusqu’au bac.

Et pourtant, ils rencontrent trop souvent des difficultés pour suivre leur scolarité par correspondance : tout est fait pour dissuader élève et parents, et leur mettre des bâtons administratifs dans les roues à l’inscription et à la réinscription.

Cela place de nombreux jeunes et parents dans des situations très difficiles, car on leur refuse de facto le droit à l’éducation. Voici la lettre que je vous demande de soutenir et de partager pour faire entendre leur voix :

 

Madame la Ministre de l’Éducation nationale, mesdames et messieurs les recteurs, inspecteurs d’académie, enseignants et chefs d’établissements,

      Je me permets de vous adresser cette lettre ouverte, également envoyée à M. Watiez, directeur général du CNED, à M. Toubon, Défenseur des Droits, et publiée sur la plateforme web de pétitions Change.org, ainsi que sur le blog Cn3dland.canalblog.com.

Je vous écris au sujet du mal-être à l’école, notamment mais pas uniquement de la phobie scolaire, et plus particulièrement des dysfonctionnements au sein de certains établissements et inspections d’académie lorsque l’élève et ses parents font le choix de l’enseignement à distance par l’intermédiaire de la solution que peut représenter le CNED (Centre national d’enseignement à distance).

C’est un plaidoyer adressé à l’école de la République, pour qu’elle forme ses personnels afin de mieux accompagner ces élèves, ou a minima, afin de respecter la loi concernant l’instruction obligatoire et les certificats de radiation ou exeats.

 

      En effet, de nombreux enfants et adolescents se trouvent privés de leurs meilleures chances par des enseignants et personnels administratifs peu et mal informés sur les cours par correspondance, qui vont dans de nombreux cas jusqu’à entraver leur inscription en refusant de délivrer l’exeat (également connu sous le nom de certificat de radiation) nécessaire à tout changement d’établissement, et notamment à l’inscription au CNED.

Cet exeat, pour mémoire, ne constitue en rien un accord pour inscription dans un autre établissement – simplement un certificat validant le départ de l’élève, ce qui permet d’éviter qu’un même individu soit inscrit dans deux établissements à la fois, et dans certains cas, de contrôler le règlement des frais (pension, demi-pension) et la restitution du matériel (manuels scolaires par exemple). Et c’est ainsi qu’il est utilisé la plupart du temps, pour des changements d’établissement liés à des déménagements, par exemple.
Pourtant, de très nombreux établissements l’utilisent de facto pour empêcher ou entraver l’inscription au CNED. Le CNED, je le rappelle, est un établissement public qui, selon l’article R426-2 du Code de l’éducation, « assure, pour le compte de l'État, le service public de l'enseignement à distance. À ce titre, il dispense un service d'enseignement à destination des élèves, notamment ceux qui relèvent de l'instruction obligatoire, ayant vocation à être accueillis dans un des établissements [publics] et ne pouvant être scolarisés totalement ou partiellement dans un de ces établissements. »
De nombreux jeunes se retrouvent ainsi face à des situations très compliquées, avec une inscription retardée (c’est déjà un défi d’étudier depuis chez soi… cela devient très compliqué en commençant avec deux ou trois mois de retard !) voire un redoublement par défaut (si l’on ne peut pas suivre les cours en présentiel et que l’inscription au CNED est repoussée après la date limite pour une inscription en cours d’année, fin mars, impossible de passer dans la classe supérieure même si on a un niveau suffisant). Cela peut mener au décrochage complet dans certains cas.

Je ne doute pas que la grande majorité des personnes concernées aient les meilleures intentions du monde. Mais elles outrepassent leurs prérogatives, d’une part, et d’autre part, ne comprennent souvent pas le mal qu’elles peuvent faire en tentant de « protéger » leurs élèves du grand méchant CNED.

      Permettez-moi de partager mon expérience et ce qui m’a conduite à écrire cette lettre. J’ai 24 ans et j’ai passé mon bac grâce au CNED, après y avoir effectué ma 1ère et ma Terminale S. Bonne élève, j’ai pourtant toujours été malheureuse à l’école, et de la 4ème à la 2nde, cela a fini par se ressentir avec des sérieux problèmes de santé physique. Absences régulières et durant parfois un mois ou plus, laryngites à répétition, fatigue et déprime permanente, et problèmes thyroïdiens qui n’ont été diagnostiqués que plus tard.
Pendant mon année de 2nde, lorsque mes parents ont informé le proviseur et mon professeur principal que je poursuivrais ma scolarité au CNED à partir de l’année suivante, une campagne de dissuasion massive s’est lancée – quoique relativement bénigne par rapport à d’autres cas dont j’ai entendu parler depuis.
Mes professeurs ont tous été informés sans notre consentement et ont commencé à tenter de me décourager, le plus souvent en me retenant après leur cours pour une conversation en tête à tête, parfois même en demandant à mes amis de m’en dissuader. Si certains étaient simplement curieux, comme ce professeur de langue qui souhaitait savoir comment s’organiseraient les cours à l’oral et me donner des conseils pour étudier efficacement, d’autres dépassaient les limites de l’acceptable, sans jamais s’intéresser à mes raisons : selon leurs mots, j’allais « gâcher ma vie » ou encore « droit à l’échec ».
L’obtention du miraculeux exeat ne fut pas non plus de tout repos, et exigea que mes parents lancent de leur côté une campagne de harcèlement de mon lycée par courrier et au téléphone. Mais, chanceux, nous finîmes par l’obtenir juste avant la fermeture pour l’été – l’ayant demandé pour la première fois en mars. Nulle ironie de ma part : demandez à d’autres Cnediens et vous comprendrez que c’est un délai somme toute enviable. 

Et l’échec dans tout ça ? Gâchai-je ma vie ?
Difficile d’être affirmatif à mon jeune âge, mais après avoir obtenu mon bac S mention très bien, j’ai voyagé puis suis entrée dans une grande école spécialisée dans la communication interculturelle. Je suis à présent diplômée d’un master avec félicitations du jury, deuxième de ma promo, et je crée ma propre activité. Plus important à mes yeux et à ceux de mes proches, je suis épanouie, loin de l’adolescente angoissée que j’étais, et après beaucoup d’efforts, mes problèmes de santé sont pour ainsi dire résolus – sans jamais avoir eu à consommer les suppléments hormonaux auxquels on me destinait pourtant.
C’est une belle revanche, et en vérité, je suis certaine que tous ceux qui m’ont mis des bâtons dans les roues se réjouiraient franchement de ma réussite, sans arrière-pensée – c’est le cas de ceux que j’ai recroisés depuis. Mais je pense qu’ils sont loin de réaliser que si mes parents et moi-même les avions écoutés, je n’aurais peut-être pas même atteint le bac et serais sans doute encore enferrée dans des soucis de santé à vie. 

      Chaque cas est particulier, mais ma situation est loin d’être unique. Je l’ai découvert au cours de ma scolarité au CNED, notamment en participant à la création d’un blog, Cn3dland, modeste effort d’un petit groupe de jeunes pour fédérer anciens, actuels et futurs Cnediens ainsi que leur famille, les informer, les rassurer. Aujourd’hui encore, je continue à le gérer dans la limite de mes disponibilités, et je reçois de nombreux commentaires et e-mails de jeunes et de parents, principalement dans leurs moments de doute et de détresse. Quelques-uns de ces moments ont lieu après l’inscription (retard accumulé dans le programme, difficultés à travailler seul, angoisse avant un examen) mais la grande majorité, avant l’inscription, et principalement par rapport aux pressions subies et à ce fameux exeat… 

Je ne dispose pas de statistiques globales – et pour cause, à ma connaissance elles n’existent pas – mais ce que je vois constitue déjà un nombre inquiétant en lui-même. Permettez-moi de partager quelques extraits de ces messages (anonymisés), venant de toute la France de 2009 à 2016 :

« La proviseure a monté mes parents contre le CNED ! Elle a carrément fait venir une fille qui a échoué au CNED et qui leur a expliqué qu’on n’était pas encadrés et que les manuels du CNED étaient mal faits. Tous mes professeurs se sont aussi mis à essayer de me convaincre de rester parce que je participe beaucoup à la vie de l’établissement, mais ils refusent de voir ma souffrance. Ils m’ont dit d’aller à la maison des jeunes, comme si ça allait régler le problème. »

« En 2nde, j'ai été en cours pendant 2 mois seulement, j'ai fini l'année avec 9 de moyenne (je manquais les cours, les DS, j'allais à l'hôpital, etc...)
Vers février, j'ai entendu parler du CNED, j'en ai parlé à mes parents (qui étaient contre), à mes profs (qui étaient contre) et on m'a fait rencontrer deux psychologues: ‟Il ne faut pas faire le CNED, ça rend asocial, personne ne réussit, les taux de réussite au bac sont à moins de 20 %, n'y va surtout pas !” »

[ndlr : j’ignore d’où vient cette « statistique », d’autres sources en ligne citent un taux de 30 %, sans que l’on arrive à déterminer l’origine de ce chiffre, tandis que l’on trouve ailleurs des chiffres régionaux uniquement, datant de 2000 à 2013 et plaçant entre 41 et 49 % le taux de réussite au bac des candidats individuels, qui incluent les élèves du CNED mais pas uniquement (autres établissement d’enseignement à distance, école à la maison, reprise des études à l’âge adulte). L’Éducation nationale ne publie pas ces chiffres, selon certains parce qu’ils seraient ridiculement bas… et selon d’autres parce qu’ils ne seraient pas si ridicules que ça, ce qui serait gênant pour les établissements en présentiel. Dans tous les cas, il est évident que de nombreuses personnes qui passent le bac avec le CNED sont dans des situations compliquées (maladie, pratique intensive de sports, reprise des études tout en travaillant, etc.) qui font que certains ne se présentent même pas à l’examen. Reste qu’à mon humble avis, on a toujours plus de chances de réussir au Cned qu’en étant inscrit dans un établissement classique sans être en mesure de se rendre à la majorité des cours…]

« Je viens de relancer le proviseur pour l'exeat, ne l'ayant toujours pas eu. Le secrétariat du collège ne rouvre ses portes que le 24 août. Donc, en attente. »

« Le lycée m’a dit qu’ils ne me donneraient l’exeat que si j’allais d’abord voir l’infirmière scolaire et elle a passé une heure à essayer de me dissuader en disant que je deviendrais un ermite, asociale, folle, et que me renfermer chez moi n’était pas la solution si ça n’allait pas ‟avec mes petits camarades” ou si j’étais dépressive… Mais je ne suis pas dépressive, c’est le lycée qui me rend malade ! »

« Ma fille a développé une phobie scolaire au collège. Elle avait toujours eu des maux de ventre en allant à l'école mais ça s’est aggravé, et aucune des analyses que nous avons faites n’expliquait pourquoi. Sur les conseils d’un énième médecin, nous avons finalement décidé de l’inscrire au CNED l’année suivante, mais le temps d’obtenir l’exeat, nous n'avons reçu les cours que fin octobre. Elle a eu du retard à rattraper et cela a été compliqué, mais elle a fini l’année avec une super moyenne générale, et surtout très heureuse. Nous continuerons donc au CNED. »

« L'année en cours a plutôt mal commencé, le lycée ne voulait pas me faire d'exeat, je n'ai pu commencer qu'en octobre ! Et là, démotivation générale, je ne savais pas comment m'organiser, j'ai perdu beaucoup de temps ! Je commence à prendre le rythme, je n'ai envoyé que 17 devoirs, mais je compte rattraper vite mon retard ! »

« Mon fils a été gravement malade et a manqué plusieurs mois de cours, et au moment de retourner au lycée, il a des migraines, des rechutes qui retardent toujours le moment. Ce n’est pas de la comédie, cela l’angoisse tellement qu’il s’en rend malade. Nous avons pensé au CNED mais le lycée et son médecin le déconseillent formellement, du coup il n’est pas trop partant. Résultat : une année perdue, puisque le lycée ne pourra pas le faire passer dans la classe supérieure avec aussi peu de notes, et qu’on a dépassé la date limite d’inscription au CNED en cours d’année, avec tous ces atermoiements… »

« Je souhaite m'inscrire au CNED pour terminer ma scolarité car je ne suis vraiment pas bien dans mon lycée et je n'arrive vraiment plus à y mettre les pieds. Mes parents et moi nous sommes d'accord, sauf que mon lycée refuse catégoriquement de me fournir le certificat d’exeat ce qui empêche la finalisation de mon inscription. Tout mon dossier est prêt, il ne nous manque vraiment que ça ! Ce fameux certificat.
Ils sont en train de nous monter la tête contre le CNED et n’arrêtent pas de dire que je n'arriverai à rien...
La fin des inscriptions en cours d'année c’est le 31 mars, et nous sommes déjà le 2 mars. J’ai vraiment peur qu’ils arrivent à leurs fins ! »

Il y a aussi des exemples où les personnels de l’Éducation nationale sont de bonne volonté mais ne savent pas comment s’y prendre, comme dans le témoignage de cette maman d’un collégien qu’elle souhaitait déscolariser pour s’adapter à sa précocité et problèmes de concentration :

« J'ai rencontré la directrice très compréhensive, qui a bien compris ma démarche, mais elle m'a expliqué que c'était la première fois qu'elle était face à une telle demande. Elle est d'accord pour m'aider, mais elle ne connaît pas la démarche à suivre. »

      Alors je suis très en colère. En colère contre un système et des individus au sein de ce système, qui ne voient pas la détresse de jeunes qui se rendent physiquement malades par angoisse (ça s’appelle la phobie scolaire, et ce n’est pas de la mauvaise volonté, les psychologues la reconnaissent mais les enseignants la méconnaissent, quand ils en ont même entendu parler), des jeunes qui vont droit à l’échec ou pire dans le système classique, et à qui on bouche toute autre issue. N’oublions pas que l’adolescence est cet âge des extrêmes où les moments de détresse sont difficiles à relativiser, et où le taux de dépression et de suicide est tragiquement élevé, et plus largement, n’oublions pas l’influence de la santé mentale sur la santé physique. Arrêtons de dire que nous n’avons rien vu quand on nous appelle au secours, et formons réellement les enseignants à réagir !

Dans ma grande naïveté, le bac en poche, j’ai voulu proposer à divers établissements (dont le lycée où j’avais fait ma 2nde) d’intervenir devant leur personnel pour leur parler de mon expérience au CNED. J’ai reçu une seule réponse, assez condescendante, du chef d’établissement de mon ancien lycée, qui affirmait que les enseignants étaient « déjà formés » à gérer ce type de situation. Je ne sais pas si vous percevez la violence de cette réponse, quand on sait le parcours du combattant et l’angoisse que mes parents et moi-même avions traversés pour parvenir à m’inscrire ! Parcours et angoisse partagés par tant d’autres à travers le pays ! J’ai déchiré la lettre et je suis passée à autre chose, décidant d’agir plutôt par l’intermédiaire du blog, puisque les représentants de l’Éducation nationale à ma portée étaient décidés à jouer la Grande Sourde. Mais après sept ans de plus, le vase est plein et j’en ai assez de me résigner devant tant de souffrance qui défile dans ma boîte mail.

À noter que la phobie scolaire et autres problèmes psychologiques sont loin d’être les seuls motifs d’inscription au CNED. L’enseignement à distance peut constituer une solution temporaire ou durable dans un certain nombre de cas de figures. Les Cnediens peuvent être des élèves qui vivent à l’étranger ou voyagent (enfants de diplomates, d’expatriés, de globe-trotters ou de communautés du voyage), hospitalisés ou gravement malades, qui pratiquent un sport ou un instrument de musique à haut niveau, ou encore des personnes qui reprennent des études après une interruption ou pour une réorientation. On y trouve également de plus en plus d’enfants et d’adolescents précoces, face à d’autres solutions pas toujours adaptées (sauter une classe alors qu’ils ont des besoins spécifiques, établissements spécialisés souvent à l’autre bout de la France), ou simplement des jeunes auxquels les méthodes d'enseignement de l’Éducation nationale ne conviennent pas, qui ont besoin de plus d'autonomie ou d'applications concrètes dans des domaines qui les intéressent et risquent de décrocher si on ne les laisse pas les trouver ailleurs... Eux aussi peuvent rencontrer ces difficultés à l’inscription. En règle générale, plus les motifs d’inscription sont facilement reconnus et acceptés, et moins l’obtention de l’exeat, qui fait plus particulièrement l’objet de cette lettre, sera difficile. Pour autant, dans mon cas particulier, mettre en avant mes problèmes de santé ne m’a pas empêchée de rencontrer les difficultés précédemment évoquées. Pas encore de diagnostic au nom scientifique à l’époque, pas d’hospitalisation, mes absences régulières et parfois de longue durée ne suffisaient pas à faire reconnaître que j’étais « vraiment » malade.

      Cette lettre n’est pas une mise en accusation des enseignants et personnels d’établissements scolaires. Et la volonté ou le besoin de certains élèves de suivre un parcours différent n’est absolument pas une remise en cause de leur utilité. Je ne vous apprendrai pas qu’ils n’ont que rarement tous les moyens de faire leur travail au mieux, et qu’il est difficile de s’adapter à chaque élève dans des classes de 30 ou 35. Il y a beaucoup à faire pour améliorer le vécu scolaire pour chacun, et même dans un monde idéal, peut-être certains ont-ils simplement un fonctionnement différent de la moyenne, qui exige d’autres solutions… Là n’est pas la question.

      La question, c’est la désinformation à laquelle ces personnels participent malgré eux, et le déni d’éducation qu’ils imposent de facto à ceux qui ne peuvent pas aller à l’école.
On entend par exemple que le CNED conduit droit à l’échec par l’absence d’encadrement (comme dans le premier témoignage que je citais plus haut), ce que les milliers d’encadrants et enseignants consciencieux et dévoués travaillant au CNED (et appartenant à l’Éducation nationale comme ceux qui les calomnient) seraient ravis d’apprendre (tuteurs, correcteurs, professeur référent qui joue le rôle de professeur principal, et souvent de CPE et de COP…) ! L’absence de salle de classe ne signifie pas l’absence de professeurs. C’est une relation différente, mais non moins enrichissante. J’invite tous ceux qui en doutent à consulter le témoignage anonyme d’une de ces enseignantes sur le blog Cn3dland.
On entend aussi que les cours du CNED sont mal structurés, mal rédigés, voire contiennent des erreurs, alors que d’après mon expérience ils sont plutôt mieux faits que nombre de manuels scolaires classiques (au point que je m’inspire de leurs exercices dans ma pratique de l’enseignement des langues et du français auprès de jeunes et de moins jeunes). J’invite tout un chacun à aller le vérifier sur l’Académie en ligne, formidable initiative qui met un grand nombre de cours du CNED à la disposition de tous.
C’est vraiment dommage que les personnels de l’Éducation nationale dénigrent ainsi un outil qu’elle-même contrôle, outil innovant et extraordinaire. Il est certes perfectible, tout comme le sont les établissements scolaires classiques, mais peu de pays disposent de l’embryon d’un équivalent, et je crois que la France peut en être fière !

      La question, ce n’est pas l’opinion de chacun sur les cours par correspondance (qui n’engage que soi-même) mais le devoir des fonctionnaires d’appliquer la loi. Et la loi permet aux parents de choisir entre différentes options pour leurs enfants dans le cadre de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans (et dans ce cadre, ce n’est pas à l’établissement de valider la scolarisation à domicile, mais à l’inspection d’académie) ainsi que pour poursuivre leurs études après 16 ans s’ils le souhaitent : selon l’article L131-2 du Code de l’éducation, « L'instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l'un d'entre eux, ou toute personne de leur choix. » Certaines de ces options exigent une autorisation préalable et/ou contrôle pédagogique de la part de l’inspecteur d’académie, mais ce n’est en aucun cas à l’établissement précédent de prendre cette responsabilité. On peut en son âme et conscience désapprouver la scolarisation d’un enfant dans une école privée, qu’elle soit religieuse ou non, sous contrat ou non, ou dans un établissement suivant la pédagogie Montessori, ou à la maison par sa famille dans le cadre des contrôles imposés par l’État, ou même dans l’établissement public qu’est le CNED. On peut éventuellement, si on a les connaissances nécessaires, conseiller un élève ou ses parents sur les options existantes (de préférence avec plus de psychologie, de pédagogie et d’objectivité qu’en annonçant qu’il ou elle va « gâcher sa vie » en choisissant telle ou telle option). Mais cela n’autorise en aucun cas à faire barrage aux inscriptions.

Il serait temps de l’expliquer à l’ensemble des établissements de la République !

      Je conclus en ajoutant que c’est loin d’être l’unique problème, certaines inspections d’académie compliquant elles aussi les inscriptions avec des informations difficiles à obtenir, des exigences supplémentaires voire franchement dogmatiques ou fantaisistes (par exemple, un certificat médical d’un psychologue… qui n’est pas habilité à délivrer des certificats, contrairement au psychiatre ou tout simplement au médecin de famille), et des délais extrêmement longs simplement pour obtenir l’accord, ce qui retarde nombre d’inscriptions et place les familles dans une attente très angoissante.
Les inscriptions aux examens (brevet, bac), à la charge de la famille, peuvent aussi s’avérer un parcours du combattant, et la première réaction, qu’elle soit aimable ou plus agressive, est presque systématiquement « Ah je n’ai jamais rencontré ce cas de figure » ou « Vous ne rentrez dans aucune case »… Avec plusieurs dizaines de milliers de jeunes concernés, c'est quand même assez étonnant !
Le Défenseur des Droits et ses représentants sont d’ailleurs souvent saisis pour intervenir dans ces situations. Il reste donc beaucoup à faire.

      Dans l’espoir de jours meilleurs pour l’école (y compris le CNED) et pour les jeunes qui y deviennent grands,

Bien cordialement,

Marianne Siréta
Ancienne Cnedienne

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  • Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
    Najat Vallaud-Belkacem
  • Jacques Toubon


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