Séverine MFrancia
25 gen 2018
Bonjour, J’ai récemment eu un échange assez vif avec un (jeune) homme qui affirme que pour condamner un individu, il faut des preuves matérielles. Sur le fond, je suis d’accord. On ne peut pas se permettre de condamner une personne sans prouver sa culpabilité. Là où j’ai un problème, c’est lorsque l’on demande à des victimes d’inceste par exemple, d’apporter des preuves de ce qu’elles ont subi. Comment un môme qui se fait violer par un oncle, un frère, un parent, un prêtre, un instituteur, un voisin, ou que sais-je encore, peut-il penser en premier lieu à prouver son agression... L’enfant garde son slip, sa culotte pour examens ultérieurs ? Sans blague ! Un enfant ne sait pas ce qui lui arrive, il n'a même pas la notion de preuve, il a seulement mal, peur... Un môme est d’abord en état de choc, il va penser à survivre, il va avoir honte, il va se sentir coupable, sale, … La majorité des enfants victimes de violences sexuelles n’en parlent pas tout de suite, voire jamais… Alors, quand 10, 20, 30 ans après il est question de démontrer la culpabilité d’un pédocriminel : est-ce que ça doit passer par des preuves matérielles telles que des analyses sur des vêtements (qui n’existent plus !) pour trouver des traces de sperme ? Traces qui ne sont d’ailleurs pas une preuve d’agression mais d’acte sexuel, qui selon l’âge, seront soumises à tergiversation… La première chose que je faisais après mes viols quotidiens était d’aller me laver… J’avais juste besoin d’effacer les traces du monstre. Ce jeune homme, très sûr de lui, m’a dit « tout individu est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire ». C’est vrai. Mais pourquoi ce n’est pas vrai pour les victimes d’agressions sexuelles, qu’elles soient mineures ou majeures d’ailleurs ? Pourquoi une victime de viol, d’inceste, est toujours présumée coupable de mentir, d’inventer, d’exagérer ? Pourquoi cette présomption d’innocence ne s’applique-t-elle pas aux victimes de viols, d’incestes… Pourquoi ? Pourquoi, dans ces cas précis est-ce aux victimes de prouver qu’elles le sont ? La décence ne voudrait-elle pas que l’on prenne d’abord en considération la parole de la victime pour mener une enquête sur les faits et le présumé coupable (quand il est connu et identifié) afin de démontrer la véracité des accusations ? Le doute ne doit-il pas bénéficier à la victime ? Mais comment prouver quand il n’y a pas de preuves matérielles ? Et bien en demandant une expertise psychologique ou psychiatrique de la victime et de l’agresseur présumé. En tenant compte de l’état de santé de la victime en faisant le lien avec ce qu’elle explique avoir vécu. En prenant en considération l’état psychologique souvent désastreux des victimes. En enquêtant dans l’entourage de la victime et du présumé coupable. On ne peut pas prétendre être victime, dans la durée, quand ce n’est pas vrai. La police, un psychiatre y verront des incohérences dans le discours. Oui, il existe des plaintes abusives, souvent contre X, qui sont rapidement démontées par les enquêteurs. Un pourcentage infime sana doute, qui ne devrait pas entraver le travail des enquêteurs sur l'ensemble du peu de plaintes déposées chaque année en France... Personne n’a intérêt à dire « j’ai été violé(e) ! »… Personne. Parce qu’il faut supporter les regards méprisants de celles et ceux qui pensent que ça n’arrive qu’aux autres. Il faut supporter la honte, parce que la plupart des gens vous regarde comme une salope. Il faut supporter d’être jugé(e), par des gens qui vous sourient mais n’en pensent pas moins. Il faut supporter les « allez, c’est fini, pense à autre chose »… Non, une victime, une vraie, ça se voit, ça se sent sur la durée parce que nous sommes en souffrance dans notre corps comme dans notre âme. Alors encore une fois, on en vient à ce regard que la société porte sur les victimes de pédocriminalité… Nous mentons, nous exagérons, nous voulons attirer l’attention, nous voulons salir une famille : des clichés nauséabonds. Les preuves ? Personnellement, si je pouvais porter plainte aujourd’hui, j’en aurais un paquet trop lourd à porter ! Ma santé est fichue ! Je suis en Invalidité catégorie 2 : parce que j’ai été victime de viols et tortures durant mon enfance. Je ne suis pas devenue handicapée parce que je suis une petite nature mais parce que ma « mère » a laissé son amant devenu son mari me faire du mal durant 14 années qui n’ont été qu’un long enfer. Lui est mort. Mais elle devrait répondre de ses actes. Et mon état de santé démontre que je n’ai pas été une enfant correctement soignée… Blessée à de multiples reprises. Les voilà, « nos preuves ». D’abord notre parole, qui ne vaut pas moins que celle de nos agresseurs. Et notre état psychologique, nos problèmes de santé, d’insertion sociale, nos difficultés affectives. Dans les cas d’incestes, il est possible d’interroger la famille et souvent les langues se délient. De tous les témoignages que j’ai reçus, je retiens ceci : les agresseurs ont quasiment tous récidivé. Et puis, quand même… Aujourd’hui, ma génitrice et ses rejetons crient haut et fort que je suis une menteuse. Parce que, selon eux : « ce n’était pas aussi grave »… C’est un aveu. Ils reconnaissent donc ne pas remettre en cause le fait que le monstre qui était mari et père de ces trois là m’a bien violée, mais que ce n’était pas si grave… Admettons… Admettons qu’ils aient « raison »… Dans leur volonté désespérée à vouloir minimiser pour sauvegarder leur confort, ils n’ont pas conscience du fait que dans tous les cas, ils ont protégé un violeur d’enfant, ils ne l’ont pas dénoncé et ils ont fait en sorte (en me culpabilisant, en me faisant croire qu’ils m’aimaient et que si je les aimais je devais « respecter » leur volonté), ils ont fait en sorte donc que je ne porte pas plainte quand j’aurais pu le faire. Ils ne m’ont jamais soutenue, et ils m’ont tourné le dos parce que j’ai osé parler, j’ai écrit un livre sans jamais les nommer pour expliquer ce que j’ai vécu… Pourtant, n'importe qui pourrait témoigner du fait que cet homme qu'ils ont défendu jusqu'à me pousser à des tentatives de suicide, était un alcoolique violent, sale, ordurier, infect. Un menteur lâche et opportuniste. Mais sa parole vaudrait plus que la mienne ? Alors… Les preuves… Je crois que les personnes qui veulent absolument des preuves matérielles devraient considérer que nous ne dénonçons pas des crimes ordinaires. Nous sommes dans le domaine de l’abject, du silencieux, du caché, de l’inconcevable. La justice doit s’adapter, elle doit considérer que toute victime majeure ou mineure de viol ou d’inceste doit être présumée innocente. Et la société doit faire de même. Sans oublier que dans les cas d’inceste (ou de viol incestueux, c’est-à-dire pas un beau-père par exemple), les ravages psycho traumatiques sont tels qu’ils constituent des éléments encore plus aggravant. Et il faut considérer le silence auquel les proches contraignent les victimes, afin de préserver leur propre confort. Qu’une poignée de personnes, certainement en souffrance et nécessitant des soins, portent plainte abusivement pour agressions sexuelles ne devraient pas condamner toutes les victimes, les vraies, à être méprisées et condamnées à l’avance de mensonge… Je finis en répondant aux personnes qui m’ont suggéré d’écrire un livre : c’est fait ! Mon premier livre « La Parole » est sorti en 2013, le second (sur le sujet) en 2017 « Stop Prescription ou la perpétuité des victimes de pédocriminels ». Je remets le lien vers mon site pour les quelques personnes que cela intéresse, il vous suffit de cliquer sur l'image de cette mise à jour. De nombreuses personnes ont suggéré que la mise à jour précédente « La liberté de ne pas être importuné(e) » aurait dû être publiée dans « Le Monde » : ce journal n’a pas souhaité m’offrir la parole et a supprimé de sa page Facebook le lien vers mon texte. Il faut croire que l’expression ne doit aller que dans un sens, celui qui divise… Alors unissons nos forces ! Merci de votre soutien, de vos messages (je suis vraiment très en retard dans la lecture), de vos nombreux commentaires… Je continue de travailler contre la prescription… A bientôt. Séverine
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