Voilà un peu plus de deux mois que l’autorisation du permis de construire au 116 bis rue de Vern a été affichée. Plusieurs riverains ont, depuis, adressé des recours gracieux à la mairie. Celle-ci a rejeté leurs requêtes amiables. Dans sa réponse, elle réfute les critiques émises avec les arguments suivants :
- Le faible nombre de stationnements prévu par le programme immobilier est cohérent avec le plan de déplacement urbain qui vise à « développer l’usage des transports en commun et réduire les déplacements motorisés individuels ».
- Le projet prend en compte le « contexte patrimonial des faubourgs » par la « préservation » des maisons classées 1 et 2*.
- Il « développe une architecture audacieuse » car les deux maisons en question vont être coiffées d’un bâtiment cubique de 4 étages qui sera décalé en biais par rapport à l’alignement des façades. Ce « déhanchement » constitue l’audace architecturale.
-Enfin, il paraît que le projet prévoit « la plantation de nombreux arbres », contribuant ainsi à « favoriser le développement des ilots de fraicheur » ! Les riverains qui déplorent l’abattage inévitable d’arbres existants apprécieront ici l’audace du discours municipal…
Bien sûr, on peut être un peu navré par le contenu de cette réponse qui conjugue mauvaise foi et indifférence aux problèmes soulevés par tout un quartier. Mais on n’en est guère surpris. La rhétorique municipale qui s’exprime à longueur de journaux locaux est parfaitement rodée et désormais connue de tous ceux qui s’intéressent au sujet. Elle se résume en deux grands préceptes : les élus ont toujours raison car ils ont gagné les élections ; les riverains contestataires sont des bourgeois égoïstes cultivant l’entre-soi (1), leur contestation n’est donc pas légitime.
Face à de tels postulats, il est difficile d’espérer toute possibilité de dialogue réel avec les élus. En revanche, on peut continuer à dénoncer les erreurs de l’urbanisme en cours et remettre certaines pendules à l’heure, afin que personne ne soit dupe des éléments de langage culpabilisateurs censés étouffer toute critique. Pour rappel, nous insisterons ici sur trois volets essentiels.
Le volet écologique. La ville s’élève pour ne pas s’étaler, expliquent les élus, et ce parti-pris est soi-disant écologique. Pourtant, un constat s’impose : Rennes choisit à travers son PLU de bétonner ses artères les plus fréquentées par les automobiles. Or ce scénario est le pire qui soit en termes d’environnement et de piège à pollution, car on sait que les canyons urbains sont les principaux responsables du réchauffement climatique. L’urbanisme rennais est donc très mal placé pour administrer des leçons de vertu écologique. Ce point a été abordé dans notre mise à jour du 3 juin.
Le volet social. La municipalité vante constamment son bilan sur le logement social, il est bon c’est vrai, très bien ! Mais il est l’arbre qui cache la forêt de la bétonisation. La forêt se trouve ici : plus de la moitié des logements neufs dans notre ville sont vendus à des particuliers qui n’habitent pas les lieux (ils les mettent en location) et qui recherchent à travers cet investissement la défiscalisation Pinel. La plupart ne voient même pas le bien qu’ils achètent sur les conseils de leur banquier. Cela, évidemment, la mairie ne l’évoque jamais. Car il semble peu compatible avec un discours social d’avouer que la bétonisation profite surtout à une classe aisée dont le souci n’est pas de se loger, mais de payer moins d’impôts... De cet « entre-soi » là, il n’est nullement question, alors que l’impact sur la collectivité est lourd, notamment quant aux coûts de l’immobilier. La carotte de la défiscalisation fait gonfler artificiellement la demande sur le marché du neuf et entraîne une inflation des tarifs qui rejaillit à son tour sur l’immobilier ancien. Nous avons abordé ce point dans notre mise à jour du 28 mars. Voir également ci-dessous la note (2) pour avoir en tête quelques chiffres concernant le marché rennais.
Le volet qualité de vie. Inutile de construire des logements séduisants quand l’attrait du produit financier se suffit à lui-même : le dispositif Pinel est une aubaine pour les promoteurs ! Les architectes sont contraints de multiplier les « boîtes à sucre », terme qui, dans leur jargon, désigne des immeubles standardisés à l’extrême en vue d’optimiser la rentabilité. Résultat, la ville s’enlaidit à vue d’œil. Certes, elle en a connu d’autres (enterrement de la Vilaine, grandes barres des années 70) mais il est dommage de n’avoir tiré aucune leçon de ces cycles peu probants. La défiscalisation Pinel devant s’éteindre à l’horizon 2023, le lobby de la promotion immobilière s’est activé pour assurer sa succession. L’Etat annonce un « Super Pinel » qui conditionnerait le cadeau fiscal à des logements présentant des « qualités d’usage ». Ah tiens ! Une façon de reconnaître, en creux, le médiocre niveau des immeubles nés du dispositif actuel. Rennes en porte des stigmates particulièrement évidents parce qu’elle a accepté de laisser pleins pouvoirs aux promoteurs, sans jamais réfréner leur appétit ni imposer d’exigences qualitatives, en se focalisant entièrement sur une politique du chiffre (1500 à 2000 logements annuels). Et l’on ne voit aujourd’hui que la partie émergée de l’iceberg, une multitude de projets autorisés sortira de terre au cours des prochaines années.
A un autre bout de la rue de Vern, vers le n°171, les riverains de la Poterie poursuivent leur combat contre le monumental projet Aiguillon. Ils contestent une densification brutale, menée à la hussarde, sans considération des nuisances qu’elle implique, et là encore, sans aucune concertation. Ils viennent de lancer une nouvelle pétition : https://www.change.org/p/nathalie-app%C3%A9r%C3%A9-maire-de-rennes-p%C3%A9tition-n-2-contre-le-171-rue-de-vern-%C3%A0-rennes
Cordiales salutations,
Le collectif Vern-Poterie ; contact : vern-poterie@orange.fr
(2) Notre source est le bilan de l’agence Audiar réalisé pour l’année 2019 sur le marché de l’immobilier collectif neuf. Nous avons isolé les chiffres pour la commune de Rennes : 200 logements ont été mis en service pour le locatif social. 1400 logements ont été vendus par les promoteurs, dont : 57% à des investisseurs (propriétaires non occupants : Pinel), 22% en accession aidée à la propriété, 21% en achat libre par des propriétaires occupants. https://www.audiar.org/publication/demographie-et-habitat/habitat/tour-dhorizon-des-marches-de-lhabitat-bilan-2019-et-premiers-chiffres-2020-aire-urbaine-de-rennes