Petition updateHalte au béton dans le secteur Vern/Poterie !Pourquoi construit-on autant et si moche à Rennes ?
Collectif VERN POTERIEFrance
Mar 28, 2021

«Il faut densifier la ville pour accueillir tout le monde et ne pas exclure». Le leitmotiv municipal semble si généreux qu’on culpabiliserait presque à l’idée de le récuser! Abordons la question autrement : pour quelles raisons construit-on autant et si moche à Rennes ? A cause d’une loi Pinel qui offre une belle réduction d’impôt aux acheteurs d’un logement neuf et loué à tarif plafonné. Rennes, « ville dynamique », attire les placements de ce type : 60% des appartements commercialisés par les promoteurs y sont vendus à des investisseurs séduits par la carotte fiscale (1). Tentez quelques clics sur des sites web consacrés à la défiscalisation, vous y verrez des dizaines de programmes immobiliers disponibles dans notre ville.

Le dispositif Pinel est le moteur de la « constructionnite » aigüe dont souffre la capitale bretonne. Notre propos n’est pas de blâmer ceux qui l’utilisent, mais bien de souligner que l’urbanisme effréné subi par les Rennais trouve ses racines dans un système qui confond logement et produit financier. Un système dont les effets pervers sont connus. Ils ont été pointés à l’occasion de travaux parlementaires ou lors d’une étude menée par l’Inspection générale des Finances et le Conseil général de l’environnement et du développement durable (2). Pour faire court, nous n’en retenons ici que quelques-uns.

1- La défiscalisation immobilière accélère la densification de villes déjà denses. Elle alimente l’hyper-concentration urbaine. Et tant pis pour l’urgence écologique qui exigerait un réel effort d’aménagement du territoire.

2- Elle provoque une inflation des tarifs parce qu’elle fait mécaniquement croître la demande sur le marché du neuf et que les acheteurs, bénéficiant d’une réduction d’impôts, sont moins regardants sur le prix de l’acquisition.

3 - Elle encourage la construction de blocs très standardisés qui semblent davantage répondre aux besoins des investisseurs qu’à ceux des futurs habitants. Les architectures sont de piètre qualité, mais il ne faut pas s’en étonner : quand on vend un produit financier plutôt qu’un lieu de vie, pourquoi s’efforcer de faire joli ?

4- Elle bénéficie aux 10% de foyers les plus aisés (tranche dans laquelle se situent les acheteurs Pinel) mais coûte cher à l’Etat -2 milliards par an- ainsi privé d’une manne financière qu’il pourrait consacrer au logement aidé.

Certes, le plafonnement des loyers profite aux locataires, mais de façon bien marginale et pour un temps limité : 6, 9, 12 ans. Les géants de béton sans âme, eux, répandront leur ombre froide sur plusieurs générations. S’ils veulent lutter contre ce phénomène qui défigure et asphyxie les villes, nos élus ont un pouvoir : rejeter les permis de construire qui menacent l’équilibre de nos quartiers. L’oseront-ils ?

Collectif Vern-Poterie, vern-poterie@orange.fr

(1) Hors parc locatif social, les logements neufs produits à Rennes sont vendus : à 60% à des investisseurs (Pinel), à 40% à des propriétaires occupants (dont la moitié achètent en accession aidée). Sources : https://www.aucame.fr/images/catalogue/pdf/1606226114-2020-acturba019-defiscalisationimmo-sv.pdf

https://www.audiar.org/sites/default/files/documents/etudes/tour_dhorizon_des_marches_de_lhabitat_-_aurennes_web.pdf

(2) https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/271773_0.pdf

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