

L’ampleur des enjeux auxquels nous faisons face peut rapidement nous submerger. Il m’arrive souvent de me sentir impuissant et démuni. Ceci génère une frustration qu’il est tentant de convertir en fatalisme, ou au contraire en radicalisation extrême. Mais j’ai été heureux d’assister à l’intervention de Nicolas Hulot dans l’Émission Politique jeudi soir. Au-delà de son clin d’œil à la pétition, qui visiblement a été appréciée ;), il nous a offert une démonstration de hauteur de vue et d’humanité, nous rappelant à chaque instant combien il est crucial de se mettre à penser et à agir collectivement, c’est-à-dire sans exclure, et ce à tous les niveaux.
1 / Regarder la catastrophe en face ET ne pas la vivre comme une fatalité
En parlant, à plusieurs reprises, de fin du monde et d’effondrement de civilisation, il nous a encouragé à ne plus utiliser d’euphémismes, à regarder la réalité en face, et à la nommer. Mais nous l’avons tous senti, ce sentiment d’urgence absolue peut nourrir, plutôt que la colère ou la résignation, une énorme volonté de vivre, d’aimer et d’agir. Donnons-nous l’imagination, les moyens de penser et faire autrement. Cessons de nous cantonner aux frontières des systèmes en place qui nous ronronnent « Ce n’est pas possible ! ».
2 / Prise de recul ET précision
La crise de civilisation que nous vivons est un phénomène éminemment complexe, qui nécessite d’adopter une vision d’ensemble, « holistique », voire intuitive, diront certains. Mais cette prise de recul ne doit pas nous figer dans une posture simplificatrice ou dogmatique. Ne pas se perdre dans le détail, mais ne pas le négliger. Une gymnastique intellectuelle qui nécessite de faire parler à la fois notre intuition, nos émotions, et notre rationalité. C’est ce qu’a fait Nicolas Hulot jeudi soir, n’esquivant jamais l’étude des cas particuliers, tout en ne cédant pas aux attaques personnelles, aux oppositions non constructives ou à la mauvaise foi, et en gardant toujours en ligne de mire l’immensité et la globalité des enjeux.
3 / Empathie ET détermination
Écouter, comprendre et accompagner, sans jamais faire de concession sur l’essentiel. Ou comment se mettre dans la poche, en l’espace de quelques minutes, représentants des jeunes agriculteurs et du MEDEF ! Encore une belle leçon de discernement, qui nous incite à ne jamais jeter l’anathème, à considérer que nous sommes tous dans le même bateau, que chacun, pour peu qu’il dispose d’une information rigoureuse et impartiale, est capable de mesurer l’ampleur et l’urgence de la situation et d’en tirer les conséquences. « Nous n’arriverons à rien dans la confrontation ».
4 / Exemplarité ET So-li-da-ri-té
S’il y a bien une chose qui peut nous faire sombrer collectivement dans le chaos, ce sont les inégalités et les injustices. Les temps qui viennent vont être difficiles. Ils seront tragiques si nous ne les abordons pas de manière fraternelle et solidaire. Le mouvement des gilets jaunes en a fait une démonstration magistrale, qui doit nous servir d’avertissement : quand il s’agit de faire évoluer nos habitudes, de concéder une partie de notre « confort », l’injustice devient intolérable. Forçons le trait : en temps de pénurie ou de grands chamboulements, les efforts deviennent inacceptables quand, dans le même temps, certains continuent à mener un train de vie très confortable, voire luxueux. La caricature du « bobo » citadin qui mange bio et végan mais roule en SUV et prend chaque année l'avion pour l'autre bout du monde n’en est malheureusement pas tellement une… La cohérence et l’exemplarité individuelles ne sont pas optionnelles : chacun, et les plus aisés d’entre nous dans une proportion d’autant plus forte, détient une part de responsabilité. Si restrictions il y a (ne plus prendre l’avion, manger moins de viande, prendre moins la voiture, etc.), elles devront s’appliquer à tous, les plus aisés aidant les plus démunis. Et cette solidarité est de mise, non seulement « entre nous », mais aussi avec les peuples du monde qui n’ont jamais atteint le « niveau de vie » d’un RSA, et sont déjà jetés sur les routes par la guerre, la faim et les conséquences des dérèglements climatiques. « Puisque tout est foutu, soyons frères ! »
Nicolas, merci, votre message a été reçu 5/5. Nous sommes toujours là, plus que jamais, pour la paix et la fraternité. Et nous ne lâcherons rien.