Harcèlement Scolaire - Alerter sur E. Piquet : Le système doit changer, pas la victime !

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Lancée le 21.11.2018 par le groupe facebook « Harcèlement scolaire et cyberharcèlement : AGISSONS ! ».

Introduction :

Depuis de nombreuses années, les interventions d'Emmanuelle Piquet sur le harcèlement scolaire nous inquiètent : cette personne et les centres Chagrin scolaire qu'elle a créés partent du principe que c'est uniquement la victime de harcèlement qui doit changer (en apprenant à riposter) et le modèle de thérapie brève de Palo Alto qui inspire leurs interventions stipule sans nuance que « tout ce qui est mis en place pour résoudre un problème l’aggrave ».
La récente prestation de cette psychopraticienne lors de l’émission "Suite parentale" sur France 4, intitulée « Mon enfant est-il harcelé ? », et présentée par Agathe Lecaron, nous a poussé·e·s à réagir à travers cette pétition. En effet, lors de cette émission, plusieurs affirmations graves ont été dites par E. Piquet, mais toute tentative de critique envers la méthode d'Emmanuelle Piquet a été simplement avortée.
Nous pensons à Nora Fraisse, présidente de l'Association Marion La Main Tendue, qui s’est vu interrompre par Agathe Lecaron, alors qu’elle voulait expliquer ce qui ne lui convient pas dans la méthode Piquet. Mais Agathe Lecaron est allée encore plus loin en interrompant puis en traitant l’une des victimes invitée, Mathilde Monnet, autrice de « 14 ans, harclée », de « cas extrême extrême » alors qu’elle osait expliquer que la méthode d’Emmanuelle Piquet ne fonctionne pas : « Bien sûr mais comme on l’a dit aussi chaque cas est particulier et on peut dire que tu es...tu es un cas...un cas extrême, extrême quoi ». Revoir la vidéo ici.
Comme cette parole de réflexion critique sur la pratique d’Emmanuelle Piquet semble donc être prisonnière médiatiquement, cette pétition vise à lui donner enfin une certaine visibilité, et cherche à décortiquer plus profondément les tenants et aboutissants de sa méthode, laquelle peut s’avérer dangereuse pour les victimes et les intervenant·e·s qui luttent contre le harcèlement, comme nous voulons le montrer ici, en donnant cette fois-ci une vraie place à la parole des victimes de harcèlement scolaire :

Voici les principaux points critiques de l’approche d'Emmanuelle Piquet :

  • La vulnérabilité causerait le harcèlement scolaire

Selon E. Piquet, « c’est la vulnérabilité qui crée le harcèlement scolaire », comme elle l'a exprimé dans l'émission Suite parentale, "Mon enfant est-il harcelé", sur France 4. Nous ne sommes pas d’accord. Un élève est rendu vulnérable par le harcèlement scolaire subi, et non l’inverse ! Comme l’explique bien Angéline, ancienne victime, sur son site internet « l’enfant est encore plus vulnérable car il n’a pas pu encore construire ses ressources psychiques essentielles pour se défendre et pour correctement grandir, il doit être dans un environnement dépourvu de violences. »

  • L’intervention devrait se centrer uniquement sur la victime

Selon l'approche individualiste d'Emmanuelle Piquet, c'est à la victime de changer puisque c'est elle qui souffre le plus et donc qui a le plus d'intérêts que la situation change. Au lieu de toujours demander à cet être en devenir qu’est l’enfant de se défendre, il faut plutôt lui donner l’environnement nécessaire où il pourra acquérir les clés de sa bonne intégration sociale et scolaire. C’est donc sur tout le système qu’il faut intervenir lorsqu’il y a une situation de harcèlement scolaire, et non seulement sur la seule victime. Comme le montre à ce propos la recherche, qui explique que les meilleures interventions sont multimodales (Humphrey & Hebron, 2015).

  • Les victimes sont sommées de changer

Il vaut la peine d’écouter ce qu’ont à dire les victimes sur la méthode prônée par E. Piquet, à savoir les flèches verbales qu’il suffirait de décocher pour sortir du harcèlement. Angéline explique que tout n’est pas si simple : « Si notre arc est déjà bien abîmé, les flèches tirées seront moins bonnes. Par ailleurs, la sidération émotionnelle empêche même l'action tout court, elle cloue sur place ». Elle l’explique fort bien sur son site : « Le stress accumulé selon l’intensité et la durée des violences peut devenir aussi grand que celui vécu en une seule fois par un victime d’attentat : alors la victime rentre en sidération psychique dans l’environnement stressant afin de survivre à l’impensable. Parfois même elle est dépressive. Ce n’est pas qu’elle n’a pas envie de se défendre, elle en est rendue incapable ! ». Mathilde Monnet a, elle aussi, bien exprimé cela dans son livre, « 14 ans harcelée » : « Il faut être dans le système pour savoir. Si j’avais pu réagir autrement, si j’avais su, je l’aurais fait». Mais Mme Piquet, elle, n’est jamais dans le système, elle est toujours dans son cabinet.
Par ailleurs, si les victimes sont tenu·e·s de résoudre elle-même le problème, il y a un grand risque de renforcer le sentiment de culpabilité, déjà fort présent chez les victimes de harcèlement scolaire. Lorsque le harcèlement cesse, les intervenant·e·s qui utilisent la méthode Piquet passent à d’autres élèves victimes. Mais est-ce qu'on prend en considération la prise en charge post harcèlement ? La victime est laissée avec ses blessures, il n’y a aucune reconnaissance de son état de stress post traumatique (ESPT).
Et lorsque le harcèlement ne cesse pas (15% des situations dans les centres d’E. Piquet, selon leurs propres chiffres, évidemment invérifiables), que se passe-t-il ? Ou lorsque l’élève refuse d’utiliser la stratégie proposée ? Mme Piquet elle-même, dans l’un de ses livres (Le harcèlement en 100 questions), décrit la situation d’une élève victime, Camille, qui n’a pas voulu mettre en pratique les flèches proposées, car ces dernières l’obligeaient à mentir : elle voulait s’en tenir à la vérité. Mme Piquet explique qu’elle a respecté cela mais ne dit rien de ce qui a été mis alors en place pour aider cette victime… C’est là tout le paradoxe d’E. Piquet, laquelle base toute son intervention sur le développement de l’autonomie et de l’estime de soi de la victime : si l’on cherche réellement à rendre l’élève harcelé·e autonome, en veillant à son estime de soi, ne doit-on pas plutôt d’abord et avant tout écouter ses besoins, le comprendre et garantir sa sécurité ? La pyramide des besoins de Maslow nous permet de bien comprendre qu’une personne en situation de harcèlement scolaire a besoin, avant de pouvoir mettre en place des outils en situation, que ses besoins de sécurité les plus fondamentaux soient garantis. Pour ce faire, les harceleurs (en tout cas les 1, 2 voire plus qui dirigent le groupe) doivent être éloignés dans un premier temps et réfléchir à comment ils pourront réparer leurs torts.
En effet, lorsqu’on souffre d’un manque de compassion généralisé à son égard, un des premiers besoins que nous avons, c’est de nous sentir écouté.e, compris·e et qu’on nous explique formellement que ceux qui ont tort ce sont les harceleurs et tous ceux autour qui n’ont rien fait. Bref, que nous n’y sommes pour rien. Or avec l’approche de Mme Piquet, la résolution du harcèlement scolaire reposant uniquement sur les épaules de la victime, c’est le message contraire qu’on donne : tu fais partie du problème puisque c’est toi qui dois le résoudre.
Et on ne parle même pas de la perte d’estime de soi si d’aventure l’élève victime ne parvient pas à résoudre lui-même le harcèlement : il sera d’autant plus persuadé qu’il est coupable. C’est donc un message totalement contraire qu’il s’agit de donner à l’élève victime : la honte et la culpabilité devant changer de camp, il ne faut perdre aucune seconde avant de remettre les choses au point auprès de la victime : tu n’y es pour rien. Renverser la honte ce n’est pas blâmer les auteurs des violences, mais c’est relever la responsabilité de chaque intervenant du système, au sein duquel, comme le disent bien les systémicien·ne·s, chacun.e à une responsabilité dans les interactions initiées.

  • Selon E. Piquet, la prévention du harcèlement scolaire est dangereuse et vouée à l’échec

Vous lisez bien. Selon la méthode Piquet qui s'inspire de Palo alto, outiller un élève qui n’est pas directement en situation de souffrance, n’est pas pertinent, car il ne percevra pas l’intérêt de changer. Autrement dit, il faut souffrir pour changer, il faut être victime de harcèlement scolaire pour ne plus l’être, ou plus simplement : il faut souffrir pour ne plus souffrir… En effet, Emmanuelle Piquet explique mot pour mot que la prévention est dangereuse et vouée à l’échec : « traiter un problème avant qu’il n’apparaisse -c’est-à-dire la prévention des risques psycho-sociaux- me paraît voué à l’échec. Voire dangereux dans ce sens que cela peut générer dans la perception des gens, des problèmes, là où il n’y en avait pas avant. ». Cette position qu’elle sait extrême, la psychopraticienne n’ose pas la tenir devant les médias ou dans ses livres : elle concède, par exemple, dans son livre "Le harcèlement scolaire en 100 questions", qu’en amont de l’installation du harcèlement scolaire, la prévention peut être utile.

  • Apprentissage aux victimes de répliques homophobes comme techniques pour reprendre le dessus

Le contenu des interventions laisse lui aussi plus qu’à désirer : E. Piquet conseille par exemple, dans son livre « Te laisse pas faire !» (comme si, d’ailleurs, les victimes de harcèlement scolaire « se laissaient faire! »...) d'utiliser des répliques homophobes pour se débarrasser d'un harceleur... Piquet prend l’exemple de Dorian, harcelé par un autre garçon, qui utilise des injures homophobes contre lui. Fidèle à son optique de renverser l’insulte reçue à travers les flèches verbales, E. Piquet lui conseille ceci : « Et si là, alors tu disais : « Je sais pas, comme tu veux me toucher tout le temps, y’en a qui disent que tu es pédé et que tu m’aimes »»(p. 179), prétendant que ça va refroidir son harceleur…

  • Culpabilisation des parents des élèves victimes qui renforceraient le harcèlement scolaire, sans reconnaître leur compétences

Les parents sont souvent extrêmement démuni·e·s devant les situations que vivent leurs enfants. Comme l’explique Angéline, « ils frappent à toutes les portes, notamment ceux de l’école mais les violences continuent et l’enfant peut finir détruit dans son identité et équilibre psychique. Déscolarisation. Dépression. Dans le pire des cas, suicide. Parents et victimes méconnaissent leurs droits et quand ils le veulent porter plainte, souvent ils ne savent pas par où commencer. » E. Piquet a un discours pour le moins tranché sur la question. Elle s’oppose au fait de régler le problème à travers le dépôt de plainte, contrairement à ce que conseille par exemple la substitut du procureur lors du débat sur France 4 mardi dernier. Elle montre par contre du doigt les parents, en disant qu’ils peuvent faire empirer la situation de harcèlement scolaire subie par leur enfant s’ils interviennent, par exemple en allant parler aux parents des élèves harceleurs. Tout ce qu’ils feront risque de se substituer à l’enfant victime, et donc de renforcer sa position de victime et d’abaisser encore son estime de soi.
Or c’est tout le contraire qui se passe, les parents étant souvent les seules personnes à prendre au sérieux l’enfant, et de ce fait, sont obligés de prendre les choses en main pour essayer d’améliorer la situation de leur enfant. Mais E. Piquet continue dans le paradoxe : les parents peinent parfois à repérer les signes de harcèlement chez leurs enfants ? Sur France 4 mardi 6 novembre, elle dit regretter que les parents n’écoutent pas assez leurs enfants et explique qu’ils attribuent les problèmes constatés sur le dos de la crise d’adolescence. Or tout son discours est pourtant basé sur le fait que les parents surinvestissent leurs enfants, ce qui est, selon elle, un facteur aggravant du harcèlement scolaire...

  • Culpabilisation des professionnel·le·s, qui, en intervenant, feraient empirer les choses, sans leur donner des vraies pistes d’intervention

E. Piquet prétend qu’actuellement, dans les établissements (et dans les autres méthodes d’intervention), on s’occupe essentiellement des harceleurs mais pas de la victime - et qu’il faut alors plutôt diriger l’intervention sur la victime. Elle s’avance énormément : elle oublie intentionnellement de mentionner le fait que c’est encore trop souvent l’élève harcelé·e qui est poussé·e à changer de classe ou d’établissement, tandis que les harceleurs s’en sortent sans être le moins du monde inquiétés… Mais Mme Piquet, plutôt que de relever l’absence de formation pour les enseignant·e·s afin d’apprendre à déceler les signes annonciateurs d’un harcèlement scolaire, préfère baser son discours sur l’intelligence des harceleurs à cacher le harcèlement aux yeux des adultes : « Je ne veux pas prendre la défense de l’école, mais les harceleurs sont très doués pour pas qu’on les voit, dans le préau, sur le net, ou en mettant cela sous le signe de la rigolade » (Émission « Suite parentale », France 4).
Or nous savons que de nombreuses enseignant·e·s ne se sentent pas d’intervenir alors qu’une situation de harcèlement scolaire a lieu sous leurs yeux, ou alors le font mal, pour différentes raisons, jamais abordées par E. Piquet, mais qui sont explicitées par Angélique : «Dans d’autres cas, la loi de l’omerta est reine : Face à la difficulté de la tâche et l’augmentation croissante de la violence chez leurs élèves, certains préfèrent culpabiliser la victime plutôt que de s’attaquer à plusieurs d’entre eux…» Sans oublier les raisons académiques : « parfois des professeurs veulent entreprendre des actions mais leurs collègues et supérieurs hiérarchiques leur en empêchent pour diverses raisons : peur des représailles, peur de se mêler à une affaire qui peut mal tourner, danger pour la réputation de l’établissement et de ses équipes éducatives etc.»
L’argumentaire que développe Mme Piquet et les Centres Sésames ou Chagrin Scolaire sur le danger d’intervenir des enseignant·e·s est donc extrêmement dangereux car il n’est jamais accompagné de soutiens concrets pour que les professionnel·le·s aient les clés pour réagir lorsqu’un élève est victime. Pour cela, nous pouvons nous tourner vers la spécialiste des questions de discriminations et de harcèlement scolaire qu’est Caroline Dayer, laquelle propose aux enseignant·e·s 3 petites "phrases réflexes" bien pensées qui feront leur effet sur les harceleurs, tout en montrant du soutien à la victime : «Souvent, quand des enseignants se trouvent confrontés à ces problèmes, comme la très fréquente injure, ils me disent: «Comment faire pour m’en occuper? Je n’ai pas le temps!» Alors que dire simplement: «Stop!» cela ne prend qu’une seconde!» Soupir de soulagement dans l’assistance. La recette est simple, ferme, et réaffirme que l’enseignant n’abdique pas: «Avec ce seul mot, vous délivrez trois messages: à l’auteur que ce n’est pas admissible, à la cible que ce qu’elle subit n’est pas juste et aux témoins que si cela leur arrive, on s’en occupera.» Et de compléter le conseil: «La deuxième seconde, vous pouvez ajouter: «Comme vous le savez bien.» Ce faisant, vous faites référence à des valeurs éducatives, quelque chose qui a été abordé en amont, par exemple au moment d’instaurer les règles de la classe. Du coup, ce n’est plus vous qui parlez, mais l’institution.» Resoupir et resoulagement dans l’audience avant la troisième salve: «Vous pouvez encore ajouter en troisième seconde: «On en reparlera.» On exprime ainsi à la cible que l’on va s’occuper de ça, que sa souffrance va être prise en considération, qu’elle n’est pas seule et impuissante face à ce qu’elle subit.»

Conclusion :

En résumé, la méthode utilisée par E. Piquet et ses centres peut être efficace et utile en amont de l’installation du harcèlement scolaire. Mais pour toutes les situations de harcèlement avéré, force est de constater qu’elle n’est pas la panacée, et que persister dans cette idée selon laquelle seule la victime doit changer, est une posture extrêmement dangereuse pour toutes victimes de harcèlement scolaire et les intervenant·e·s qui cherchent à faire obstacle au harcèlement subi. S’il faut tout un village pour éduquer un·e enfant, il faut toute une institution et ce qui gravite autour pour vaincre le harcèlement scolaire. Nous vous remercions donc de faire suivre cette pétition autour de vous afin d’alerter les responsables politiques, parents, victimes et autres personnes intéressées par le sujet, sur le fait que Mme Piquet se trompe, et que c'est bien au système tout entier de changer, et non à la seule victime de harcèlement scolaire.

Premiers signataires :

Julien Cart
Caro Cassegrain Louineau
Amandine Provini
Maëva et Jahnysta MAËS
Berengere Berte

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