Petition updateTouche pas à mon crédit loisirsNous partageons le témoignage de R.D, Artiste et bénéficiaire de crédits loisirs :
Sébastien WAMBREFrance
Jan 21, 2019

 

" Il suffit de visiter une exposition d’art ou d’aller au théâtre pour constater que la culture reste un lieu où les inégalités sociales sont fortes. Certes, les pratiques culturelles se sont diffusées au cours des trente dernières années, grâce à l’élévation du niveau de diplôme et à celui des niveaux de vie conjugués à la croissance de l’offre culturelle. Malgré tout, les écarts demeurent . La culture est destiner à éduquer, rapprocher, se forger un goût , une esthétique, aiguiser son regard, se divertir et penser en lien avec l'autre. Le fait d'être aux minimas sociaux exclus. Il y a de plus en plus de mépris pour ces personnes. Cela peut engendrer une frustration, un repli, une claustration. Faisant des ateliers arts plastiques avec les malades mentaux pour un hôpital publique,en interne et avec les patients stabilisés, je constate qu'une majorité est très solitaire et précaire. Ces personnes éprouvent de grandes difficulté à affronter le monde. Beaucoup angoissent à l'idée de sortir, de prendre les transports en commun. Le regard que l'on porte sur eux pèse et les isole encore plus car dans l'actualité, on ne les mentionne quasiment qu'en cas d'agression. Cela demande patience et force de conviction pour les amener à sortir. Les chéquiers crédit loisirs servent à les installer dans des habitudes de socialisation. Ils aident à diminuer la téléphagie , allègent la solitude, les angoisses. Le fait d'aller à un concert, au cinéma, au théâtre ect leur permet non seulement de côtoyer d'autres personnes mais aussi de les rassurer sur le fait qu'il ne porte pas leur maladie sur leur figure. Cela permet à ceux appartenant à un milieu défavorisé de s'ouvrir à des milieux qu'ils n'auraient absolument pas côtoyer comme l'opéra ou l'orchestre national de Lille. C'est en leur proposant la lecture de poèmes, en leur faisant écouter des musiques du monde, musique contemporaine, électroacoustique, musique classique, en leur montrant des livres sur l'art contemporain que je les immisce dans un autre monde qu'ils pensent élitiste et qui le demeure. Il faut leur faire accepter le fait que toutes ces œuvres peuvent leur parler, les éclairer, leurs sont aussi adressées . Passer le cap du rejet de cette culture est long mais ils sont en train de l' intégrer à leur environnement. Les crédits loisirs les émancipent, ils sont heureux de parler de leurs expériences, heureux d'avoir de nouveaux sujets de conversation qui les rapprochent de personnes qu' ils n'auraient jamais côtoyées. Cela leur donne d'avantage confiance en eux. et constatant que nombre d'artistes les dépassent allègrement au niveau des loufoqueries, ça les rassure . Cela leur permet aussi en nourrissant leur monde intérieur d'être moins hantés par leurs démons. D'autres sphères les habitent.
Je suis moi même artiste et comme vous le savez nous sommes très peu à pouvoir en vivre. Les artistes que je côtoie sont nombreux à utiliser les chéquiers crédit. Ils sont indispensable pour nourrir nos créations. Un artiste se doit d'être aux aguets , d'être attentif à tout ce qui l'environne, aux nouvelles esthétiques et aux nouvelles pensées qu'elles engendrent; d'autant que dans l'art contemporain, tous les champs, les médiums, les techniques s' amalgament.. Les frontières entre les disciplines sont rompues. Ils ont une nécessité absolue d'aller se frotter à d'autres formes d'arts. Pour ma part, je suis peintre et la danse contemporaine nourrie beaucoup mon travail. Nous exposons dans énormément d'endroits (même des structures reconnues) sans être rémunérée. Enfin, si cette pratique là changeait peut être pourrait on vivre plus décemment. En attendant ces chéquier pallient à cet état de fait.
Si vous entendez ce qui exposé en amont, il s'agit bien de lutter contre l'exclusion. Ici je n'expose que les cas que je connais mais il est crucial de faire que la culture pour tous ne demeure pas un mirage, de faire en sorte que les liens inter-sociaux ne restent pas fossilisés. Pour une société saine, équilibrée, plus apaisée les ouvriers, les cadres , les artistes, les malades mentaux doivent faire plus que de se croiser. Tous ces clivages sont anormaux et nourrissent le ressentiment et l'aversion des uns envers les autres. Ces chéquiers servent à limer les frontières économiques afin de faire sauter les barrières culturelles. Les crédits loisirs ont déjà fait en sorte que cette union, cette réunion ne demeure pas un vœu pieux comme c'est le cas dans presque l'ensemble du territoire français. Vous avez l'occasion de perpétrer ce désir de Malraux, de Jean Vilar d'un accès à la culture pour tous. A l'heure où les oubliés de la société se mobilisent, il serait malvenu de ne pas entendre ces voix d' exclus. Il est indispensable de continuer à dynamiter les frontières culturelles inscrites dans les faits mais aussi les esprits."
 

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