Réponse à la députée de la 1ère circonscription du Jura Mme Brulebois


Mme Brulebois, vous nous avez fourni une réponse concernant notre pétition : « Stop aux discriminations territoriales : demandons l’anonymat géographique sur Parcoursup ! ». Nous apprécions le fait que vous nous ayez répondu de manière détaillée, ce qui prouve votre engagement vis-à-vis des citoyens de la première circonscription du Jura, quel que soit leur âge.
Toutefois, nous demeurons déçus. Déçus par une réponse qui ne fait qu’effleurer le sujet même de notre demande, à savoir la mise en place d’un anonymat géographique sur Parcoursup afin de pallier les risques de discrimination des lycéens de Province par rapport aux élèves provenant d’établissements dits élitistes et prestigieux.
Oui, il est bien précisé que : « le premier cycle de l’enseignement supérieur est ouvert aux titulaires du baccalauréat sans distinction de leur établissement d’origine ». C’est justement ce que nous revendiquons à travers notre démarche puisque, s’il est vrai que les textes officiels interdisent la discrimination géographique (ce qui est amplement normal dans la mesure où le fait même de discriminer, qu’importent les raisons, est inconstitutionnel), force est de constater que celle-ci existe réellement.
Tout le monde sait qu’un 15 dans un lycée de Province n’équivaut pas à un 15 au Lycée Henri IV, ce qui est d’ailleurs totalement injuste, et pour l’élève de France périphérique et rurale (qui pourrait se voir refuser son dossier, quand bien même celui-ci serait égal voire supérieur à celui de son homologue parisien), et pour les enseignants de cet élève (qui se voient dépréciés par rapport à leurs collègues de la capitale puisque l’on estime officieusement que ceux-ci délivreraient des notes inadéquates aux lycéens de leur classe). En témoigne la précédente sélection sur Parcoursup (année scolaire 2020/2021), dans un contexte particulier lié à l’annulation des épreuves de spécialités et de facto à une hausse du pourcentage du contrôle continu dans les dossiers de sélection. Cette année scolaire avait été marquée par un rythme hybride dans plusieurs établissements, et donc déjà par d’importantes inégalités en ce qui concerne le suivi des cours. Estimant que plusieurs lycées avaient augmenté leurs notes de manière artificielle, plusieurs professeurs de CPGE ont tout bonnement refusé de sélectionner les dossiers provenant de ces établissements « suspects » (cf. Europe 1, https://www.europe1.fr/societe/parcoursup-le-casse-tete-de-levaluation-en-controle-continue-pour-selectionner-les-dossiers-4045508). Ils ont donc fait le choix pervers de la reproduction sociale et territoriale en admettant, à quasi exclusivité, des élèves provenant d’établissement de « bonne réputation ».
Ceci, Mme la députée, est la sombre illustration d’un phénomène répandu dans le pays. Un phénomène qui devrait tous nous alerter quand un rapport de la Cour des comptes évalue à 20% la part d’établissements du supérieur qui utilisent la mention du lycée d’origine pour classer les élèves. (voir à ce sujet l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, https://www.cncdh.fr/sites/default/files/a_-_2021_-_7_-_enseignement_superieur_respectueux_des_droits_fondamentaux_mai_2021.pdf)
A partir de ce sinistre constat, deux solutions s’offrent à nous. Soit de faire le choix de ne rien changer en perpétuant les inégalités et en cristallisant les rancœurs, en d’autres termes prendre le parti de la fragilisation de l’ordre social de notre pays, déjà meurtri par des décennies d’immobilisme et de désertification des services publics. Soit d’arrêter les belles paroles et les fables de l’ascension sociale républicaine en réinstaurant pour de bon le principe méritocratique qui nous est cher et pas seulement pour nous. Ce principe est précieux (en tout cas il devrait l’être) pour tous les pays qui se sont reconnus dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui stipule à l’article 26 : « l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite ».
Le changement est possible, et plus que cela, il est facile ! Il nous faut instaurer l’anonymat géographique sur la plateforme Parcoursup. Nous nous devons de le faire pour apaiser les angoisses de ces lycéennes et lycéens, de Métropole ou de l’Outre-mer, qui ont déjà largement souffert des conséquences psychologiques et scolaires d’une pandémie qui n’est pas encore derrière nous. Nous nous devons de le faire pour lutter contre la spirale infernale de l’autocensure qui pousse chaque année des élèves issus de milieux de vie modestes ou ruraux à renoncer à des choix d’avenir, par peur ou par dépit de se voir de toute façon refuser leur place au profit des lycéens d’Henri IV, du Parc, de Louis-le-Grand, de Stanislas etc. Nous nous devons de le faire pour rebâtir cet idéal d’égalité qui figure sur le fronton de nos établissements scolaires.
Mme la députée, vous nous avez déjà montré au cours de ces 5 ans, tout comme vos collègues de la majorité, votre attachement à réduire les inégalités sociales et géographiques. Vous avez déjà amorcé la réparation de l’ascenseur républicain par la suppression de l’ENA (remplacé par l’Institut du service public), par la réforme des ENV (écoles nationales de vétérinaire, désormais plus accessibles aux boursiers et aux étudiants issus des lycées agricoles) ou encore de la PACES (remplacée par le Parcours d’Accès Spécifique Santé). Il convient de poursuivre sur cette dynamique par la mise en place de l’anonymat géographique sur Parcoursup, idée qui avait d’ailleurs déjà été envisagée par Mme la Ministre Frédérique Vidal, en charge de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.
Pour toutes ces raisons, nous, pétitionnaires, vous informons que nous avons décidé de poursuivre notre démarche citoyenne sur la plateforme Change.org.
Sincèrement vôtre,
Nils Dollfus-Donati, Vice-président du Conseil de la Vie lycéenne au Lycée Jean Michel à Lons-le-Saunier, Jura.