Message aux signatairesStop au bricolage législatif sur la mémoire de l'esclavage : retrait de l’article 20A
Notre mobilisation contre la manipulation des mémoires de l'esclavage

INSTITUT DU TOUT-MONDE
13 janv. 2017
À l’attention des signataires de la pétition
« Stop au bricolage législatif sur la mémoire de l’esclavage »
Mesdames et Messieurs, vous avez apporté votre soutien à la pétition lancée par l'Institut du Tout-Monde le 9 octobre 2016, pour demander le retrait des dispositions prévues à l'article 20 du projet de loi sur l'Égalité réelle outre mer, qui portent gravement atteinte à l'équilibre législatif trouvé en 2006 et dans l'inspiration de la loi Taubira de 2001, autour de la mémoire de l'esclavage.
Aujourd’hui, nous tenons à vous informer que le mercredi 11 janvier, la commission des lois du Sénat (où sera débattu le projet de loi à partir du mardi 17 janvier) a supprimé ce qui était devenu l’article 20A du projet de loi, qui tenait à introduire une division arbitraire, pernicieuse et racialiste entre le 10 mai, Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions et le 23 mai, dont la date avait déjà été reconnue par décret. Nous sommes sensibles au fait que les sénateurs aient été attentifs au danger d’une grave atteinte à l’équilibre de 2001 et 2006, et à cette manipulation de la loi à des fins partisanes, entérinant une réécriture de l'histoire qui concerne tout le monde, et pas seulement les descendants de cette histoire.
Vous le savez aussi peut-être, devant cette décision prise par la commission des lois, M. Serge Romana, président de l'association CM98 a entamé ce matin, vendredi 13 janvier 2017, une grève de la faim devant le Sénat, exigeant un vote rapide en faveur de cette vaste manipulation, et en en faisant une affaire personnelle. Sénateurs et députés font par ailleurs l’objet actuellement de multiples pressions visant à réintroduire ces dispositions au sein du projet de loi, dans le contexte de débandade d’une législature en fin de course. C’est dire si cette étape décisive de mercredi dernier ne garantit aucunement que dès le débat public du projet de loi qui débute au Sénat mardi 17 janvier, la manipulation législative de la mémoire à laquelle nous sommes confrontés, ne soit entérinée réellement.
Plus que jamais, la mobilisation que nous avons initiée doit exprimer la vigueur d’un refus clairement argumenté, contre un basculement fatal dans la victimisation et la division raciale au sein même des lois de la République. Nous avons été particulièrement attentifs au soutien que vous avez témoigné, en tant que signataires de la pétition, contre les intimidations de l’opinion publique et du législateur, qu’ont utilisées ceux qui ont promu cette opération inédite de privatisation de la loi républicaine et d’une mémoire commune à tous. Nous avons été attentifs par ailleurs au nombre important d’intellectuels, universitaires et spécialistes de ces questions, qui ont honoré de leurs signatures cet appel que nous lancions avec Sylvie Glissant et Louis Sala-Molins, à l’origine de la pétition. Nous avons accueilli ces soutiens comme autant de signes d’une conscience claire et forte de ce qui est en train de se jouer sous nos yeux et qui, sans notre mobilisation, fera basculer collectivement et « au nom de la loi », tous ceux pour qui compte cette mémoire de l’esclavage, dans un communautarisme effréné et sans retour.
Autant que cela sera possible à chacun de vous, nous vous demandons d’appuyer encore nos efforts actuels pour éviter l’irréparable que constituerait ce basculement sans précédent. Et puisque cette mobilisation est avant tout citoyenne, nous vous invitons dans la mesure de vos moyens, à alerter à votre tour les parlementaires dont vous auriez l’attache, pour les inviter à résister au chantage dont ils vont être l’objet. Nous vous invitons aussi à diffuser encore la pétition autant que faire se peut, afin que notre mobilisation puisse accroître encore son ampleur. Nous avons utilisé des moyens démocratiques, face à des groupements qui utilisent quant à eux l’entre-soi rassurant. Nous n’avons derrière nous ni grand financier, ni démagogue. C'est donc uniquement par la force de nos convictions que nous tentons de stopper la surenchère en cours.
Toujours fidèle à l’engagement qui fut celui d’Édouard Glissant en faveur d’un « rassemblement des mémoires », l’Institut du Tout-Monde entend demeurer vigilant, avec vous et avec votre soutien. Ainsi et seulement ainsi, nous parviendrons à « renverser les gouffres ». Mesdames et Messieurs, chers amis, chacun de nous peut encore agir aujourd’hui même, dans les directions que nous vous suggérons ici, afin que vive loin de tout ostracisme, l’élan commun d’une « mémoire partagée » :
« Des deux côtés des mers et des sables où la Traite a tracé et où les esclavages ont grandi, toute mémoire partagée est la garante que nous efforcerons de renverser les gouffres » (Édouard Glissant, Une nouvelle région du monde, 2006)
Loïc Céry (Institut du Tout-Monde)
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