
Les opposants au projet de méga-mine dénoncent une modification des bases sur lesquelles sont calculés les rejets de cyanure dans le milieu naturel.
Une coquille dans un texte ou une épine dans le pied? Sur le site du ministère de l’écologie, un projet d’arrêté relatif à certaines catégories d’installations classée pour la protection de l’environnement (ICPE) est en consultation jusqu’au 13 juin. Son objectif? «Corriger, dans plusieurs arrêtés, diverses erreurs matérielles (…) de prescriptions générales.» Dans le contexte tendu du débat public en cours en Guyane sur le projet de la plus grande mine d’or jamais envisagée sur le territoire français (projet de la Montagne d’Or), cette consultation inquiète au plus haut point les opposants. En cause, le type de cyanure à partir duquel sont calculées les valeurs limites d’émission. Avant un arrêté d’août 2017 (celui qui fait l’objet des «corrections»), celles-ci étaient calculées en fonction des cyanures totaux. Depuis le 1er janvier 2018, elles le sont à partir des cyanures libres. Explications.
CYANURES LIBRES TOXIQUES
Il existe au moins deux façons de considérer les cyanures: soit en tant que cyanures libres, soit comme cyanures totaux. Les premiers, qui se décomposent rapidement dans le milieu, peuvent être toxiques par voie orale ou par inhalation. Les seconds sont composés non seulement de cyanures libres, mais aussi de cyanures complexes, dont les ions ont une affinité pour se lier avec différents métaux. «Leur toxicité est masquée», détaille le chimiste André Picot, qui confirme que les cyanures libres sont, eux, «extrêmement réactifs et toxiques.» Or l’arrêté aujourd’hui en vigueur, tout en gardant la même valeur limite d’émission de 0,1 milligramme par litre (mg/l), prévoit de réguler les seuls rejets de cyanures libres, qui ne sont qu'une petite partie des cyanures totaux. Avec quelles conséquences? «L'arrêté a introduit un ‘droit’ à rejeter davantage de cyanures totaux dans l'environnement. On peut l’estimer à 5 fois la quantité potentiellement rejetée, assure le collectif guyanais Or de question.
EFFETS SUR LE LONG TERME