Petition updateSoutenons le paysan Benoît Biteau ! Et demandons le règlement des primes aux agriculteurs bio !HIER – c’était le 26 octobre 2018 – J’AI FAILLI ME FOUTRE EN L’AIR
Gerard DUPINParis, France
Nov 6, 2018

Paysan ? Un beau métier ? Oui bien sûr, la Vie, la vraie Vie au grand air, par tous les temps, bons et mauvais, auprès de nos animaux. Une vraie passion sinon tu ne tiens pas le choc. Les heures de travail qui s’allongent à l’infini, les joies, les peines, les tristesses qui se côtoient chaque jour qui passe. Et puis ce harcèlement de l’administration, des administrations, ces règles, ces normes, ces contrôles, ces sanctions qui nous empoisonnent peu à peu la vie, la peur qui s’engouffre dans nos ventres, impossible de tout faire bien, impossible de faire face, d’assurer le quotidien, de passer ses journées à remplir des papiers, des fichiers, impossible d’abandonner nos animaux face à ce déferlement qui ne s’arrête jamais et qui ne fait qu’enfler. La colère, la grosse colère qui t’envahit quand tu penses à tous ces organismes dits « agricoles » toutes ces personnes dont le rôle n’est plus de nous aider mais de justifier leur salaire et leur position pour soi disant nous aider. Nous les petits Paysans, nous leur sommes jetés en pâture. Et puis la MSA, notre plus grand créancier, la MSA qui te prend ce que tu n’as même plus, de l’argent, toujours plus d’argent, toujours plus de lettres recommandées, d’huissiers, de mises en demeure de contraintes, de convocations au tribunal pour te dépouiller de ton métier, de ton troupeau, de ta Vie … au nom de la solidarité. Pas moins de 11 convocations au tribunal pour moi depuis 2015. Le Paysan est devenu un criminel et pourtant il te nourrit chaque jour, trois fois par jour.

Un matin c’est plus dur qu’un autre matin. La mauvaise saison arrive, te surprend, la boue encore te décourage, tu regardes ton troupeau et plus aucun sourire ne vient sur ton visage, seules coulent des larmes car tu sais que tu vas les abandonner, elles que tu as tant aimées, que tu as assistées, mises au monde, soignées, veillées. La tristesse ravage ton cœur. Toi le berger tu vas faillir à ton métier, à ta passion qui te poursuit depuis tout petit. A ta passion qui est ta Vie mais ta Vie d’autres veulent te la voler et ça tu ne peux le supporter. Tu fais le travail le cœur serré, tu donnes le foin, tu penses à elles que tu vas abandonner parce que tu veux que tout cela s’arrête, cette angoisse qui te dévore de l’intérieur, cette peur qui te bouffe. Pour te donner du courage tu penses à elles, à eux qui sont déjà partis, mes bêtes qui sont dans les prés du ciel, heureuses et apaisées, sans plus de souffrances et tu te dis que tu vas y aller, qu’elles seront là à t’attendre comme toi tu les attends depuis toujours. Alors je les ai appelé, mes chiens, mes Amours de ma Vie qui sont partis avec chacun un gros bout de moi, ce matin là je les appelés de toutes mes forces car de forces je n’en avais plus. Je leur ai dit de venir me chercher, que je n’en pouvais plus, ESTAT, BOUGNETTE, mes gros chiens blancs, mes amis, mes compagnons de route. Je me suis senti lâche de vouloir en finir mais c’était trop dur de vivre chaque jour dans cette angoisse de tout perdre. Je ne voulais pas mourir, je voulais juste que tout s’arrête.

Mais la Vie en a décidé autrement, des Amies étaient là, juste là. Dans mon silence elles m’ont tenu, porté à bout de bras, pour faire un pas, après un pas. BOUGNETTE et ESTAT se sont éloignés, j’ai pleuré et encore pleuré de ne pouvoir pas les toucher. Des presque inconnus m’ont aidé, des connus se sont détournés. Mes cris d’injustice devaient les déranger. Le Paysan doit mourir en silence, comme ça c’est parfait. Ils étaient là, ils ont été là et ils m’ont retenu. Ils s’appellent Valérie, Claire-Lise, Marie et Sébastien. Le compte est vite fait. Ils m’ont rattrapé avant que le vide ne m’attrape. Je ne sais pas si je dois les remercier, je ne sais pas encore, mais ce qui est sûr c’est qu’ils m’ont aidé à profiter encore de mes brebis, de leurs nouveaux nés, de mes chiens, de mes chiots et pour tout ça, pour le temps que cela durera, un autre jour, une autre semaine, je n’aurais jamais assez de mots pour les remercier.

Comment peut-on nous faire subir tout cela, à nous qui sommes des faiseurs de Vie ? Comment pouvons-nous être à ce point abandonnés à des humains sans âmes et sans pitié ? Ma vie est un enfer. Entre mes mains, entre nos mains la Vie jaillit. Nous les petits, sommes l’Avenir de vos enfants et de vos petits enfants. Nous mourrons de chagrin et de désespoir devant vos silences complices. Nous mourrons seuls au fond de nos bergeries, de nos étables, de nos prairies. Par chance ou par malchance ce jour là je n’étais pas seul. Alors je vous dis nos maux avec ces mots. Ma Vie tient à un fil et il est si petit, si vous saviez. Je n’ai pas peur de partir, j’ai peur de les laisser, mes bêtes qui sont mon reflet, mes pensées, ma joie, ma sérénité, j’ai peur qu’elles soient maltraitées, perdues sans leur berger, mes chiens surtout, mes chiens beaucoup. Eux que j’ai vu naître de mère en fille et de père en fils, ma passion, mes grands bonheurs, mes compagnons de chaque jour, mon intégrité d’Homme et de Berger, ma fierté.

Je dédis ce texte à ceux et celles qui sont partis, ces porteurs de Vie, assassinés sans aucune pitié en France et partout dans ce monde devenu fou, cupide et sans cervelle anéantissant ceux et celles qui le nourrissent. Je leur souhaite un paradis peuplé de troupeaux, de prairies fleuries et la Paix qu’on leur a volée.

En l’espace de quelques jours, deux fois j’ai fini aux urgences, deux fois j’ai rencontré, à mon plus grand étonnement, des personnes pleines de compassion et de douceur. Il, elles m’ont redonné un second souffle dans cette immense détresse. Un Espoir a jailli de leur humanité. Alors frères et sœurs Paysans et Paysannes, ne laissez pas gagner ces monstres administratifs, demandez de l’aide. Tout comme moi vous êtes l’avenir de l’humanité, ou sa dernière chance. Je ne pouvais plus ouvrir la bouche mais heureusement celles qui étaient autour de moi ont compris mes maux dans ce silence qui m’écrasait. L’espace d’un instant je me suis laissé porter, aider et j’ai pu retrouver la passion enfouie au fin fond de mon cœur de petit garçon, un espoir haut comme trois pommes mais un Espoir de voir naître un autre jour et de retrouver mon troupeau et mes chiens. J’ai un traitement, cela me dérange au plus haut point mais si cela doit m’aider alors je vais faire avec, pour résister à toutes ces injustices. Autant tout essayer avant de se suicider, de désespoir et de chagrin. Soyons là les uns pour les autres même si nos champs et nos montagnes nous séparent, soyons là de paysan à paysan, femmes et hommes de la Terre, car seuls, nous savons tout ce que cela représente. Créons notre solidarité de cœur à cœur, créons des groupes de soutien hors des sentiers battus, hors de tous ces organismes qui n’ont rien à faire de nous, créons nos communautés de Vie et de soutien. Je vous tends la main.
Un jour de ciel gris et froid, il faut pouvoir dire nos souffrances pour continuer à vivre un jour de plus. Et je sais combien cela peut être difficile malgré tout l’Amour que nous avons, tous et toutes, pour notre si beau métier.

MSA je te le dis, tu es une vraie saloperie et j’espère qu’il existe un enfer pour tes serviteurs et tes amis qui nous ont trahis.

Mathieu Mauriès
https://www.facebook.com/mathieu.mauries.5/posts/10212975221677306

Commentaire de Benoit Biteau :

[L’Etat achève aussi nos paysans]
C’est les larmes aux yeux que je partage la détresse, le désespoir et la sensation d’impuissance de mon frère paysan Mathieu.
Un autre frangin paysan, intoxiqué par les pesticides, Gérard (https://www.facebook.com/gerard.boinon?__tn__=%2CdK-R-R&eid=ARDkBsV33dX1IgUbLIGc-YZft3GMl-O-Xf-mOPtVz3_CCqls-pk6dB7QUYnLlQ0mGPdYm8FqPKa4xHkv&fref=mentions) nous annonce le suicide de son cousin. Et la liste est déjà trop longue et surtout, n’en finit pas de s’allonger.
En silence j’avoue ressentir les mêmes sensations que Mathieu, et les mêmes ressorts qui empêchent l’irréparable :
Cet engagement, cette loyauté vissés au corps à l’égard des animaux qu’on ne sait pas lâchement abandonner, tant ils donnent, eux, le meilleur d’eux-mêmes au quotidien.
Comme il le dit, ce n’est pas la peur qui nous retient, c’est le devoir, la loyauté qui nous empêche la lâcheté.
Mais le fil qui nous tient en vie est de plus en plus fin et fragile, sous la pression, le harcèlement déshumanisés de l’Etat criminel et de ses serviteurs assassins (MSA, ASP, etc.) qui sans cesse, telles des sangsues nous vident de nos forces et de nos moyens, déjà terriblement affaiblis, voire anéantis par des retards de paiements des aides tout aussi assassins et criminels.
Sans les manifestations de soutien des citoyens, des amis, tels des moments comme la Transhumance en ce qui me concerne, l’issue pourrait être fatale, tant cette pression devient humainement insupportable, irrespirable, intenable.....
Alors merci à vous, infiniment merci, à ceux à qui s’adresse ce message et qui se reconnaîtront.

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