Ce que nous savons de la grève générale qui débute lundi 22 novembre 2021 en Martinique
Malgré une tentative de médiation avec le gouvernement au début du mois de novembre 2021, 17 syndicats appellent à la grève générale en Martinique, lundi 22 novembre 2021. Ils refusent notamment l'obligation vaccinale des soignants.
La tension monte dans les Caraïbes. Après la Guadeloupe, où des renforts ont débarqué de la métropole, dimanche 21 novembre 2021, afin de démanteler les barrages bloquants et de mettre fin aux émeutes, une grève illimitée débute en Martinique, lundi 22 novembre 2021. En tête des revendications, il y a la fin du passeport sanitaire et de l'obligation vaccinale pour les membres du personnel de santé, dans un département où 39% de la population a un schéma vaccinal complet, selon les derniers chiffres de l'Agence Régionale de Santé (ARS), publiés mardi 16 novembre 2021. Malgré une première médiation avec le gouvernement au début du mois de novembre 2021, les syndicats ont déposé un préavis de grève lundi 15 novembre 2021 pour lundi 22 novembre 2021. France Info fait le point sur la situation.
L'intersyndicale, signataire du préavis de grève déposé lundi 15 novembre 2021, est composée de 20 organisations tous secteurs confondus tels que la santé, l'éducation, les transporteurs, les marins-pêcheurs ou encore les arts.
Une des premières revendications de l'intersyndicale est la suppression de l'obligation vaccinale pour les personnes travaillant dans les établissements médico-sociaux, les hôpitaux et les Etablissements d'Hébergement des Personnes Agées Dépendantes (EHPAD), une obligation qui devait être appliquée à partir du dimanche 14 novembre 2021. Elle demande également à ce que les soignants non vaccinés ne soient pas sanctionnés, refusant les mesures prises par le gouvernement de suspension du contrat de travail du soignant et de suspension du versement de son salaire, sur tout le territoire national. L'intersyndicale souhaite également la suppression du passeport sanitaire en Martinique, comme le rappelle le quotidien France-Antilles.
Dans les revendications figurent aussi le renforcement du recrutement et du matériel dans les établissements de santé et l’alignement du statut des membres du personnel de santé de l'Education nationale sur leurs collègues de l'Education nationale. Il est également exigé l'arrêt de la transformation des établissements scolaires en vaccinodromes et la fin de la propagande pour la vaccination dans les établissements scolaires.
Dans la liste des 13 revendications portées par les syndicats, figure également une demande au gouvernement de trouver des solutions face à l'augmentation des prix du carburant et du gaz. Ils réclament aussi une hausse des salaires, une hausse des minima sociaux et l'arrêt du développement des emplois précaires. Le syndicat Convergence Infirmière précise aussi, dans un communiqué daté du vendredi 12 novembre 2021, que les honoraires des infirmières et des infirmiers libéraux sont bloqués depuis 12 ans et que leurs charges ne cessent de croître. Les syndicats souhaitent également l'ouverture d'une discussion pour les chauffeurs de taxi et les artistes touchés par la crise économique.
Lors du vote du budget 2022 des Départements d’Outre-Mer, le ministre, Sébastien Lecornu, a clairement reconnu que le dynamisme économique des Antilles est gêné par certains monopoles et certaines pratiques commerciales dépassées, ce qui contribue à la cherté de la vie.
Les desiderata portent également sur la prise en charge totale des tests de chlordéconémie, qui mesurent la concentration de chlordécone dans le sang. Le chlordécone est un pesticide qui a été largement utilisé dans les bananeraies entre 1972 et 1993. Il est suspecté d'être responsable de nombreuses maladies comme le cancer de la prostate. Un test coûte 140 euros, selon Dominique Théophile, sénateur de la République En Marche (REM) de Guadeloupe.
Au mois de décembre 2020, l'ARS a mis en place un dépistage gratuit du taux de chlordécone dans le sang. Au mois de mars 2021, l’ARS précisait que ces tests seraient, dans un premier temps, destinés aux familles ayant participé au programme des jardins familiaux, aux couples désirant avoir un enfant, aux femmes enceintes et à leurs futurs enfants. Dans la dernière phase, les dépistages doivent être ouverts à toutes les familles martiniquaises. L'intersyndicale a donné rendez-vous aux manifestants devant la maison des syndicats, à Fort-de-France, lundi 22 novembre 2021 à 8 heures du matin. Mais elle reste très floue sur les actions qui pourraient être menées. « Il n'y a pas d’opération de ralentissement prévu », affirme Bertrand Cambusy, le secrétaire général de la Centrale Syndicale des Travailleurs Martiniquais (CSTM) et membre de l'intersyndicale, interrogé par la Première Martinique, « il y aura des actions fortes, mais qui ne devront pas trop pénaliser la population ».
Sur les réseaux sociaux, plusieurs messages évoquent des blocages sur les routes, comme en Guadeloupe. C'est pourquoi une partie de la population s'est ruée vendredi 19 novembre 2021 dans les hypermarchés et les stations-service, afin de s'approvisionner. Samedi 20 novembre 2021, les automobilistes faisaient la queue aux abords des pompes à essence, mais la situation s'est fluidifiée au fil du week-end. Des perturbations sont également à prévoir dans les écoles, les crèches et les services municipaux, alertent les maires du Lorrain, de Ducos, du Lamentin et de Fort-de-France, la plus grande ville de Martinique.
D'autres corporations ont d'ores et déjà annoncé qu'elles suivraient également le mouvement, comme à la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles (SARA), ou au centre pénitentiaire de Ducos, où quelques agents pourraient entrer en grève.
Ce regroupement de syndicats a rencontré le gouvernement par l'entremise de la médiatrice nationale Danièle Toupillier, le 3 novembre 2021, sans avoir pu trouver un accord. Cependant, le ministre de la Santé, Olivier Véran, et le ministre des Départements d’Outre-Mer, Sébastien Lecornu, ont retenu deux dispositions afin de tenir compte de la situation sanitaire de la Martinique, « la gratuité générale des tests sera maintenue jusqu'au 31 décembre 2021 et l'obligation vaccinale, schéma vaccinal complet, sera exigée pour les personnels de soins à la même échéance du 31 décembre 2021 », précise le gouvernement dans un communiqué. Cette date correspond à la fin de l'état d'urgence sanitaire en Martinique. Pour l'instant, aucune réunion avec le gouvernement n'est prévue pour la Martinique, contrairement à la Guadeloupe, pour laquelle des négociations doivent s'ouvrir lundi 22 novembre 2021 entre le 1er ministre, Jean Castex, accompagné du ministre des Départements d’Outre-Mer, Sébastien Lecornu, et du ministre de la Santé, Olivier Véran, avec des élus de l'île afin de leur permettre d'exposer leur analyse de la situation sur place.