Petition updateSOS Démocratie en périlAmende requise au procès d'Éric Zemmour
Collectif INTER-ORGANISATIONNELFrance
Nov 19, 2021

Industrialisation du dérapage, amende requise au procès d'Éric Zemmour (Marianne)
Une forte amende a été requise contre Éric Zemmour à son procès pour complicité de provocation à la haine raciale après sa diatribe sur les mineurs isolés sur CNEWS.

Jusque dans les murs du Tribunal de Paris, on regarde Eric Zemmour à la télévision. Mais sans doute mercredi 17 novembre 2021 était-ce la première fois que le visage d’Éric Zemmour surgissait en grand derrière la présidente du tribunal, sur vidéo-projecteur. Une séquence de 15 minutes de Face à l'Information, son émission sur CNEWS, datant du mois de septembre 2020, y était diffusée, et avec elle la fameuse diatribe sur les mineurs isolés qui a conduit le polémiste d’extrême droite devant les juges, « ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent ». Christine Kelly, la présentatrice, diablement gênée, tentait de le tempérer plusieurs fois.

 L’écran de projection se replie. La salle d’audience est bondée d’avocats et de journalistes. Le polémiste et candidat putatif au premier tour des élections présidentielles, jugé pour complicité de provocation à la haine raciale et complicité d’injure raciale, ne s’est pourtant pas montré devant les juges. Officiellement parce qu’il ne souhaitait pas transformer ce procès en forum politique. Ou pour ne pas se faire une mauvaise publicité en ces temps de campagne électorale ? Le journaliste du Figaro a dénoncé une tentative d’intimidation dans un communiqué publié mercredi 17 novembre 2021.

Absent donc, mais attendu par plus de trente parties civiles, parmi lesquelles des associations antiracistes, comme la Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme (LICRA), SOS Racisme et la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), mais aussi, chose rare, une quinzaine de Conseils départementaux, du Gers à la Meurthe-et-Moselle, qui ont pour mission de gérer ces mineurs isolés et qui s’estiment lésés par ses propos.

Il a fallu attendre toute une journée et voir se succéder une série de joutes, de moments théâtraux et d’excès en tous genres, avant que le tribunal n’aborde, dans la soirée, ce qui compte, Eric Zemmour a-t-il provoqué à la haine raciale, a-t-il injurié racialement et quand est-il de Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulin, patron de la rédaction de CNEWS, son co-prévenu ?

Jusque tard dans la soirée, deux lignes se sont affrontées devant la 17e chambre correctionnelle, parfois avec rudesse. Olivier Pardo, avocat d’Éric Zemmour, a soulevé une difficulté qui saute aux yeux, « les mineurs isolés, ce ne sont pas une race, pas une nation, pas une ethnie, pas une religion », ce que demande textuellement la loi de 1881 sur les délits de presse. Cela n’aurait donc rien à voir avec du racisme. Les parties civiles ont fustigé la méthode d'Eric Zemmour à base d’insinuation et de désignation de boucs émissaires, afin que ceux-ci encourent ensuite un sentiment de rejet, comme l’a dit Jean-Louis Lagarde, avocat du Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples (MRAP), « il sait s’adresser au subliminal et au ressenti. Dans ses propos, il vise des étrangers ». Il évoque le Maroc, le Pakistan, la Tchétchénie comme pays d’origines de ces mineurs.

Dès la matinée, Olivier Baratelli, avocat du patron de la rédaction de CNEWS, insiste beaucoup sur le fait qu’il trouvait irrecevable que tant de conseils départementaux se constituent partie civile, c’est-à-dire soient juridiquement aptes à demander des dommages et intérêts. S’indignant, dans une tirade grandiloquente, du fait que toutes n’ont pas eu l’élégance de lui communiquer leurs conclusions, « est-ce comme ça qu’on traite un homme qui porte la robe ». C’en est trop aussi pour son confrère Olivier Pardo, qui demande un renvoi, « que ce procès iconique soit repoussé à plus tard et qu'on résiste au temps médiatique. Ce serait la gloire de la justice ».

Sur les bancs en face, ceux des parties civiles, Patrick Klugman raille cette tactique de la défense, qui serait bien embêtée qu'Eric Zemmour écope d’une condamnation en pleine campagne présidentielle. « Manifestement l’un des prévenus ne souhaite pas être jugé », dit l’avocat de SOS Racisme.

L'avocat du polémiste objecte que son client n’est pas encore candidat. Il prête des arrière-pensées politiques à la procureure de la république, aux associations et aux départements présents dans ce prétoire, « on veut poursuivre Eric Zemmour pour donner un coup d’arrêt aux ambitions qu’on lui prête, sans doute pour lui faire mal ».

Olivier Baratelli prend la défense de Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulins, patron de CNEWS, dont le patronyme à particule, la qualité d’énarque et les vacances dans le bassin d’Arcachon suscitent de multiples railleries après que son avocat n’a eu de cesse de les mentionner. « L’honnête homme ne comprend pas l’infraction qu’on lui reproche. Il n’est même pas dans les locaux de la chaîne CNEWS lorsqu'Eric Zemmour intervient en plateau ». Mais si Jean Christophe Thiery de Bercegol du Moulins était en congés, il était bien responsable juridique de la chaîne et donc, selon le droit de la presse, automatiquement incriminé.

Face aux multiples piques à leur égard, de nombreux avocats des parties civiles, venus de toute la France, s’offusquent du mépris, de l’arrogance et du foutage de gueule de ce club des marquis. « Venons-en enfin, au fond de cette affaire », implore Sabrina Goldman, avocate de la LICRA. « Qu’est-ce qu’ils veulent faire, tous, de l’autre côté de la barre, une seule chose, se payer Éric Zemmour », répond Olivier Pardo.

Habitué lui aussi des polémiques, Arié Alimi, avocat de la LDH, se faufile à son tour dans la brèche politique ouverte par la défense. Il assure qu'Éric Zemmour et Jean-Christophe Thiery du matin au soir sur CNEWS, cet organe de propagande d’extrême droite raciste, reçoivent des personnes pour qui l'Etat de droit c’est terminé et pour qui la procédure bénéficie aux délinquants. CNEWS en prend aussi pour son grade par la voix de Patrick Klugman, qui rappelle l’inaction du comité d’éthique de la chaîne, quand bien même les propos problématiques ont été diffusés en léger différé et étaient donc effaçables, « vous avez devant vous une économie de la haine et une industrialisation du dérapage, de l’incitation à la haine et de la mise en cause des minorités. C’est un choix éditorial ».

« Les propos d'Eric Zemmour visent à banaliser le racisme dans notre société et à banaliser le passage à l’acte », abonde Dominique Sopo, président de SOS Racisme, qui s'en prend aux précautions oratoires de l'écrivain dans une allusion au génocide du Rwanda, « même les Tutsis disaient, non, pas tous les Hutus ». La LICRA demande en réparation 10 000 euros, SOS Racisme demande 50 000 euros et la Maison des Potes demande 100 000 euros.

Enfin, l’avocat de l'association de la Voix de l'Enfant attaque le bout de phrase « c’est tout ce qu’ils sont », prononcé par l’auteur du Premier Sexe vis-à-vis des mineurs étrangers, dans son éditorial, « cette phrase est tellement réductrice. Il n'y a rien sur la précarité de ces enfants, rien sur leur errance ».

« Ce type de propos entraîne de manière très concrète, pour les agents du département en charge de ces mineurs isolés, des difficultés et des rejets supplémentaires », ajoute l’avocat du département de la Gironde.

Dans ses réquisitions, la procureure de la République dénonce une expression brute de la haine, « sous couvert de parler des mineurs isolés, Éric Zemmour vise en réalité la population immigrée, une communauté qui n’est pas née en France. En les qualifiant d’assassins et des violeurs, il génère de fortes réprobations sociales et il justifie leur rejet. Il désigne la population immigrée comme ennemie de la nation ». Elle requiert 100 jours d'amende à 100 euros contre le polémiste et 5000 euros d’amende contre le directeur de la chaîne CNEWS, en plus de la publication de la décision de justice sur la chaîne.

S’émouvant de ces réquisitions et de ces plaidoiries ridicules, Olivier Pardo revient dans le détail sur les propos tenus par son client à l’antenne, « Éric Zemmour dit qu’il ne faut pas qu’un étranger rentre en France. C’est sa thèse. C’est une émission de tac au tac et de rapidité. Tout de suite, dans l’émission même, il rectifie ce carambolage entre ce qu’il voulait dire sur l’immigration et ce qu’il dit sur les mineurs isolés ».

Il rappelle des mots prononcés ensuite par son client, « Christine, tous les mineurs isolés ne sont pas violeurs ». Il dénonce ensuite la morale ambiante, « sous couvert de bons sentiments, il y a une présence de mineurs qui ne sont pas mineurs et qui développent une délinquance catastrophique à Paris, avec une violence inouïe ».

Le délibéré est attendu lundi 17 janvier 2022.

 

 

 

 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 

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