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Collectif INTER-ORGANISATIONNELFrance
May 8, 2021

Procès d'Assa Traoré, selon la défense, une audience avant l'heure pour la mort d'Adama Traoré

Suite et fin du procès d'Assa Traoré, qui comparaissait vendredi 7 mai 2021 pour diffamation. En cause, une tribune dans laquelle elle accuse les gendarmes et les magistrats concernés dans la mort de son frère Adama Traoré.

Elle est absente vendredi 7 mai 2021 en début d'après midi. D'après le compte Twitter du comité pour Adama Traoré, Assa Traoré aurait fait un malaise vendredi 7 mai 2021 dans la matinée, deuxième et dernier jour de son procès en diffamation. Selon une amie de la famille, elle aurait mal supporté l'audience du jeudi 6 mai 2021, mais elle va essayer de venir rapidement, affirme Yassine Bouzrou, son avocat.

Un rassemblement était prévu vendredi 7 mai 2021 à 14 heures. Les soutiens d'Assa Traoré arrivent au compte-gouttes, sous un grand soleil qui tranche avec l'averse du jeudi 6 mai 2021. L'ambiance est encore calme, à l'extérieur comme à l'intérieur de la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. D'ailleurs, la salle est moins remplie lorsque Sandra Chirac-Kollarik, avocate de l'un des gendarmes qui accuse Assa Traoré de diffamation pour sa tribune dont le titre est « j'accuse », démarre sa plaidoirie.

« Je laisse les témoins, qui ont inventé une méthodologie policière, à leurs fantasmes » déclare la juriste. Sandra Chirac-Kollarik dénonce la sémantique utilisée contre les gendarmes. « Dans sa tribune, le mot choisi est "tué", Assa Traoré y voit une intention d'homicide volontaire ». Pour autant, elle rapporte les propos du propriétaire de l'appartement où Adama Traoré a été interpellé. « L'interpellation a duré moins d'une minute, nous sommes loin des neuf minutes avancées par la défense » affirme-t-elle. Le témoignage constaterait que « le frère d'Assa Traoré était essoufflé, un élément gênant qui ne rentre pas dans le postulat avancé ».

L’avocate reprend le rapport médical de synthèse, « le pronostic vital était déjà engagé et la mort résulte d'une évolution naturelle due à un effort. Ces éléments démontrent qu'Assa Traoré n'a pas pu écrire sa tribune en se basant sur une base factuelle suffisante, élément indispensable pour caractériser la bonne foi dans une affaire de diffamation ».

De même pour la non-assistance à personne en péril dont Assa Traoré accuse les gendarmes, « la majorité des témoignages affirme qu'un pouls était palpable, qu'Adama Traoré a été mis en position latérale de sécurité et qu'il a eu un massage cardiaque », affirme Sandra Chirac Kollarik, pour qui les gendarmes n'ont fait que leur mission.

Thibault de Montbrial, avocat d'une gendarme accusée d'avoir écrit un faux procès-verbal, couvrant ses collègues, dénonce une logique complotiste dans les débats du jeudi 6 mai 2021, « nous l'avons entendu, systématiquement la police ment, cela relève d'un œcuménisme de la part des témoins. Ecrire un faux procès verbal est passible d'un passage en Cour d'assises. D'ailleurs, dans le texte en question, ma cliente relaye ce que d'autres lui ont expliqué, ce n'est pas sa propre version. Un papier qu'Assa Traoré confirme avoir lu, élément qui récuse toute bonne foi. Elle aurait dû dire qu'elle a dénaturé les faits mais non, elle l'accuse d'avoir sciemment menti alors qu'elle sait que c'est faux ».

Du point de vue du procureur, les débats sont surtout à porter sur l'intérêt général. « Si le propos visait à critiquer la justice ou les forces de l'ordre, ce serait le cas mais, en lisant la tribune, nous remarquons que c'est l'intérêt particulier qui émerge. Les accusations renvoient à une critique des personnes citées, en quoi est-ce utile au public ? Les propos outrepassent les limites admissibles de la liberté d'expression. La douleur et l'indignation ne font pas la vérité d'un propos ».

Alors que son tour arrivait, la défense demande une suspension d'audience. Assa Traoré arrive au tribunal, vendredi 7 mai 2021 à 15 heures 55, et, dehors, la situation a changé. Face à un dispositif policier impressionnant, plus d'une centaine de personnes sont rassemblées pour soutenir l'accusée. Beaucoup de jeunes sont présents et les pancartes « police partout, justice nulle part » fleurissent. La situation est calme.

La salle d'audience est remplie lorsqu’Anna Bradellec, seconde avocate d'Assa Traoré, prend la parole. De son point de vue, les critiques concernant l'intérêt général sont injustifiées, « l’affaire a un retentissement national et elle porte sur les violences exercées par les forces de l'ordre. Les faits dénoncés sont criminels et ma cliente se base sur des éléments factuels, sans extrapolation, ils n'outrepassent pas la liberté d'expression ».

En préambule, Yassine Bouzrou déplore l'absence des gendarmes. « Je n'ai jamais pu leur poser une seule question, la justice estime que je n'en ai pas le droit, il est beau le contradictoire ». Le pénaliste affirme que les plaignants auraient bégayé, « objectivement, Adama Traoré meurt entre les mains des gendarmes, ils le tenaient à ce moment, de quoi avaient-ils peur, qu’il fasse appel à un commando ou à un hélicoptère ? Quand une personne est interpellée violemment et qu’elle fait état de détresse respiratoire, nous pouvons affirmer que la mort en est le résultat, ce procès est indigne. Quand nous reprenons les échanges radio des gendarmes, seul élément objectif, nous savons qu'ils l'ont maintenu plusieurs minutes par placage ventral ».

L'accusation de non-assistance fait l'objet de sa seconde partie, « il faut être un imbécile pour penser qu'une personne simulant un malaise se pisse dessus. Les gendarmes auraient pu aller à l'hôpital à quelques mètres, c'est clairement de la non-assistance, tout comme le refus d'enlever les menottes. L'un des pompiers a dû batailler pour qu'ils le fassent, de quoi avaient-ils peur, qu’il ait une kalachnikov dans le slip ».

La plaidoirie de la défense est dure et sans concession. La mère d'Adama Traoré fond en larmes. L'avocat rappelle aussi les conditions de la mort, « Adama Traoré est mis à terre, sur la pierre brûlante, on le laisse au sol comme un chien et personne ne se fait de réflexion ». Concernant l'accusation de faux procès-verbal par la gendarme, « il a permis à l'Agence France Police de criminaliser la victime et de justifier l'interpellation ».

Dans sa dernière déclaration, Assa Traoré reste droite dans ses bottes. « Si je dois prolonger la liste et donner d'autres noms, je le ferai sans hésiter », affirme-t-elle à la barre. Elle réitère ses accusations contre les quatre gendarmes tout en déplorant leur absence, « Assa Traoré est là alors que ce sont eux qui portent plainte, s'ils n'ont pas peur de la vérité et du regard de la famille d’Adama Traoré, où sont-ils ». L'accusée termine en affirmant que « si besoin, j'y laisserais ma vie, pour la vérité et la justice ». Le procès se clôture sous une salve d'applaudissements, au grand dam des juges.

Au-dehors, même après cinq heures, les soutiens sont toujours présents. Sous les hourras des dizaines de personnes présentes, Assa Traoré remercie le magnifique plaidoyer de son avocat. Pour elle, « c'est un procès avant l'heure en attendant celui des gendarmes ». « La prochaine fois que nous serons ici, ce sera pour le procès d’Adama Traoré, les éléments médicaux affirment que sans l'interpellation il serait toujours vivant », assure son conseil. En attendant, le délibéré concernant sa sœur est fixé au 1er juillet 2021.

https://www.marianne.net/societe/police-et-justice/proces-assa-traore-selon-la-defense-une-audience-avant-lheure-pour-la-mort-dadama#xtor=AL-8

 
 


 
 


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