Petition updateSOS Démocratie en périlA Paris, des flocons, des slogans et un grossier coup de communication répressive (Libération)
Collectif INTER-ORGANISATIONNELFrance
Jan 17, 2021

Samedi 16 janvier 2021, de nombreux collectifs et associations appelaient à manifester contre l'extinction de la fête et des cultures nocturnes aux côtés de la mobilisation contre la loi sécurité globale, prétexte pour l'Intérieur et la préfecture, qui voient des raves partout, à un gros coup de communication.

Gérald Darmanin voit des rave-parties partout. Visiblement traumatisé par le réveillon de Lieuron, rappelons qu’un des organisateurs présumés, un homme de vingt deux ans est toujours en détention provisoire, le ministre de l’intérieur s’est ce samedi félicité sur Twitter d’un fait d’arme fantasmé, l’arrêt in extremis d’une rave-partie en plein Paris, à proximité de la marche des libertés, et nous croyons rêver, tant cette communication politique est grossière.

Depuis des mois, de nombreux collectifs du monde de la nuit, l’Union des Collectifs Festifs des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres (UCFLGBT) et le Syndicat des Organisateurs Culturels Libres et Engagés (SOCLE), se mobilisent pour que le ministère de la culture daigne enfin se pencher sur les conséquences de la gestion de la crise sanitaire sur la fête en général et les musiques électroniques en particulier. Un appel à se rassembler en marge de la nouvelle mobilisation contre la loi dite de sécurité globale était lancé pour Samedi 16 Janvier 2021.

Samedi 16 Janvier 2021 à 12 heures dans le froid, tous s’affairaient avec joie à parfaire leurs chars. Les systèmes sons du mouvement free commençaient à gronder dans le camion. Alors que tombent les premiers flocons, les manifestants se prennent à danser, emmitouflés dans leur parka. A côté, le Camion Bazar, la Dynamiterie, Microclimat et d’autres collectifs emblématiques de la fête parisienne accrochent partout sur leur fourgonnette ombrelles japonisantes et boules de toutes les couleurs. L’objectif est de rejoindre les autres manifestants du jour pour militer contre tous les projets de lois liberticides et plus particulièrement pour l’abandon de l’article vingt cinq qui permettra à des agents de police de pénétrer armés dans des bars, des clubs et des salles de concert.

Sur les scènes véhiculées alternent disc jockeys sets et prises de paroles, où seront invités l’avocat Raphaël Kempf pour échanger autour des lois scélérates, ou Frédéric Hocquart, adjoint de la mairie de Paris chargé du tourisme et de la nuit. « Depuis le début, ils nous méprisent, nous les saltimbanques de la bamboche », ironise Benedetta du Camion Bazar, « alors que nous sommes tous des artistes, des musiciens et des plasticiens, et que nous avons dédié notre vie à cela. Nous sommes bien conscients de la crise sanitaire et nous réfléchissons à des protocoles sanitaires et à des possibilités d’open air en jauge limité quand la météo le permettra, mais ils refusent de nous écouter ».

Abritée sous un porche alors que la neige commence déjà à se muer en gadoue glissante, Diane, disc jockey et organisatrice de soirée dresse le même constat désespéré, « déjà nous sommes là pour soutenir les organisateurs présumés de la rave-partie de Lieuron. Dix ans de prison pour avoir fait danser des jeunes dans une soirée, c’est complètement fou,  et aussi pour rappeler que nos communautés sont discriminées. Je suis une femme transexuelle et les LGBT n’ont tout simplement plus d’espace pour se retrouver ».

A peine le temps de se retourner que l’avenue Daumesnil est nassée. Les manifestants et leurs jolies tenues pailletées, déguisements de tigre et couvre-chefs bariolés, sont poussées vers la place Félix-Eboué. La préfecture les autorise à rejoindre la manifestation, mais il n’est pas question d’emmener les systèmes sons. Alors qu’un barrage de policiers pousse tout ce petit monde resté très calme vers la sortie, Frédéric Hocquart collé à un bouclier d’un policier d’une Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS) nous fait part de son indignation, « cela faisait plusieurs semaines qu’ils s’étaient déclarés aux autorités. Mais j’ai eu la préfecture de police au téléphone et ils ne veulent rien entendre. Ils font des amalgames avec les casseurs ou je ne sais quoi et ils refusent qu’ils passent de la musique durant le défilé. Ils cherchent vraiment à les cibler ». Plusieurs camionnettes et sonos louées se sont fait embarquer par les forces de l’ordre, nous informe le SOCLE. Des activistes auraient aussi été emmenés au poste. Selon la préfecture, il y a eu vingt quatre interpellations au total à Paris.

La majorité des autres finissent par se fondre parmi les Gilets Jaunes et les autres militants du défilé. On les voit danser sous des Abribus, partout où il est encore possible de le faire, au son des fanfares militantes, tapant du pied au rythme des caisses claires. « Nous sommes déçus, c’est un énorme coup pour la liberté d’expression. Ils refusent notre manière de manifester, alors qu’il y a toujours eu de la musique dans les manifestations », rappelle Alexandre Carril de l’UCFLGBT, mais ce qui dérange la préfecture de police, c’est un certain type de musique apparemment, comprendre la techno. Peut-être que si nos systèmes sons passaient de la musique classique, il nous aurait autorisés à défiler. Sincèrement, ce qui se passe est extrêmement grave. Nous espérons que cela provoquera une prise de conscience générale ». Certains ont quand même gardé une petite enceinte à la main et des jeunes en fin de cortège dansent sous la neige au son des basses. Au loin, des gyrophares bleus ne s’arrêtent pas de clignoter, stroboscopes d’une mobilisation du monde de la nuit gâchée.

 

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