Petition updateSOS Démocratie en périlMalgré la police de G Darmanin, les Gilets Jaunes donnent le coup d’envoi de la rentrée sociale
Collectif INTER-ORGANISATIONNELFrance
Sep 13, 2020

Malgré le dispositif policier important, plusieurs milliers de Gilets Jaunes ont imposé la rentrée sociale au gouvernement. Les manifestants ont bravé les intimidations policières et les interdictions de manifester sur fond de durcissement du discours sécuritaire d'Emmanuel Macron et de Gérald Darmanin. (article de Révolution permanente).

Des milliers de manifestants se sont donc retrouvés dans les rues, Samedi 12 Septembre 2020. Avec la rentrée sociale, les Gilets Jaunes promettaient de remonter sur la capitale, appelant à l’unité contre la politique antisociale du gouvernement. Et pour cause, après la crise sanitaire qui a révélé l’ampleur de la casse de l’hôpital public et le manque de moyen dans la santé, la crise économique arrive avec son lot de licenciements. Quant au mépris des puissants contre lequel les couches populaires s’étaient soulevées Samedi 17 Novembre 2018, quoi de mieux pour l’illustrer que le nouveau plan de relance de cent milliards d’euros avec lequel le gouvernement compte distribuer des cadeaux au grand patronat.
Dans ce contexte, les revendications sociales du mouvement pour plus de services publics, en particulier dans la santé, et contre le chômage et la précarité, sont d’une actualité brûlante. Ainsi, Jérôme Rodrigues, figure des Gilets Jaunes interrogée dans la manifestation, a expliqué les raisons de se mobiliser, « il y a une crise qui va arriver et une chose est sûre, il va nous arriver des misères », après avoir appelé à l'union avec tous ceux « qui vont rentrer sur le marché de la misère et qui vont devoir s’adapter au système D et aux bouts de ficelle ».
Cet appel à la mobilisation n’a pas été sans écho. (...) Ce qui explique que les manifestants soient descendus dans les rues, malgré les interdictions de manifester et la répression. Delphine, infirmière en réanimation, blouse blanche mais avant tout Gilet Jaune, prône la convergence des luttes, « le point commun, c’est le gouvernement. Il est temps que tout le monde se rejoigne et arrête de faire sa petite manifestation chacun de son côté », a déclaré cette héroïne d’hier, avant de se faire molester par des policiers des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) en pleine interview à notre micro.
(...)
L’ampleur du dispositif policier révèle la fébrilité du gouvernement face à de potentielles nouvelles explosions sociales.
Mercredi 9 Septembre 2020, le préfet de Paris, Didier Lallement, publiait un arrêté interdisant tout rassemblement se revendiquant des Gilets Jaunes dans plusieurs endroits clefs de la capitale, autour des Champs-Élysées, de l'assemblée nationale, de l’Hôtel Matignon, de Notre-Dame de Paris, du Trocadéro, du Champ de Mars et du forum des Halles. A Toulouse, une des capitales des Gilets Jaunes, la préfecture de Haute-Garonne lui a emboîté le pas en annonçant Vendredi 11 Septembre 2020 l’interdiction de la manifestation prévue à Toulouse, menaçant les contrevenants d’une amende de cent-trente-cinq euros. La manifestation y a d’ailleurs débuté sous une pluie de grenades lacrymogènes.

A Paris la répression a été particulièrement importante. Au moins deux cent cinquante-six personnes se sont ainsi faites interpeller, soit autant que lors de l’anniversaire du mouvement, Samedi 17 Novembre 2019, alors même que le ministère comptait deux fois plus de manifestants à l’époque, quatre mille sept cent manifestants Samedi 17 Novembre 2019, contre deux mille cinq cent manifestants Samedi 12 Septembre 2020 selon le ministère de l'Intérieur. Une fois n’est pas coutume, le nombre de policiers déployés n’a d’ailleurs pas été dévoilé, probablement pour éviter de révéler la proportion démesurée du dispositif au regard du nombre de manifestants. La préfecture de Paris s’est contenté d’annoncer cent soixante motos des Brigades de Répression de l'Action Violente (BRAV), ces équipes de répression mobiles, tout en fermant une trentaine de stations de métro dans le nord-ouest de la capitale. Les cordons de CRS disposés aux abords des points de rendez-vous place de la Bourse et place Wagram ont méthodiquement nassé et encadré les cortèges pour les empêcher de converger malgré quelques tentatives de débordement du dispositif. Les journalistes ont également fait les frais de la répression puisque plusieurs journalistes indépendants, comme Julien Moreau de Radio Bip, Adrien de Quartier Général Média ou Kaveh de la Meute ont été placés en garde à vue, tandis que Taha Bouhafs a été frappé et menacé à l’entrée de la Place Wagram.

Ce choix ne signifie pas un changement dans la stratégie répressive, mais plutôt un durcissement dans un contexte où la question sécuritaire a été mise au centre du débat public par le gouvernement, la droite et l’extrême-droite. Pour cette première manifestation depuis l’entrée en fonction du gouvernement de Jean Castex avec Gérald Darmanin au ministère de l'Intérieur, la macronie prétend incarner le parti de l’ordre auprès de la droite et des classes dominantes, après trois années marquées par des mobilisations éruptives.
De plus, cette démonstration de maintien de l’ordre dans le cadre d’une manifestation a priori moins massive qu’à l’apogée du mouvement, apparaît comme un exercice, une répétition pour le nouveau locataire du ministère de l'Intérieur, en vue de la gestion des futures explosions sociales. C’est ce qui a fait dire à Jérôme Rodrigues, que, avec la crise qui vient, le gouvernement a peur des sans-dents. Sur BFM TV, le ministre de l'Intérieur a revendiqué, depuis la préfecture de Paris, les nombreuses arrestations, expliquant fièrement devant les caméras que vu « les difficultés que nous avons connu les mois précédents, ces manifestations se sont tenues dans un cadre qui permet à l’ordre républicain d’être tenu ». Cependant, la communication du ministre ne doit pas tromper. L'ampleur du dispositif répressif mis en place n’illustre que la crainte du gouvernement face aux potentielles prochaines mobilisations.
A ce titre, la rhétorique sécuritaire du gouvernement ces dernières semaines qui s’est déplacé sur le terrain de l’extrême-droite avec le projet de loi islamophobe contre les séparatismes et le discours sur l’ensauvagement de la société digne du sarkozysme le plus décomplexé, s’articule un durcissement de la gestion répressive des mouvements sociaux. Les mesures telles que l’encadrement de l’usage des Lanceurs de Balles de Défense (LBD) par un superviseur, ou le remplacement des Grenades à Main de Désencerclement (GMD) par les Grenades à Eclats Non Létaux (GENL) ne visent qu’à redorer le blason de l’institution policière après les mobilisations contre les violences policières et le racisme d'état du mois de juin 2020, ainsi qu’à donner un cadre légal aux nouvelles méthodes de répression policières dans les quartiers populaires et les manifestations.

Dans une telle situation, construire le tous ensemble pour se battre contre le gouvernement implique une alliance entre les Gilets Jaunes, les habitants des quartiers populaires et le mouvement ouvrier traditionnel. Celle-ci ne pourra s’établir que sur la base d’un programme qui combine la lutte contre le renforcement de la présence policière et le racisme d'état dans les quartiers populaires avec la lutte contre la répression des mouvements sociaux, ainsi que le refus des négociations et la mise sur pied d’un véritable plan de bataille contre la précarité, les baisses de salaire et les suppressions d’emplois, pour imposer l’interdiction des licenciements, l’embauche des chômeurs en Contrats de travail à Durée Indéterminée (CDI) et le partage du temps de travail entre tous. C’est en ce sens qu’il faudra descendre massivement dans les rues, Jeudi 17 Septembre 2020, pour faire de cette journée de grève et de manifestation un véritable point d’appui contre la politique antisociale du gouvernement.

https://www.revolutionpermanente.fr/Malgre-la-police-de-Darmanin-les-Gilets-jaunes-donnent-le-coup-d-envoi-de-la-rentree-sociale

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