Petition updateSOS Démocratie en péril"Flic": Journaliste infiltré dans la police, Valentin Gendrot raconte de l'intérieur
Collectif INTER-ORGANISATIONNELFrance
Sep 4, 2020

C'est un travail très utile, à faire connaître.

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HuffPost News

https://www.huffingtonpost.fr/entry/flic-livre-journaliste-infiltration_fr_5f50b65ec5b6578026c9d337

(article ci-après + vidéo en ligne) 03/09/2020 
Dans un livre intitulé "Flic" (paru aux éditions La goutte d'or), le journaliste témoigne des dessous de son infiltration de deux ans au sein du commissariat du XIXe arrondissement de Paris.

LIVRES - Violences, insultes racistes et homophobes mais aussi manque de moyens, suicide et mal-être des troupes. Dans un livre à paraître ce jeudi 3 septembre (Flic, aux éditions Goutte d’or), un journaliste raconte ses deux années mouvementées d’infiltration dans la police parisienne. 

Spécialiste des infiltrations, Valentin Gendrot a voulu explorer une institution “clivante” en utilisant cette méthode controversée, objet d’un débat récurrent chez les journalistes. “Ça fait bouger les lignes”, justifie l’auteur de 32 ans. Ouvrier à la chaîne ou salarié de Lidl: il a déjà raconté ses six précédentes infiltrations dans un livre sous pseudo (Les enchaînés, aux éditions des Arènes) et dans un documentaire sur France 2.
Sa plongée clandestine dans la police commence en septembre 2017. Sous son vrai nom, il intègre l’École nationale de police de Saint-Malo, en sort “adjoint de sécurité” [le plus bas grade hiérarchique, NDLR] puis est affecté un an à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris.
Il décroche ensuite le poste qu’il visait: le commissariat du XIXe arrondissement de Paris, quartier populaire de la capitale. Il y officie entre mars et août 2019 au moment où la mobilisation des “gilets jaunes” nourrit les accusations de violences policières.

“Je te prends en un contre un”
Dans un entretien à l’AFP, il raconte son premier jour, “complètement stupéfait” : la mise en service de son arme est chaotique, il voit “un policier frapper un gardé à vue” trop bruyant, tandis qu’une femme est éconduite alors qu’elle vient déposer une main courante après des “menaces de mort” de son mari. 
Passage le plus explosif de son livre, Valentin Gendrot assure également avoir assisté à une “bavure” commise par un collègue et que lui-même a couverte avec d’autres policiers.
Ce jour-là, sa patrouille est appelée par un voisin se plaignant de jeunes écoutant de la musique au pied d’un immeuble. Selon son récit, le contrôle dégénère quand un des policiers “tapote” la joue d’un adolescent qui, en réponse, provoque le fonctionnaire: “Je te prends en un contre un”.

Le PV “mensonger”
Le policier met une première “baffe” au jeune homme qui réplique verbalement. Le policier “dégoupille” alors: “Une claque, puis deux, puis trois, peut-être quatre ou cinq”, affirme le journaliste. Il “se déchaîne” ensuite à “coups de poings” et d’insultes sur l’adolescent, qui est alors embarqué au commissariat pour vérification d’identité, raconte-t-il sans détailler dans son livre la gravité de ces blessures.
Les deux portent plainte: le policier pour outrage et menaces, l’adolescent pour violences. Un PV “mensonger” est alors rédigé pour “charger le gamin et absoudre” le policier, affirme Valentin Gendrot qui incriminera lui aussi l’adolescent lors d’une enquête interne.
“La police est un clan” et “celui qui dénonce, un traître”, justifie-t-il. En s’accusant d’avoir couvert son collègue, le journaliste explique à l’AFP avoir voulu contribuer à “dénoncer mille autres bavures de ce type”, même si ”ça a été une décision extrêmement compliquée à prendre”.

Pas un livre “anti-flic”
Son livre évoque aussi nombre de ferments de la grogne au long cours des personnels: voitures et locaux hors d’âge, suicide d’un collègue et hostilité de la population (un gardé à vue les invite ouvertement à se suicider), salaire de 1340€ mensuels nets à Paris.
Il s’inquiète aussi que “n’importe qui (puisse) devenir flic”: son statut de journaliste n’a jamais été découvert et sa formation de trois mois est selon lui lacunaire, “low cost” selon le mot d’un instructeur. 
Devançant d’éventuelles critiques, il souligne que son travail n’est “pas anti-flic” mais aborde les “grands tabous de la police”. “C’est aussi dans leur intérêt qu’on parle des violences policières”, “toujours le fait d’une minorité”, dit-il ainsi. D’après lui, “la majorité” de ces fonctionnaires “paie la mauvaise réputation et le climat de tension effroyable qu’il y a entre les habitants et la police.”
Valentin Gendrot concède toutefois sa “peur” des réactions que son livre pourrait susciter dans la police mais se dit prêt à contre-attaquer. “Tout est vrai”, certifie-t-il, assurant disposer de “documents” et de “preuves”. 
Contactée, la préfecture de police n’était pas en mesure de répondre dans l’immédiat aux accusations portées dans ce livre, qui était soumis au secret jusqu’à ce jeudi matin.
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20 minutes
https://www.20minutes.fr/societe/2853847-20200904-certain-moment-certain-policier-tout-peut-etre-permis-explique-journaliste-valentin-gendrot
« A un certain moment, avec un certain policier, tout peut être permis », explique le journaliste Valentin Gendrot
INTERVIEW Valentin Gendrot, journaliste spécialisé dans l’infiltration, raconte le racisme, la formation « low-cost », les violences et le mal-être des policiers dans son nouveau livre « Flic, un journaliste a infiltré la police »
 JOEL SAGET / AFP

Valentin Gendrot est un journaliste qui a infiltré la police de septembre 2017 à août 2019. Il a été affecté de mars à août 2019 au commissariat du 19e arrondissement de Paris, où il a assisté à une « bavure ».
La préfecture de police de Paris a annoncé ce jeudi avoir signalé au procureur de la République des faits de violences dans un commissariat de la capitale et la saisine de l’IGPN.
« Le flic met le premier coup, il n’en reçoit pas en retour, mais en distribue un nombre considérable, insulte le gosse, l’embarque en garde à vue et le frappe encore à de nombreuses reprises. Ça s’appelle une bavure. » Lors d’un contrôle banal pour une plainte concernant des nuisances sonores, Valentin Gendrot a été le témoin silencieux du passage à tabac d’un mineur de 16 ans. Plus tard, il va couvrir son « collègue » qui portera plainte contre l’adolescent pour « outrage et menaces sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Il a aussi été témoin de violences policières sur un migrant, à l’abri des regards dans un fourgon, qui est frappé avant d’être relâché à plusieurs kilomètres.

Dans son livre Flic (éd. La Goutte d’Or), Valentin Gendrot raconte ce qu’il a vu et vécu lors de son infiltration dans les rangs de la police pendant deux ans, notamment dans un commissariat du 19e arrondissement de Paris, de mars à août 2019. Racisme décomplexé, violences, formations express, mal-être, conditions de travail déplorables… Flic est une immersion, la première du genre, chez les forces de l’ordre. Dans un contexte marqué par le mouvement Black Lives Matter et les régulières dénonciations de violences policières sur les réseaux sociaux, Flic s’ajoute aux enquêtes récemment publiées de Médiapart, Arte Radio et Street Press.

Ce qui est frappant dans votre livre, c’est la différence entre les textes de lois et le code de déontologie de la police qui encadre en principe la pratique du métier, et la réalité du terrain où on a l’impression que tout est permis. Comment l’expliquez-vous ?

Tout n’est pas permis, parce que dans la majorité des opérations, les policiers doivent rendre compte de ce qu’ils font. Et c’est ce qu’ils font. Le problème, et c’est aussi ce que permet l’infiltration, c’est que j’ai eu accès à un certain nombre de zones grises. Des zones, un peu comme la téléphonie mobile et les zones blanches, où on ne capte plus parfois. Alors, on n’a plus cette obligation de rendre compte de ce qui se passe, et là tout est possible. Ces zones grises c’est par exemple, des moments en garde à vue.
Pour les gardés à vue, vous pouvez tomber sur un policier violent qui va plus facilement frapper. Une garde à vue est parfois une zone de non-droit. Il y a aussi ces situations auxquelles j’ai assisté à 3 ou 4 reprises où il y a des migrants qui sont embarqués dans un fourgon, tabassés, et qu’on relâche à plusieurs kilomètres du lieu d’interpellation. L’infiltration permet d’accéder à ces zones grises. Tout n’est pas permis, mais à un certain moment, avec un certain policier, tout peut être permis.

Cette infiltration vous a-t-elle fait changer d’opinion sur la police ?

Je ne connaissais pas de policiers dans mon environnement personnel. Je n’avais pas d’avis favorable ou défavorable sur le métier de policier. Maintenant, ce que je connais du métier c’est que c’est un environnement anxiogène. Tous les jours vous côtoyez la violence. Dès 6 heures du matin, vous baignez dans l’odeur d’urine, d’excréments, de sueur… Il faut d’abord être armé psychologiquement avant d’avoir une arme de service. J’ai eu l’impression parfois qu’ils ne l’étaient pas assez parce qu’ils vivaient dans cette image idéale d’une police qui traque. Ce n’est pas ça être policier d’arrondissement, c’est beaucoup de postes où tous les jours vous restez au même endroit. Vous avez le temps de vous ennuyer, ce n’est pas de la grande police.
J’ai une empathie pour ces policiers-là et j’essaye d’ailleurs tout au long du livre de comprendre leur environnement, leur vie. Je considère le métier de journaliste comme étant celui qui montre, raconte au grand public les choses qu’il ne pourrait pas voir autrement. Moi je me borne à rester à cette hauteur-là, je ne prétends pas révolutionner la police. J’espère juste qu’avec ce livre- mettre des mots, raconter les violences, raconter un suicide, essayer de comprendre… - que tout ça permette d’améliorer le rapport entre police et habitants, et aussi l’institution elle-même.

La préfecture de police a signalé certains des faits de votre livre au procureur de la République, était-ce votre objectif ?

Non, mon objectif, c’était de raconter. Forcément vous avez des choses qui ne plaisent pas à tout le monde et dans la police, un cas de violence policière c’est le sujet clivant. Il y en a qui vont dire que ça n’existe pas tandis que d’autres vont dire « regardez encore une ». Mon objectif c’était de montrer, raconter. Lors d’une infiltration vous prenez le train en route, vous ne savez pas sur quoi vous allez tomber, vous ne savez pas avec qui vous allez travailler, il y a énormément de données que vous ne maîtrisez pas.
Je n’avais pas du tout cette idée d’arriver à une saisine de l’IGPN. Par contre, ce que je me suis dit quand j’ai vécu cette bavure [le passage à tabac d’un ado noir par un policier], c’est que c’était un choc d’un point de vue personnel. Je me suis aussi dit en tant que journaliste : je tiens de l’or. Parce que j’ai tous les éléments pour raconter une bavure, pour raconter cette histoire qui est d’une banalité assez confondante. Je fais le choix d’aller jusqu’au bout de la bavure parce que je me dis qu’en racontant tout, de A à Z, ça permet à terme de pouvoir en dénoncer pleins d’autres.
 

 

 

 

 

 

 

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