Traduction française du communiqué de presse du 18.9.2018
« Siamo al buio »
Nous sommes dans la nuit
Dans la nuit du 11 au 12 septembre à deux heures du matin (02.00) la police a débarqué à l’Hôtel La Santa de Viganello qui accueille des requérants d’asile. Elle y a prélevé une mère et deux enfants de 8 et 4 ans en les obligeant à être transportés à l’aéroport de Zurich pour donner suite à une absurde décision d’expulsion vers l’Italie.
Ensuite la police a obligé la mère et les deux enfants à monter dans un avion : les enfants vomissaient et la mère était en pleurs. À l’aube l’équipage les a fait descendre. La police a averti la mère qu’elle serait ramenée dans l’avion la semaine suivante et l’a laissée seule avec les enfants en lui disant de se débrouiller pour retourner au Tessin. Pour compléter l’opération, un agent de la police de l’aéroport a montré à la mère et à ses enfants la photo d’une personne avec mains et pieds liés et un bandeau sur les yeux en leur criant : « la prochaine fois nous vous mettrons dans l’avion comme ça ! ».
Au-delà de la discussion sur le parcours bureaucratique, nous dénonçons cette modalité violente de donner suite à une disposition qui était en réexamen. Il n’y a aucun besoin de débarquer en pleine nuit dans une chambre d’hôtel et de terrorise une mère et deux enfants. Il n’y a aucun besoin d’interrompre de manière violente un parcours que était en phase de reconstruction. Le matin même les enfants auraient dû aller à l’école et au contraire ils ont appris à leurs dépens ce que signifie devoir se confronter avec la violence des institutions.
Tout cela, selon les dires des services cantonaux concernés, « pour éviter l’aggravation du trauma » (cf. Il Quotidiano, RSI La1, 13.9.10, premier service sur une situation analogue qui a eu lieu le lendemain).
En tant que citoyens nous ne nous reconnaissons pas dans ce découragement systématique de l’espoir, dans ce mépris flagrant des droits des enfants, dans cette totale absence d’égards envers l’humanité fragile.
Nous en appelons non seulement aux policiers qui ont exécuté des « ordres » mais aussi à qui exige et légitime cette violence institutionnelle.
Francine Rosenbaum, ethnologopédiste
Romina Gentilini-Mengoni, référente interculturelle pour les écoles
Elena Conelli, psychothérapeute FSP
Sultan Filimci, enseignante d’école secondaire
Paolo Buletti, logopédiste
Simone Cornaro, Médecin Ophtalmologue