Le jardin du Mémorial est toujours menacé : la mobilisation doit reprendre


Chers signataires,
J’avais clôturé cette pétition après les avancées majeures obtenues grâce à votre mobilisation. Le projet initial de la Ville de Paris, qui prévoyait de réunir les deux squares derrière Notre-Dame en une vaste esplanade ouverte, avait été profondément revu : les jardins devaient rester distincts et clos — même si ce principe ne sera finalement que partiellement respecté dans le square Jean-XXIII, ce qui fera l’objet d’un prochain message — et la pelouse du Mémorial des martyrs de la Déportation devait rester interdite d’accès.
Cette victoire était réelle, mais elle n’était pas totale. Et ce qui se passe aujourd’hui m’oblige à revenir vers vous.
Les travaux ont commencé dans le square de l’Île-de-France, qui constitue le jardin du Mémorial. La haie d’ifs anciens, refuge pour la faune mais aussi élément symbolique particulièrement fort dans ce lieu de mémoire, a déjà été supprimée, en pleine période de nidification. Des bénévoles se sont relayés pour tenter de sauver de jeunes oiseaux qui avaient perdu leur nid et n’étaient pas encore capables de voler.
La clôture dessinée par Georges-Henri Pingusson doit être déplacée vers l’intérieur du jardin. Au lieu d’en suivre la limite actuelle, elle traversera le square en biais, en passant entre les mûriers. Le jardin sera ainsi amputé de près de la moitié de sa surface et plusieurs arbres se retrouveront hors de son enceinte.
Deux guérites sont par ailleurs prévues le long de cette clôture, une au sud et une au nord. Cette seconde guérite doit être construite à l’emplacement actuel d’une partie de la pelouse du Mémorial, elle-même tronquée dans le nouveau projet. Elle introduira une nouvelle construction dans ce jardin volontairement sobre, discret et dégagé, où la seule construction visible est la partie supérieure du mémorial à l'extrémité orientale du jardin. La nécessité de disposer de deux guérites de cette taille n’a jamais été clairement démontrée et, si elle l’était, des solutions plus discrètes pourraient être envisagées.
Les rosiers « Résurrection », plantés en 1975 en hommage aux déportées de Ravensbrück, doivent quant à eux être déplacés en raison de la réduction de la pelouse. Il ne s’agit donc pas de quelques ajustements secondaires : ce sont l’étendue, la composition et l’atmosphère même de ce jardin mémoriel qui seront modifiées.
Ces transformations bouleverseraient la première étape essentielle du parcours mémoriel : cet espace de silence, de recul et de mise à distance qui prépare le visiteur à la descente dans la crypte. La « phase de silence » correspond en effet à la traversée du jardin dans le parcours voulu par l’architecte du Mémorial. Cette mise à distance de l’agitation de la ville ne doit pas être réduite au minimum, comme le prévoit le projet. Ici, l’espace fait partie intégrante de l’œuvre.
D’autre part, plusieurs associations de déportés et de familles de déportés m’ont indiqué ces derniers jours ne pas jamais avoir été ni informées, ni consultées !
Je demande donc solennellement à la Ville de Paris et à l’État :
* de suspendre toute intervention irréversible dans le jardin ;
* de conserver toute la surface du square en maintenant la clôture de Pingusson à son emplacement actuel ;
* de revoir le dessin et l’emplacement des guérites ;
* de reconstituer une haie d’ifs afin de rendre à ce lieu de recueillement son intimité et d’offrir à nouveau un refuge à la faune ;
* d’associer enfin pleinement les associations de déportés, les familles et les défenseurs du patrimoine aux décisions concernant ce lieu.
Il ne s’agit pas de remettre en cause les avancées obtenues ni l’ensemble du projet de réaménagement des abords de Notre-Dame. Il s’agit de préserver ce qui doit l’être et de rappeler que le jardin d’un mémorial ne peut pas être traité comme un simple espace vert à réaménager. Son étendue, sa clôture, sa végétation et son silence participent pleinement à l’œuvre et au cheminement imaginés par Pingusson.
Vous étiez plus de 55 000 à défendre ces squares. Aujourd’hui, votre vigilance et votre soutien sont de nouveau indispensables. Je vous invite à partager largement cette mise à jour et à interpeller respectueusement la Ville de Paris et le ministère de la Culture.
Nous avons déjà prouvé que la mobilisation pouvait faire évoluer ce projet. Il est encore temps de préserver l’intégrité, le silence et la dignité du jardin du Mémorial des martyrs de la Déportation.